Follow The White Rabbit , GHØSTKID
3 octobre 2026 0 Par Chacha
Il y a des albums qu’on écoute. Et puis il y a ceux dans lesquels on accepte de tomber à pieds joints, sans trop savoir ce qui nous attend au fond du terrier. Avec Follow The White Rabbit, GHØSTKID nous invite clairement dans le deuxième cas. Et autant prévenir tout de suite : le pays des merveilles de Sebastian « Sushi » Biesler n’a rien de très bucolique. Ici, les lapins blancs ont probablement besoin d’un psy, les fleurs font la gueule et Alice aurait sans doute demandé un Uber pour rentrer chez elle.
Troisième album du projet, Follow The White Rabbit se distingue surtout par son atmosphère. GHØSTKID navigue entre metalcore, metal alternatif, indus, électronique et touches presque pop sans jamais donner l’impression de vouloir rentrer bien sagement dans une case. Les guitares sont lourdes, parfois volontairement minimalistes, les basses grondent, les programmations apportent une dimension presque malsaine et la production laisse suffisamment de place aux nombreux changements de registre de Sushi.
Et justement, le chant constitue l’un des gros points forts de l’album. Les screams sont toujours capables de nous arracher les tympans avec application, mais les passages en voix claire prennent ici une importance particulière. Plus fragiles, mélancoliques, parfois presque vulnérables, ils donnent une vraie profondeur aux morceaux. On sent que GHØSTKID ne cherche plus uniquement à cogner : il veut aussi faire ressentir.
« Ivory » illustre parfaitement cette évolution. Le morceau avance sur une base sombre et pesante, mais la voix claire apporte une fragilité presque désarmante avant que les guitares ne viennent rappeler que nous sommes bien chez GHØSTKID. « Mother Death », elle, retourne immédiatement dans une ambiance beaucoup plus agressive, portée par des hurlements qui semblent sortir directement des entrailles. Deux morceaux, deux visages, et déjà une bonne idée de ce que l’album va nous réserver.
Le titre éponyme est certainement l’un des moments les plus efficaces du disque. Avec ses touches électroniques, son groove et ses ruptures, « Follow The White Rabbit » possède ce petit quelque chose qui donne envie de voir immédiatement ce que ça peut provoquer en concert. Même constat avec « Give Your Kids A Gun To Play » et son breakdown qui semble avoir été conçu avec un panneau lumineux indiquant : « MOSHPIT PAR ICI ».
Mais GHØSTKID sait aussi ralentir. « Lovely » est probablement l’un des morceaux les plus touchants du disque. Plus dépouillé, mélodique et porté par un chant particulièrement sensible, il montre une facette beaucoup moins frontale de Sushi. « Neon », avec Maz Univerze, pousse encore davantage l’expérience vers l’électronique et le rap/trap, tandis que « Unconditionally » joue avec cette frontière entre mélodie accrocheuse et tension plus sombre.
Derrière cette diversité se cache surtout un album extrêmement personnel. Follow The White Rabbit plonge dans les périodes difficiles, les angoisses, les relations compliquées et cette impression de perdre parfois pied avec la réalité. Le concept du « terrier » fonctionne alors particulièrement bien : on entre dans la tête de quelqu’un et, une fois à l’intérieur, le décor devient forcément un peu étrange. La musique traduit cette confusion avec ses changements d’ambiance, ses oppositions entre douceur et violence et cette mélancolie qui reste constamment en arrière-plan.
Et c’est finalement « White Rainbow », dernier morceau de l’album, qui résume peut-être le mieux cette dimension humaine. GHØSTKID ne cherche pas à terminer sur une énorme démonstration de force. Il préfère laisser une dernière empreinte émotionnelle, lourde mais étonnamment intime.
Avec Follow The White Rabbit, GHØSTKID continue de construire un univers qui lui appartient réellement. L’album est sombre, agressif, électronique, mélodique et surtout beaucoup plus vulnérable qu’il n’en a parfois l’air. Sushi y joue avec sa voix comme avec ses émotions, passant du hurlement à la fragilité sans perdre le fil.
Un disque qui ne demande finalement qu’une chose : suivre le lapin blanc. Mais à vos risques et périls.


