Nighbloom, BUTCHER BABIES
3 octobre 2026 0 Par Chacha
Il y a des albums qui naissent dans la lumière, et puis il y a ceux qui préfèrent pousser dans les coins sombres. Avec NIGHTBLOOM, Butcher Babies choisit clairement la deuxième option. Et pour ce nouvel album, le groupe ne se contente pas de ressortir la recette habituelle : il ouvre une nouvelle page, plus personnelle, plus mélodique et parfois étonnamment vulnérable. Un disque de reconstruction qui arrive après une période particulièrement mouvementée pour la formation, avec Heidi Shepherd désormais seule aux commandes vocales.
Musicalement, le changement se ressent rapidement. Les riffs restent lourds, les guitares savent toujours sortir les crocs et la section rythmique conserve ce groove qui donne envie de bouger la tête avant même d’avoir eu le temps de réfléchir. Mais NIGHTBLOOM laisse davantage de place aux mélodies, aux arrangements modernes et surtout au chant clair. La production d’Howard Benson apporte une vraie dimension massive à l’ensemble, sans transformer complètement les Butcher Babies en produit calibré au millimètre.
Et justement, Heidi Shepherd est probablement la grande surprise de ce disque. Elle n’abandonne évidemment pas les hurlements et les passages agressifs, mais elle montre une palette vocale beaucoup plus large. Sur Lost In Your Touch, Sincerity ou Broken & Beautiful, les émotions prennent parfois le dessus sur la brutalité pure. On sent davantage la personne derrière la chanteuse, avec des textes qui parlent de rupture, de doute, de trahison, de souvenirs douloureux et surtout de reconstruction. Le concept de NIGHTBLOOM vient d’ailleurs directement de ce travail d’introspection : transformer des expériences difficiles en quelque chose qui puisse enfin grandir.
Le disque devient particulièrement intéressant lorsqu’il ose sortir de ses rails. Black Clouds Over Georgia mélange ainsi metal, accents country et touches presque inattendues, avec un travail de guitare particulièrement expressif. Une vraie prise de risque qui donne au morceau une identité différente du reste de l’album. Fever In My Neck, à l’inverse, remet un bon coup de pression avec son groove plus sale et ses accès de rage. Quant à Songbird, il joue davantage sur la construction et la tension avant de laisser revenir la puissance : le genre de morceau qui prouve que le groupe a compris qu’on peut être lourd sans nécessairement taper du poing pendant trois minutes.
Mais c’est peut-être Leaving California qui résume le mieux l’esprit du disque. Plus mélancolique, plus ouvert, le titre évoque le fait de tourner une page et de laisser derrière soi ce qui ne peut plus être réparé. Et quand Black Dove débarque en clôture, les Butcher Babies remettent une dernière couche de mordant avec des riffs plus costauds et une Heidi qui retrouve pleinement son côté sauvage. Comme quoi, rassurez-vous : les couteaux sont toujours dans le tiroir. Ils ont simplement appris à attendre le bon moment pour sortir.
NIGHTBLOOM n’est donc pas un simple changement de costume pour Butcher Babies. C’est un album qui accepte de ralentir, de montrer ses failles et de laisser davantage respirer ses compositions, tout en conservant suffisamment de mordant pour ne pas perdre les amateurs de metal. Tout n’est pas uniformément brutal, et c’est justement ce qui fait son intérêt : les contrastes donnent du relief aux moments les plus puissants.
Après avoir traversé pas mal de zones d’ombre, Butcher Babies semblent avoir compris qu’on peut parfaitement fleurir sans soleil. Et visiblement, même dans le noir, ça pousse plutôt bien.


