Part 1: Funeral Songs (EP), THEORY OF A DEADMAN

Part 1: Funeral Songs (EP), THEORY OF A DEADMAN

4 septembre 2026 0 Par Chacha

 

Après plus de vingt ans à transformer les emmerdes sentimentales, les relations toxiques et les travers du quotidien en hymnes de rock bien gras, THEORY OF A DEADMAN revient avec Part 1: Funeral Songs. Six titres, un peu plus de vingt minutes et surtout une idée plutôt sympathique : arrêter de faire patienter les fans pendant trois ans pour leur servir des morceaux par petites fournées. Le groupe présente d’ailleurs ce projet comme la première partie d’un ensemble en deux volets.

Et autant dire que le quatuor canadien n’a pas décidé de réinventer la roue. Pourquoi changer une recette qui fonctionne ? Guitares mordantes, batterie solide, refrains immédiatement mémorisables et paroles capables de passer du sérieux au franchement sarcastique en quelques secondes : THEORY OF A DEADMAN reste THEORY OF A DEADMAN, mais avec une énergie particulièrement communicative.

 

Dès « Barricade », le ton est donné. Les chants scandés laissent rapidement place à un riff massif et à une rythmique qui avance avec la délicatesse d’un bulldozer. Le morceau parle de cette frustration d’être face à quelqu’un qui refuse obstinément de laisser entrer l’autre dans sa vie. Musicalement, c’est efficace sans chercher la démonstration technique : les guitares occupent parfaitement l’espace, la basse renforce le côté compact et Tyler Connolly porte le tout avec cette voix rocailleuse devenue l’une des signatures du groupe.

Le morceau-titre, « Funeral Song », joue davantage avec le contraste. Une introduction à l’orgue presque solennelle, puis le rock reprend ses droits avec un tempo plus nerveux et une petite touche punk. Le propos, lui, est délicieusement peu charitable : il s’agit en gros de célébrer la disparition symbolique d’une personne dont on aimerait beaucoup ne plus entendre parler. Du THEORY tout craché : prendre une rancœur bien réelle, lui coller un gros refrain et faire en sorte qu’on ait envie de la chanter avec le sourire. Connolly explique d’ailleurs que le titre doit être pris au second degré.

Mais le véritable petit bijou de cette première partie pourrait bien être « Winnebago (Lay Low) ». Avec ses accents country/rock et son humour particulièrement assumé, le morceau raconte cette merveilleuse prise de conscience : parfois, rester chez soi est nettement préférable à sortir, boire, croiser des gens et regretter absolument toutes ses décisions le lendemain. Le refrain est redoutablement accrocheur et possède ce potentiel de chant collectif qui devrait faire des ravages en concert. Tyler Connolly décrit lui-même le morceau comme un « anti-bar song » : difficile de faire plus clair.

« Monster Truck » remet les watts et les gros riffs au premier plan. Le titre s’amuse avec certains clichés et caricatures, tout en conservant cette mécanique de hard rock accessible qui caractérise le groupe. Ce n’est pas le morceau le plus subtil de la planète, mais il n’a visiblement jamais eu l’intention de décrocher un doctorat en philosophie : ça cogne, ça groove et ça fait sourire.

Puis « Deep End » apporte la respiration nécessaire. Guitare plus douce, ambiance plus mélancolique et émotion davantage mise en avant : THEORY OF A DEADMAN rappelle qu’il sait aussi quitter les grosses mécaniques rock pour aller chercher quelque chose de plus intime. Le contraste fonctionne particulièrement bien au sein d’un EP aussi court et évite l’effet « six titres, six fois le même morceau avec une autre chemise ».

Enfin, « Prenup » referme la porte avec un dernier coup de coude sarcastique. Le groupe y retrouve son côté irrévérencieux et transforme encore une situation potentiellement pénible en morceau franchement divertissant. Une manière finalement très THEORY OF A DEADMAN de terminer le voyage : une bonne dose de cynisme, un refrain qui reste en tête et suffisamment de second degré pour éviter de prendre tout cela trop au sérieux.

 

Avec Part 1: Funeral Songs, THEORY OF A DEADMAN livre un EP court, efficace et surtout très agréable à écouter. La production met parfaitement en valeur les riffs, la section rythmique reste carrée sans devenir mécanique et les refrains sont taillés pour être repris à plusieurs. Surtout, le groupe conserve cette capacité à mélanger rock musclé, mélodies accessibles, humour potache et petites vérités pas toujours très confortables.

Vingt et une minutes, six morceaux et pas de remplissage : finalement, THEORY OF A DEADMAN a peut-être trouvé la meilleure façon de nous parler de funérailles… sans qu’on ait envie d’enterrer l’EP après la première écoute.