Hate To Go (Take Out Or Delivery), MINISTRY
5 novembre 2026 0 Par Chacha
Quand Al Jourgensen décide de tirer sa révérence, il ne le fait certainement pas en douceur. Avec Hate To Go (Take Out Or Delivery), annoncé comme le dernier album studio de Ministry, le patron de l’indus américain revient avec une bonne dose de rage, de sarcasme et de contestation. Pas vraiment le genre de disque qu’on écoute pour retrouver sa sérénité intérieure !
Dès les premières secondes de « Crickets », le décor est planté : guitares abrasives, rythmiques mécaniques, samples omniprésents et voix hargneuse. Ministry renoue ici avec une certaine brutalité de ses grandes années, notamment celles de The Mind Is A Terrible Thing To Taste. « Voices Of Hate » poursuit dans cette direction avec un riff répétitif et particulièrement accrocheur, tandis que « Clown Car » déploie une agressivité presque chaotique, portée par une instrumentation nerveuse et des arrangements qui ne laissent que peu de répit.
Sur le plan musical, l’album joue habilement avec les contrastes. Les guitares alternent entre riffs thrash, lourdeur industrielle et motifs hypnotiques, tandis que les programmations et les samples viennent constamment bousculer les structures. La production volontairement dense renforce cette sensation d’urgence et de saturation. Ici, pas question de faire dans la dentelle : Ministry préfère sortir la boîte à outils et distribuer les coups de marteau.
Et Al Jourgensen n’a visiblement pas épuisé son stock de sujets qui fâchent. Corruption politique, manipulation, hypocrisie, réseaux sociaux et dérives technologiques alimentent une bonne partie des textes. « We Hate » assume pleinement son titre avec une approche frontale et une répétition presque provocatrice, tandis que « Delete » s’attaque à notre dépendance aux réseaux et à cette société où tout se consomme, se commente et se jette en quelques secondes. « The White Man Lied » poursuit cette charge critique avec un groove plus marqué, alors que « Singularity » s’intéresse aux inquiétudes liées à l’intelligence artificielle, sur fond de riffs particulièrement mordants.
Parmi les morceaux qui méritent également l’attention, « Grifter » prend davantage son temps et installe une atmosphère plus pesante. « Burned Out », de son côté, concentre parfaitement l’ADN de Ministry : synthétiseurs inquiétants, guitares massives, samples d’actualité et énergie vindicative. Un véritable concentré de chaos industriel ! Mais c’est finalement « We’re Still Here » qui apporte une dimension particulière à l’ensemble. La présence de Paul Barker, ancien complice d’Al Jourgensen, donne à ce dernier morceau une résonance toute spéciale. Une collaboration chargée d’histoire, qui vient refermer cette aventure discographique avec une certaine émotion, sans pour autant renoncer aux textures sombres et rugueuses propres au groupe.
Avec Hate To Go (Take Out Or Delivery), Ministry livre un dernier bras d’honneur sonore à une société qui semble lui fournir quotidiennement de nouvelles raisons de s’énerver. L’album ne révolutionne pas la formule et certaines répétitions finissent par se faire sentir, mais l’énergie, la personnalité et la férocité sont toujours au rendez-vous. Al Jourgensen quitte peut-être le studio, mais certainement pas sans avoir fait du bruit. Et pour une fois, on ne lui demandera pas de baisser le volume !


