Jinx, WATERPARKS

Jinx, WATERPARKS

24 juillet 2026 0 Par Chacha

 

Avant même d’appuyer sur « play », Jinx donne l’impression que WATERPARKS s’apprête à faire ce qu’il sait faire de mieux : semer un joyeux chaos. Le trio américain n’a jamais vraiment aimé les cases, et ce nouvel album enfonce encore un peu plus le clou. Entre pop-rock survitaminée, électro, punk, touches alternatives et une bonne dose d’autodérision, Jinx ressemble à une playlist qui aurait décidé de prendre vie toute seule. Sur le papier, ça paraît improbable. Dans les faits, c’est étonnamment cohérent.

 

Musicalement, WATERPARKS joue constamment avec les contrastes. Les guitares surgissent sans prévenir avant de laisser la place à des synthés ultra modernes, les rythmiques passent d’un groove presque dansant à des accélérations plus nerveuses, tandis que la production empile les détails avec une précision quasi chirurgicale. Derrière cette apparente légèreté se cache un vrai travail d’orfèvre : chaque transition, chaque effet vocal et chaque montée en puissance semblent minutieusement pensés. Le groupe maîtrise parfaitement l’art de construire des morceaux qui restent en tête sans jamais tomber dans une formule répétitive.

L’ouverture Tell Me Why, épaulée par Danny Elfman, Eric Nally et Mark Hoppus, donne immédiatement le ton avec un titre aussi ambitieux qu’imprévisible. Plus loin, Prowler injecte une énergie presque punk qui donne envie de pousser les meubles du salon, tandis que Better Than Therapy porte particulièrement bien son nom avec son refrain fédérateur et son côté faussement insouciant. Nobody But You apporte une respiration plus émotionnelle sans sombrer dans le pathos, alors que Gwen Stefani affiche toute la facette la plus espiègle du groupe, oscillant entre second degré et efficacité redoutable. Difficile également de passer à côté de Tastes Like Tangerine, véritable concentré de bonne humeur aux couleurs acidulées, ou encore de Girls Need Guns, conclusion explosive qui rappelle que WATERPARKS adore finir sur une montée d’adrénaline.

Sous ses airs de fête permanente, Jinx aborde pourtant des thèmes bien plus personnels qu’il n’y paraît. Les textes jonglent entre anxiété, relations humaines, pression sociale, besoin d’évasion et quête d’identité. Awsten Knight conserve cette écriture très directe, parfois sarcastique, souvent touchante, qui alterne entre punchlines mordantes et moments de sincérité désarmante. Cette dualité fonctionne d’autant mieux que le groupe refuse constamment de s’appesantir sur son propos : un instant introspectif est souvent suivi d’un refrain capable de déclencher une envie irrépressible de chanter à tue-tête.

 

Avec Jinx, WATERPARKS confirme qu’il est l’un des groupes les plus imprévisibles de la scène alternative actuelle. L’album déborde d’idées, ose les mélanges les plus improbables sans perdre son identité et parvient à être aussi drôle qu’émouvant. Ce n’est peut-être pas le disque qui conviendra aux amateurs de formats bien rangés, mais celles et ceux qui apprécient les montagnes russes musicales y trouveront largement leur compte. Et finalement, le seul véritable mauvais sort de Jinx, c’est de donner immédiatement envie de relancer l’album une fois les dernières notes terminées.