Supermoon, CROBOT

Supermoon, CROBOT

1 mai 2026 0 Par Chacha

 

Avec Supermoon, Crobot ne réinvente pas la roue — et c’est précisément pour ça qu’on monte à bord sans hésiter. Le quatuor américain continue de creuser son sillon entre hard rock graisseux, groove metal et psychédélisme sous acide, avec ce sens du riff qui colle aux bottes comme de la boue après un concert en plein air. Ici, pas de concept alambiqué ni de virage arty : Supermoon est un disque qui transpire, qui cogne, et qui sourit en coin.

 

Dès “Gun to My Head”, le ton est donné : un riff épais, presque insolent, soutenu par une section rythmique qui groove comme si elle avait signé un pacte avec le diable. Brandon Yeagley, lui, cabotine juste ce qu’il faut, oscillant entre nonchalance et énergie féline. Ce mélange fait mouche sur une bonne partie de l’album, notamment sur “Foot Off” et “Battle Cry”, véritables bombes live où la technique ne prend jamais le pas sur le plaisir.

Car oui, Crobot sait jouer. Les guitares sont ciselées, souvent plus subtiles qu’il n’y paraît au premier abord, glissant des variations et des textures sous leurs airs de bulldozer. “Cold Blooded” en est un parfait exemple : un groove lourd, presque stoner, mais enrichi de petits détails qui montrent que le groupe ne se contente pas de recycler ses acquis. Même chose pour “Too Heavy”, dont le titre est presque un programme — et tenu avec une certaine élégance.

Mais Supermoon ne se limite pas à envoyer des riffs comme des parpaings. “Girl from Another World” apporte une touche plus aérienne, flirtant avec un psychédélisme lumineux, tandis que “Happy Days” joue la carte de l’ironie avec un refrain accrocheur qui cache à peine une pointe d’amertume. Les paroles, sans révolutionner le genre, jonglent entre introspection légère, humour un peu tordu et clins d’œil rock’n’roll assumés. On est loin du metal dépressif : ici, même quand ça broie du noir, ça le fait avec un sourire en coin.

Et puis il y a ces morceaux qui surprennent davantage, comme “Tethered to Maw”, plus sombre, presque oppressant, ou “Let It Kill Me” qui clôt l’album sur une note à la fois lourde et libératrice. Crobot y montre une facette un peu plus nuancée, sans jamais perdre son ADN : du groove, du gras, et ce petit côté fun qui empêche tout de devenir trop sérieux.

 

Supermoon n’est pas une révolution, mais c’est un sacré bon moment. Crobot y affine sa recette sans la dénaturer : des riffs qui cognent, une technique maîtrisée mais jamais démonstrative, et un sens du groove qui donne envie de secouer la tête sans réfléchir. Un album qui ne cherche pas à être plus intelligent qu’il ne l’est — et qui, du coup, touche juste. Parfois, il suffit simplement d’envoyer la sauce… et Crobot le fait sacrément bien.