Death To Something, SAVE US
16 octobre 2026 0 Par Chacha
Il y a des albums qui cherchent à faire du bruit, et d’autres qui préfèrent commencer par remuer ce qui se passe dans nos têtes avant de faire trembler les murs. Avec Death To Something, SAVE US joue sur les deux tableaux. Pour son premier album, le trio propose un metalcore moderne qui ne se contente pas d’aligner les riffs et les breakdowns : il mise aussi sur les ambiances, les mélodies accrocheuses et une bonne dose de vulnérabilité. Produit par Landon Tewers (The Plot In You), ce disque de douze titres explore les contrastes entre fragilité et déchaînement, avec une approche résolument actuelle.
Dès « Chains », SAVE US installe une atmosphère sombre, portée par des textures électroniques et une interprétation vocale qui privilégie d’abord la retenue. Mais attention, le calme n’est ici qu’une préparation à la tempête ! Les guitares prennent progressivement de l’ampleur, les rythmiques gagnent en impact et les refrains viennent donner une dimension presque cinématographique à l’ensemble. Le groupe maîtrise particulièrement bien ces changements de dynamique, passant d’une ambiance intimiste à une déferlante sonore sans perdre le fil.
Et quand SAVE US décide de sortir les crocs, le résultat est particulièrement convaincant. « Mente Fragmentada » et « Seraphim » mettent en avant le visage le plus agressif du groupe, avec des riffs accordés très bas, des passages vocaux rugueux et des rythmiques qui cognent sérieusement. Les screams de Miguel Owls contrastent avec ses lignes de chant claires, créant une tension permanente entre colère et mélancolie. La production souligne ces oppositions sans sacrifier les détails, notamment les arrangements électroniques qui enrichissent les morceaux plutôt que de simplement leur servir de décoration.
Mais réduire Death To Something à sa seule puissance serait passer à côté de son intérêt principal. « Bruised » illustre parfaitement cette capacité à faire monter l’émotion avant de libérer toute la pression dans des sections plus lourdes. À l’inverse, « Far » privilégie les mélodies et une sensibilité plus lumineuse, tandis que « Runaway » offre une respiration plus délicate. Le groupe n’hésite pas non plus à flirter avec des sonorités pop et R&B, notamment sur « Cry », preuve qu’il ne considère pas les frontières entre les genres comme des barrières infranchissables.
Sur le plan des paroles, l’album s’inscrit dans une démarche introspective, entre blessures, relations difficiles, perte de repères et volonté de se reconstruire. Le morceau-titre résume particulièrement bien cette idée : pour avancer, il faut parfois accepter de laisser mourir une partie de soi. Inspiré par la paternité de Miguel Owls, le titre transforme cette notion de rupture en perspective de renouveau. « Death To Something » gagne ainsi en profondeur, dépassant le simple exercice de metalcore mélancolique pour porter un message plus personnel.
Tout n’est cependant pas également surprenant sur la durée. Les alternances entre couplets retenus, refrains amples et explosions de lourdeur finissent parfois par devenir prévisibles. Heureusement, les variations d’ambiance, le travail vocal et les arrangements maintiennent suffisamment l’attention, jusqu’à « Stasis », qui clôt l’album dans une atmosphère chargée d’émotion.
En conclusion, SAVE US signe avec Death To Something un premier album solide, moderne et sincère, où la puissance du metalcore rencontre une sensibilité mélodique assumée. Sans révolutionner le genre, le trio démontre un vrai savoir-faire dans l’art de faire cohabiter douceur et brutalité. Un disque pour celles et ceux qui aiment leurs riffs bien lourds, leurs refrains mémorables et leurs émotions sans filtre. Après tout, parfois, il faut effectivement casser quelques murs pour enfin trouver la sortie.

