Interview avec Julien (guitare, piano), du groupe REVNOIR
12 septembre 2026 0 Par ChachaEntre metalcore moderne, émotions à fleur de peau et énergie explosive, REVNOIR fait partie de ces groupes français qu’il va falloir garder à l’œil. À l’occasion de la sortie prochaine de leur premier album, Sometimes I Feel You, Sometimes I Don’t, prévue en novembre chez Arising Empire, nous avons échangé avec Julien Ho-Tong (guitare, piano) sur la naissance du disque, l’univers du groupe, la scène et quelques anecdotes de tournée.
Si quelqu’un découvre REVNOIR aujourd’hui, comment présenteriez-vous le groupe en quelques phrases, sans utiliser les mots « metalcore », « moderne » ou « électro » ?
On aime comparer nos morceaux à une sorte de voyage. C’est assez cinématique dans la construction : chaque morceau raconte une scène, et l’album entier a un vrai fil narratif du début à la fin. C’est introspectif dans la mesure où c’est notre vie, notre vécu, on est allés chercher ce qu’on avait de plus personnel à raconter. Et c’est émotionnel avant d’être technique : on préfère qu’un morceau te prenne aux tripes plutôt qu’il t’impressionne. Si tu appuies sur « lecture » et que tu ressors de l’écoute un peu chamboulé, on a réussi notre pari !
Si vous pouviez retourner au tout début du groupe avec ce que vous savez aujourd’hui, quelle erreur vous éviteriez absolument ?
Honnêtement, on voulait tourner le plus vite possible, c’était même tout l’objectif de notre musique, mais on n’avait pas anticipé à quel point ça allait tout bousculer. On pensait pouvoir composer, souffler, préparer le contenu et les clips dans l’ordre, et en fait tout s’est enchaîné en même temps. Ça a tapé sur tout : la compo, qu’on finissait souvent entre deux dates, ou dans le tour bus, la forme physique et mentale et l’équilibre avec nos vies personnelles, qu’on n’avait pas préparées pour ce rythme-là. Si c’était à refaire, on garderait la même ambition, mais on s’organiserait peut-être plus en amont au lieu de subir le rythme du quotidien. Après, on ne s’en plaint absolument pas du tout, on vit notre meilleure vie.
Y a-t-il sur Sometimes I Feel You, Sometimes I Don’t une chanson qui était partie dans une direction et qui a finalement pris une tournure totalement différente ?
Crash Out. C’est le morceau qui nous a donné le plus de fil à retordre, on a dû passer par une bonne vingtaine de versions, avec des changements de tonalité, de tempo, de structure, etc. Rien n’est resté stable bien longtemps. C’est grâce à mon ami Pierre Danel (Novelists), qui a co-produit avec moi, que l’on a pu trouver une solution. Ça n’a pas été facile, mais on est hyper fiers du résultat final, ça valait le coup de s’acharner dessus. À part ça, l’album s’est écrit dans une continuité simple et évidente, entre janvier et juin 2026, sans vrai à-coup.
Est-ce qu’il y a un morceau que vous avez particulièrement défendu alors que les autres n’étaient pas forcément convaincus au départ ? Et qui avait finalement raison ?
Pas vraiment, car on ne fonctionne pas comme ça. Beaucoup de groupes composent 15 ou 20 morceaux pour n’en garder que 10 à la fin. Nous, il y a dix chansons sur l’album, et on en a composé dix. On préfère repenser une composition en profondeur plutôt que de la terminer et de se dire à la fin qu’on la jette. Crash Out en est le meilleur exemple, avec une vingtaine de versions avant d’arriver à la version finale.
Half Gone aussi, d’une autre manière : la structure n’a pas bougé, mais Julien n’était pas satisfait de sa production orchestrale du morceau une fois la première version terminée. Il a proposé à Gabriel Saban, reconnu dans ce domaine, de venir apporter sa patte et sa co-production, et ça a fait toute la différence. On arrive à bien se challenger entre nous dans le groupe, et à aller chercher de l’aide extérieure quand il le faut, plutôt que de se contenter d’une version qui ne nous convainc pas totalement.
À l’inverse, quel morceau vous a fait dire à un moment : « celui-là, on ferait mieux de le laisser tranquille » avant de finalement lui redonner une chance ?
Honnêtement, aucun morceau n’a vraiment failli passer à la trappe, mais si je devais prendre l’exemple inverse, ce serait Alchemised. Celui-là, c’était clair dès le départ : Julien l’a composé en sachant déjà qu’il voulait proposer à Carpenter Brut de s’y intégrer, donc l’atmosphère et la structure étaient pensées pour ça dès la première note. La collaboration était d’une simplicité rare : deux ou trois aller-retours et la track était parfaite pour nous.
On retrouve sur l’album des invités comme Carpenter Brut et REEBZ. Comment sont nées ces collaborations et qu’est-ce que ces artistes ont apporté aux morceaux ?
Carpenter Brut, c’est une histoire à part : je suis fan depuis 2012, et le hasard a voulu qu’on se retrouve à jouer juste avant lui aux Foudres du Métal en octobre 2025. Une conversation en coulisses a suffi à planter l’idée, et Alchemised s’est fait en quelques jours à peine.
REEBZ, c’est différent : c’est une artiste qui suit notre projet depuis le début, et l’inverse est vrai aussi depuis trois ans maintenant. Pour Far From Home, on voulait une voix féminine très éthérée aux côtés de Maxime, et après un seul test, c’était évident.
Quelle est la chose la plus folle, ambitieuse ou complètement absurde que vous avez enregistrée mais qui n’a finalement pas été conservée ?
Honnêtement, on n’a quasiment rien laissé de côté. Des choses ont évolué en cours de route, mais on n’a pas de regret de version abandonnée ou d’idée délirante enterrée dans un tiroir. Ce qu’on fait, en revanche, régulièrement, c’est de garder volontairement des imperfections dans nos enregistrements, surtout à la voix. C’est une façon de laisser transparaître l’émotion exacte du moment où c’était enregistré. On ne voulait pas post-produire ce qui n’était pas nécessaire, ni le rendre parfait. Une prise un peu cassée qui dit quelque chose de vrai, pour nous, ça vaut toujours mieux qu’une prise techniquement irréprochable mais lisse.
Quel a été le moment où vous vous êtes dit « OK, là, on tient vraiment quelque chose » ? Et à l’inverse, quel morceau vous a donné le plus de fil à retordre ?
En fait, on a ressenti ce déclic sur quasiment chaque morceau, tout était clair et évident au moment où on les enregistrait, ce qui est plutôt rare pour un premier album, j’imagine. S’il fallait retenir deux moments particuliers : Max a ressenti une émotion à part pendant l’enregistrement de Unmake Me, qui reste sa chanson préférée de l’album. Et Julien, en composant Dad, do you remember? au piano, un morceau très personnel pour lui.
Et à l’inverse, clairement Crash Out : c’est le morceau qui nous a donné le plus de fil à retordre, comme partagé plus haut.
Avez-vous une anecdote de studio complètement improbable à raconter ?
Notre process d’enregistrement des voix est déjà particulier en soi : on utilise VST Connect, un plugin Cubase qui permet à Max de se connecter depuis son home studio à Caen directement dans la session de Julien à Paris, et d’enregistrer en temps réel sans latence. L’outil est fiable… sauf quand il ne l’est plus. Il nous est arrivé deux ou trois fois sur l’album entier de perdre des parties complètes à cause d’un problème de connexion, et de devoir tout réenregistrer depuis le début. Rien de dramatique avec le recul, mais sur le moment, réaliser qu’une prise qu’on pensait excellente vient de disparaître dans le vide à cause d’une coupure Internet, ça pique un peu.
Est-ce qu’il y a quelque chose que vous préférez dans les petites scènes que vous ne retrouvez jamais sur une immense scène ?
On aime vraiment les deux, sincèrement, mais nos origines sont dans les petites scènes intimistes, c’est notre ADN, et on adore toujours ça autant qu’au premier jour. Sur une petite scène, tu vois le public, les visages, il y a quelque chose de très humain et unique à cette proximité-là.
Un immense festival comme le Hellfest, c’est une sensation complètement différente : tu te retrouves face à une masse qui ressemble presque à une seule entité, qui t’écrase presque tellement c’est massif. Ça t’amène dans une espèce d’état transcendantal, tu es complètement déconnecté de la réalité, dans une bulle. Les deux sont uniques, juste dans des registres opposés.
Au Hellfest, est-ce qu’il y a eu un instant précis où vous avez réellement réalisé : « putain, on est au Hellfest » ?
Honnêtement, ce n’est pas tant un instant précis qu’une pensée constante : entre le moment où on a su qu’on était programmés et le moment où on est montés sur scène, on y a pensé chaque jour, littéralement en se levant et en se couchant. On a préparé un show particulier, qu’on a énormément répété pour pouvoir l’exécuter le plus naturellement possible le jour J, et se concentrer sur l’essentiel une fois là-bas : le kiff.
Juste avant de monter sur scène, on s’est tous enlacés, et on s’est dit deux choses : « montrons-leur et kiffons ».
On est hyper conscients du privilège que ça représente, jouer la Mainstage du Hellfest après seulement deux ans d’existence. On voulait montrer qu’on était prêts, et surtout, qu’on pouvait faire voyager les gens avec nous.
Quel est le souvenir de 2026 qui n’a rien à voir avec la taille du public, mais qui restera un de vos meilleurs souvenirs de tournée ?
Ce qui restera vraiment, ce n’est pas lié à un événement en particulier, mais aux gens qui se connectent avec nous, pas juste le temps d’un concert, mais dans la durée. On finit par les reconnaître, ils chantent chaque mot, ils viennent passer un moment avec nous après les concerts. C’est ça, notre vrai carburant.
Les concerts à Paris, Caen et Lyon, nos villes respectives, ont été des énormes décharges de love à chaque fois. Forcément, le retour chez soi reste toujours particulier après ça.
La vie en tournée est souvent beaucoup moins glamour que ce qu’on imagine. Quelle est votre anecdote la plus ridicule vécue cette année ?
Un des pires moments, c’était en novembre 2025, pendant notre deuxième tournée européenne, en main support de Coldrain. Quand on a vu le tourbus arriver, on a tout de suite compris que c’était un taudis, non conforme aux photos, mais on s’est dit : tant qu’on peut rouler, on n’est pas difficiles, on fera abstraction du confort.
Sauf qu’on s’est vite rendu compte que l’essence fuyait dans les couchettes, pareil pour les gaz d’échappement. Au bout de quatre dates, on a dû tout changer en dernière minute pour un autre bus, via un autre loueur, ce qui nous a coûté cher, mais bon : sécurité avant tout.
Sinon, on a toujours été incroyablement bien accueillis, en concert comme en festival, et on en est hyper reconnaissants. Une dernière anecdote quand même : pendant notre tournée co-headline 2026 avec Ashen, à Caen, la ville de Max, notre console a cramé juste avant de monter sur scène. Panique totale pendant quelques heures, mais Ashen nous a prêté la leur en urgence. Plus de peur que de mal, au final on a été chanceux sur ce coup-là.
Après avoir autant défendu ces morceaux sur scène, est-ce que votre perception de certains titres a changé ?
On compose nos morceaux pour le live avant tout, c’est vraiment la composante principale de notre écriture. Mais c’est vrai que c’est en prenant vie devant un public qu’on se rend vraiment compte de ce qu’on arrive à transmettre, et comment.
Certains morceaux marchent mieux que d’autres en configuration live. Par exemple, même si on les aime beaucoup, on s’est rendu compte que My Old Me et Invincible fonctionnaient moins bien que les autres actuellement. Ça ne veut pas dire qu’on ne les rejouera jamais, mais avec les temps de set qu’on a en ce moment, elles sont plus difficiles à intégrer. On reverra tout ça une fois qu’on repartira en tête d’affiche, avec plus de temps de set.
Soyons honnêtes : lequel de vous serait absolument incapable de survivre seul une semaine en tournée, et pourquoi ?
Franchement, on pense qu’on s’en sortirait tous. On est plutôt organisés et débrouillards, et même si, en temps normal, chacun a un périmètre de responsabilité clairement défini au sein du groupe, on connaît tous les bases de ce qu’il y a à savoir et à faire en tournée.
Ça vient aussi du fait qu’avant REVNOIR, Max, Kaz et moi avions un projet post-hardcore avec lequel ils ont beaucoup tourné, à une autre époque, en mode beaucoup plus DIY, ce qui nous a énormément appris. Robin, de son côté, a aussi eu un projet metalcore avec lequel il a tourné. Donc, s’il fallait vraiment survivre seul une semaine, on pense qu’on tiendrait tous le coup.
Si REVNOIR devait être interdit de metal pendant 24 heures et obligé de monter un groupe dans un autre style, vous choisissez quoi ? Et qui prend quel rôle ?
On irait sûrement vers quelque chose qui ferait le pont entre l’électro dark/ambiante et l’orchestral. Ce ne serait pas un grand saut pour nous, ces deux univers font déjà partie intégrante de l’identité sonore de REVNOIR. Pourquoi pas aussi des ballades rock alternatives / indie, on aime tous beaucoup. Kaz aime aussi beaucoup la musique plus expérimentale ou le post-rock.
Si vous avez un dernier petit mot pour vos auditeurs francophones, c’est le moment…
On a la chance d’avoir en France une scène metal incroyablement talentueuse, qui a commencé ces dernières années à vraiment s’exporter, en dehors de Gojira et de quelques exceptions historiques. Landmvrks ont été un gros catalyseur pour la scène française, et depuis, des groupes comme Novelists, Ten56, Ashen, et tant d’autres, ont suivi.
Soutenez votre scène locale, on ne le dira jamais assez. Allez les voir en concert, et si vous aimez ce que vous entendez, prenez-leur un t-shirt en sortant, c’est concrètement ce qui leur permet de continuer. On a besoin de vous pour que cette scène continue de grandir.
Avec ce premier album, REVNOIR semble bien décidé à transformer ses émotions en quelque chose de puissant, sincère et fédérateur. Après avoir foulé aussi bien de grandes scènes que des lieux plus intimistes, le groupe compte bien continuer à défendre sa musique avec la même énergie. Une chose est sûre : REVNOIR est à suivre de près !

