Far From God, MOONSPELL

Far From God, MOONSPELL

5 juillet 2026 0 Par Chacha

 

Il y a des groupes qui évoluent au fil des années. Et puis il y a MOONSPELL, qui semble simplement approfondir son propre univers, comme si chaque nouvel album n’était qu’un nouveau chapitre d’un vieux grimoire noir commencé il y a plus de trente ans. Avec Far From God, les Portugais ne cherchent ni à moderniser leur son à tout prix, ni à vivre sur leurs acquis. Ils poursuivent leur route, celle d’un metal gothique profondément mélancolique, où les ténèbres ne sont jamais gratuites mais toujours porteuses de sens.

 

Dès « Cross Your Heart », le ton est donné. L’ambiance est lourde, presque cérémonielle, portée par les guitares de Ricardo Amorim qui jonglent avec une aisance remarquable entre riffs massifs et mélodies éthérées. Le groupe ne tombe jamais dans le piège de la démonstration technique, préférant construire des morceaux où chaque note sert une émotion. Et c’est probablement là que réside la plus grande force de Far From God : son incroyable maîtrise de l’atmosphère.

Le morceau-titre enfonce le clou avec un équilibre presque parfait entre puissance et fragilité. Fernando Ribeiro reste un conteur hors pair. Sa voix, toujours aussi expressive, passe d’une gravité presque théâtrale à des envolées plus lumineuses avec une facilité déconcertante. Les textes, fidèles à l’identité du groupe, explorent la spiritualité, la perte de repères, les contradictions humaines et la quête de sens sans jamais sombrer dans le cliché religieux ou philosophique.

L’album gagne encore en intensité avec « Biblical », où les orchestrations discrètes viennent enrichir une base rythmique solide. Le travail du duo basse-batterie mérite d’ailleurs d’être salué : jamais envahissant, toujours précis, il offre un socle robuste sur lequel les guitares peuvent tisser leurs multiples couches sonores.

L’un des sommets du disque reste incontestablement « The Great Wolf In The Sky », sublimé par la participation d’Alicia Nuhro. Son intervention apporte une dimension presque mystique au morceau, créant un dialogue vocal qui renforce encore le caractère cinématographique de l’ensemble. Sans tomber dans le « feat » gadget, cette collaboration enrichit réellement la composition.

MOONSPELL sait également ralentir le tempo lorsque l’émotion l’exige. « Your Promise Of Light » et « For The Love Of Mortals » développent une mélancolie raffinée, où les mélodies prennent le temps de respirer. Ici, le groupe démontre une nouvelle fois qu’il n’a pas besoin d’empiler les blasts ou les accélérations pour captiver son auditeur. Quelques accords bien placés, une montée progressive et cette voix immédiatement reconnaissable suffisent à installer un climat presque hypnotique.

La fin de l’album retrouve davantage de mordant avec « Our Freedom To Fall » puis surtout « Reconquista », conclusion épique qui synthétise parfaitement tout ce que MOONSPELL maîtrise depuis des décennies : des riffs inspirés, des arrangements élégants, une intensité dramatique constante et cette capacité unique à faire cohabiter violence et poésie dans une même respiration.

Ce qui impressionne finalement sur Far From God, c’est cette sensation d’évidence. Rien ne semble forcé, rien ne donne l’impression que le groupe cherche à courir après les tendances actuelles. Au contraire, MOONSPELL assume pleinement son identité et signe un album mature, dense et remarquablement cohérent. Certes, les amateurs de prises de risques radicales pourront lui reprocher un certain confort artistique, mais lorsque le niveau d’écriture atteint une telle qualité, difficile de leur en vouloir.

 

Avec Far From God, les Portugais prouvent une nouvelle fois qu’ils restent les maîtres incontestés de leur propre royaume. Un disque élégant, sombre et profondément habité, qui séduira autant les fidèles de longue date que ceux qui apprécient un metal capable de conjuguer puissance, intelligence et émotion sans jamais perdre son âme.