Punk Ruins, FAKE NAMES

Punk Ruins, FAKE NAMES

23 octobre 2026 0 Par Chacha

 

Quand des musiciens ayant marqué l’histoire du punk et du hardcore décident de se retrouver autour d’un nouveau projet, on peut craindre une simple réunion de vieux briscards venus jouer sur la nostalgie. Avec FAKE NAMES, cette idée ne tient pas longtemps ! Brian Baker (BAD RELIGION, MINOR THREAT), Michael Hampton (EMBRACE), Johnny Temple (GIRLS AGAINST BOYS) et Dennis Lyxzén (REFUSED), accompagnés du batteur Mario Rubalcaba, reviennent avec Punk Ruins, un troisième album qui prouve qu’on peut avoir de solides kilomètres au compteur sans avoir perdu le goût de l’expérimentation. Au menu : du punk rock nerveux, des riffs accrocheurs, une bonne dose de power pop et une énergie qui refuse de prendre sa retraite.

 

Dès « Until It’s Normal », le ton est donné : les guitares claquent, la rythmique fonce droit devant et le chant de Lyxzén porte une colère qui colle parfaitement aux préoccupations politiques et sociales du disque. Mais FAKE NAMES ne cherche pas à transformer chaque morceau en démonstration de force. Le groupe préfère miser sur l’efficacité, les mélodies et des arrangements qui vont à l’essentiel. La chanson-titre, « Punk Ruins », incarne parfaitement cet équilibre avec ses riffs incisifs, son refrain fédérateur et ses solos qui viennent relever le tout sans en faire des tonnes. Ici, pas besoin de dérouler un arsenal de démonstrations techniques : quelques bonnes idées, du feeling et une exécution maîtrisée suffisent à faire mouche.

L’un des plaisirs de Punk Ruins réside justement dans sa capacité à varier les ambiances sans perdre son identité. « Good Old Days » joue la carte de l’immédiateté mélodique, tandis que « Cover The Distance » apporte davantage de relief et une pointe de mélancolie. « What I Tell Myself », plus lumineux, donne envie de chanter à pleins poumons, avant que « Diamond Buzz » ne ralentisse le tempo pour installer un groove hypnotique, presque inquiétant. Une respiration bienvenue qui démontre que le groupe sait aussi retenir son énergie plutôt que de tout envoyer dans le mur.

Autre morceau à retenir : « Language Lost », dont les guitares accrocheuses et l’élan presque garage rock rappellent que le punk peut être aussi dansant qu’irrévérencieux. « Beautiful Scars » mêle, quant à lui, mordant et sensibilité, tandis que « If You Could See Me Today » laisse davantage de place aux nuances vocales et aux mélodies. Derrière cette apparente légèreté, les textes abordent les tensions du monde contemporain, les blessures personnelles et les difficultés à trouver sa place. Le disque ne se contente donc pas d’aligner des refrains efficaces : il conserve un fond de lucidité et de désillusion, sans sombrer dans le pessimisme permanent.

Enregistré en cinq jours seulement, Punk Ruins conserve une spontanéité particulièrement appréciable. La production laisse respirer les instruments tout en préservant le tranchant des guitares et la présence d’une section rythmique solide. Pas de surenchère inutile ni de recherche de perfection aseptisée : l’ensemble privilégie le naturel, le mouvement et le plaisir de jouer ensemble. Et quand « Scream » puis « Paradise » viennent refermer l’album, FAKE NAMES confirme qu’il sait encore transformer quelques accords bien sentis en morceaux qui restent en tête.

 

Au final, Punk Ruins porte plutôt bien son nom : il ne s’agit pas de contempler les ruines du punk, mais de rappeler que cet esprit reste bien vivant. FAKE NAMES livre un album mélodique, engagé et suffisamment varié pour éviter la monotonie, porté par des musiciens qui n’ont plus rien à prouver et semblent surtout prendre plaisir à jouer ensemble. Pas besoin de réinventer le genre pour lui redonner des couleurs : douze titres, cinq musiciens expérimentés et une bonne dose de spontanéité suffisent à rappeler que le punk n’a définitivement pas dit son dernier mot.