Solaris, THE OCEAN

Solaris, THE OCEAN

25 septembre 2026 0 Par Chacha

 

Avec Solaris, The Ocean nous propose un nouveau voyage dont la destination n’est pas franchement indiquée sur Google Maps. Et pour cause : le groupe allemand préfère les coordonnées GPS, les grands espaces, la science-fiction et les réflexions sur l’humanité à un itinéraire touristique classique. Après plusieurs années de stabilité, The Ocean revient également avec une formation largement renouvelée, sans pour autant perdre ce qui fait son identité. Sorti chez Pelagic Records, Solaris déroule près de soixante-dix minutes d’un post-metal progressif aussi massif qu’atmosphérique.

 

Dès « 52°30’11″N, 13°26’12″E », le ton est posé. Ces coordonnées correspondent à Berlin, au lieu où le groupe répète et travaille : une manière plutôt élégante de dire que le voyage commence chez lui avant de partir beaucoup plus loin. Les claviers, les nappes et les guitares installent progressivement une ambiance presque cinématographique, avant que « Departure Song » ne fasse véritablement décoller la machine. The Ocean sait toujours prendre son temps, mais jamais gratuitement : chaque montée en puissance semble calculée pour faire gonfler la tension jusqu’au moment où les riffs prennent toute la place.

Et puis arrive « Light Pollution », véritable pièce maîtresse de cette première partie. Le morceau joue constamment sur l’opposition entre électronique et lourdeur, entre contemplation et déferlement. Son propos autour du progrès technologique, de la communication instantanée et du prix que nous payons en matière de liberté et de vie privée colle particulièrement bien à cette musique qui semble elle-même regarder l’humanité depuis une orbite extérieure.

Mais Solaris ne se contente pas d’être joli et intelligent — heureusement, parce qu’un disque de près de 70 minutes uniquement composé de nappes planantes pourrait rapidement devenir le meilleur somnifère de l’année. « Simulacra » démontre toute la capacité du groupe à faire cohabiter finesse et démesure. Les guitares gagnent en puissance, la batterie devient particulièrement impressionnante dans sa façon d’accompagner les changements d’atmosphère, tandis que les voix alternent entre fragilité, tension et agressivité. La construction progressive du morceau lui permet surtout de ne jamais donner l’impression de tourner en rond.

« Belligerence » pousse ensuite le curseur vers quelque chose de beaucoup plus frontal. Les riffs deviennent franchement massifs, presque abrasifs, avec une énergie qui flirte par moments avec le hardcore et des passages rythmiques particulièrement percutants. C’est aussi l’un des exemples les plus convaincants de cette nouvelle incarnation de The Ocean : le groupe semble avoir conservé son ADN tout en laissant davantage de place aux personnalités venues enrichir cette nouvelle formation.

La deuxième moitié de l’album revient davantage vers l’introspection. « Ultima Esperanza » joue sur les contrastes chers au groupe : mélodies suspendues, montée progressive, guitares qui finissent par écraser tout ce qui se trouve sur leur passage. « Milk Of My Dreams », plus court et presque hypnotique, offre quant à lui une respiration bienvenue avant le dernier morceau. Et le voyage se termine avec « 51°28’30″S, 73°6’11″W », nouvelles coordonnées qui nous ramènent cette fois en Patagonie. Le cercle est bouclé, et le choix d’un final plus contemplatif fonctionne particulièrement bien.

Techniquement, Solaris est évidemment très solide, mais ce qui me plaît surtout, c’est que The Ocean ne transforme jamais sa virtuosité en démonstration de force permanente. Les guitares peuvent être énormes, la batterie précise au millimètre, les claviers omniprésents et les arrangements particulièrement riches, mais tout semble servir l’atmosphère et le récit. L’arrivée d’Enrico Tiberi, notamment pianiste et multi-instrumentiste, apporte d’ailleurs une vraie couleur supplémentaire au disque, avec l’utilisation de piano, Rhodes, Hammond et célesta. L’enregistrement aux légendaires Hansa Studios de Berlin participe également à cette impression d’ampleur.

 

Solaris est donc bien plus qu’un simple nouveau chapitre pour The Ocean : c’est une façon de reconstruire le collectif sans jeter son histoire par-dessus bord. Dense sans être indigeste, technique sans devenir prétentieux et lourd tout en laissant énormément d’espace aux émotions, l’album demande quelques écoutes pour livrer toutes ses subtilités. Une chose est certaine : pour partir en voyage, The Ocean n’a toujours pas besoin de billet d’avion. Il lui suffit de brancher les amplis.