Come This Madness, EUROPE
25 septembre 2026 0 Par Chacha
Europe. Oui, CE Europe. Celui de The Final Countdown, des claviers reconnaissables entre mille et de cette mélodie que même votre voisin qui déteste le metal connaît par cœur. Sauf qu’en 2026, les Suédois n’ont visiblement aucune envie de jouer les retraités du hard rock. Après neuf années d’attente depuis Walk The Earth, Joey Tempest et sa bande reviennent avec Come This Madness, un douzième album qui sonne étonnamment frais, musclé et surtout… sacrément vivant.
Dès One On One, le ton est donné : une introduction presque cinématographique, une basse bien présente, les claviers de Mic Michaeli qui enveloppent le morceau et cette voix de Joey Tempest qui n’a décidément pas reçu le mémo lui indiquant qu’il devait lever le pied avec l’âge. Le refrain est massif, John Norum se fait plaisir sans tomber dans la démonstration gratuite et l’ensemble possède cette capacité assez rare à paraître à la fois vintage et actuel.
Et justement, parlons de The Cult Of Ignorance. Ici, Europe appuie davantage sur l’accélérateur. Le riff est mordant, les claviers apportent une couche presque futuriste et le refrain possède ce petit côté immédiatement fédérateur qui pourrait faire chanter une salle entière. Les textes, eux, regardent clairement le monde actuel avec un mélange de colère et d’inquiétude.
Le morceau-titre, Come This Madness, résume finalement assez bien l’esprit du disque. Plus lourd, groovy, avec un superbe travail sur les dynamiques, il laisse respirer les instruments avant de faire exploser les refrains. Norum y démontre une nouvelle fois qu’il sait parfaitement quand sortir le grand jeu et, surtout, quand ne pas le faire. Ses solos sont mélodiques, expressifs, parfois bluesy, mais jamais là uniquement pour rappeler qu’il sait jouer de la guitare. C’est précisément ce qui fonctionne.
Europe n’a cependant pas oublié son sens de la mélodie. This Time Of Year en est probablement le plus bel exemple. Plus fragile, mélancolique, presque enveloppante, la chanson laisse beaucoup de place aux claviers et à l’interprétation de Tempest. Le morceau monte progressivement jusqu’à un refrain ample, avant une dernière partie rehaussée par un changement de tonalité. Une vraie respiration au milieu de ce disque plutôt musclé, sans tomber dans la tentative de fabriquer artificiellement un nouveau Carrie.
Autre très bon moment : Scandinavian Eyes, qui joue davantage sur l’atmosphère et les contrastes. Les claviers prennent ici une place particulièrement intéressante tandis que les guitares viennent progressivement épaissir l’ensemble. Et c’est probablement l’une des grandes forces de l’album : Europe sait désormais utiliser son passé sans en devenir prisonnier. On retrouve les harmonies, les grands refrains et cette patte immédiatement identifiable, mais avec une production beaucoup plus massive et moderne.
Sur le plan des textes, Come This Madness n’est d’ailleurs pas particulièrement intéressé par les paillettes et les dragons en plastique. Le disque observe un monde de plus en plus fracturé, l’ignorance, la division, les dérives politiques et cette sensation assez désagréable de vivre dans une époque où tout le monde hurle en même temps. In The Absence Of Grace ou The Angels Must Have Flown prolongent cette ambiance, avec une écriture qui alterne inquiétude, observation et recherche d’espoir.
Et puis arrive The Devil’s Back. Là, les Suédois sortent franchement les crocs. Plus lourd, plus groovy, avec un riff qui donne immédiatement envie de hocher la tête comme si quelqu’un venait de vous annoncer une excellente nouvelle, le titre fait partie des morceaux les plus directs du disque. Le refrain est particulièrement efficace et Norum bénéficie une nouvelle fois d’un bel espace pour s’exprimer.
La production joue également un rôle énorme dans la réussite de l’album. Produit par Tom Dalgety et mixé par Mike Fraser, Come This Madness possède un son à la fois ample, clair et suffisamment organique pour ne jamais donner l’impression d’écouter un produit calibré au millimètre. Les claviers sont omniprésents sans étouffer les guitares, la basse existe réellement dans le mix et la batterie possède ce poids nécessaire au hard rock moderne.
Et pour refermer tout ça, Nothing Can Follow This porte plutôt bien son titre. Europe termine sur une pièce ambitieuse, atmosphérique et progressive, avec une montée en puissance qui laisse une vraie impression de conclusion. Une façon élégante de refermer un album qui n’a jamais cherché à refaire 1986.
Come This Madness est surtout la preuve qu’Europe n’est pas devenu le groupe hommage à lui-même que certains auraient pu imaginer. Oui, les claviers sont là. Oui, les grands refrains sont là. Oui, Joey Tempest chante toujours comme si le temps avait oublié de passer.
Mais derrière cette identité immédiatement reconnaissable, le groupe propose un album plus sombre, plus lourd et étonnamment actuel. Europe n’essaie pas de remonter le temps : il continue simplement d’avancer avec ses propres armes. Et franchement, après plus de quarante ans de carrière, c’est probablement la meilleure façon de célébrer son histoire.


