Cursum Perficio, ANTHRAX
18 septembre 2026 0 Par Chacha
Il aura donc fallu attendre dix ans pour retrouver Anthrax en studio. Dix ans, une éternité à l’échelle d’un groupe qui a traversé quatre décennies de metal, survécu à toutes les modes et gagné sa place dans le très fermé Big Four américain. Autant dire que l’attente était plutôt du genre à faire monter la pression. Et avec un titre comme Cursum Perficio, qui évoque la fin d’un parcours, difficile de ne pas se demander si les New-Yorkais avaient décidé de tirer leur révérence avec panache.
Rassurons-nous : dès les premières secondes, on comprend surtout qu’ils ont encore quelques riffs à distribuer.
Après la courte et atmosphérique « Persistence of Memory », « The Long Goodbye » installe un Anthrax à la fois lourd, mordant et étonnamment posé. Les guitares de Scott Ian et Jonathan Donais restent évidemment au centre du jeu, mais le groupe ne cherche pas à battre un quelconque record de vitesse. Ici, l’efficacité vient davantage des changements de rythme, des gros coups de batterie de Charlie Benante et de cette capacité à faire sonner un riff immédiatement identifiable comme du Anthrax sans donner l’impression de ressortir un vieux carton du grenier.
Et puis arrive « It’s For The Kids », véritable petite injection de thrash dans les veines. Le morceau possède ce côté direct et fédérateur qui rappelle pourquoi Anthrax fonctionne aussi bien en live : ça cogne, ça groove, ça donne envie de bouger la tête et, accessoirement, de vérifier si votre nuque est toujours sous garantie. Joey Belladonna se montre particulièrement à l’aise, capable de passer du chant mélodique aux attaques plus agressives sans perdre cette identité vocale qui fait partie de l’ADN du groupe.
« Everybody’s Got A Plan » poursuit sur une approche plus heavy et groovy, tandis que « The Edge of Perfection » prend davantage de risques. Avec ses ambiances plus sombres, ses accélérations et ses passages presque aventureux, le titre montre surtout qu’après 45 ans de carrière, Anthrax n’a visiblement pas envie de se contenter de reproduire sa recette historique. Et c’est probablement là que Cursum Perficio devient le plus intéressant : lorsque le groupe accepte de sortir légèrement de sa zone de confort.
Même constat sur « Infectious », plus lourd et moins frontal, qui apporte une respiration bienvenue au milieu de l’album. Puis « NYC 93 » remet les pendules à l’heure avec une énergie beaucoup plus old school. Le titre porte évidemment une forte charge nostalgique, mais sans transformer l’album en musée du thrash. Les riffs galopent, la batterie s’emballe et Anthrax rappelle au passage qu’il n’a pas besoin de ressortir Among The Living pour faire fonctionner une bonne vieille machine à headbang.
La pièce-titre, « Cursum Perficio », prend quant à elle le temps de développer son atmosphère. Plus sombre, plus ample, elle donne au disque une dimension presque introspective. Le titre semble naturellement faire écho au parcours du groupe, mais plutôt que de sonner comme un testament, il ressemble davantage à un bilan : celui de musiciens qui connaissent parfaitement leur histoire et peuvent désormais regarder derrière eux sans avoir besoin de la rejouer à l’identique.
« T.O.M.B. » et « Watch It Go » viennent ensuite remettre une bonne dose de nerfs dans la machine. Cette dernière possède notamment ce côté thrash rentre-dedans qui rappelle pourquoi Anthrax reste aussi efficace lorsqu’il décide simplement d’appuyer sur l’accélérateur. Quant à « My Victory », elle referme l’album avec une certaine ampleur et une sensation de conclusion logique, sans pour autant donner l’impression que les lumières vont définitivement s’éteindre.
Musicalement, Cursum Perficio est surtout un album de maturité. Les riffs sont toujours là, les changements de rythme aussi, la section rythmique reste redoutable et la voix de Belladonna conserve cette personnalité immédiatement reconnaissable. Mais Anthrax ne cherche pas à prouver qu’il peut encore jouer comme en 1987. Il montre plutôt qu’il sait parfaitement ce qu’il veut faire en 2026.
Cursum Perficio n’est donc pas le disque d’un groupe qui regarde tristement sa carrière dans le rétroviseur. C’est celui de cinq musiciens qui connaissent leur passé, l’assument pleinement et continuent malgré tout à avancer. Il y a du thrash, du heavy, du groove, quelques expérimentations et surtout cette énergie communicative qui fait qu’Anthrax reste Anthrax.
Dix ans d’attente, ça peut sembler long. Mais si c’était le prix à payer pour retrouver une bande de vieux briscards toujours capable de distribuer quelques mandales avec le sourire, ma foi… on leur pardonne assez facilement.

