Modern Life Is Lonely, HOLDING ABSENCE
18 septembre 2026 0 Par Chacha
Avec Modern Life Is Lonely, HOLDING ABSENCE semble avoir décidé qu’il était temps de sortir un peu de sa propre tête pour regarder le monde autour de lui. Et franchement, vu l’état du monde, ce n’était peut-être pas l’idée la plus reposante ! Après une trilogie particulièrement marquée par l’introspection, le groupe gallois ouvre ici une nouvelle porte, beaucoup plus moderne, électronique et atmosphérique, sans pour autant abandonner ce qui fait sa force : l’émotion à fleur de peau.
Dès « Reanimate », le ton est donné. Les guitares aériennes, les textures électroniques et les petits effets numériques viennent se glisser dans le post-hardcore de HOLDING ABSENCE. La voix de Lucas Woodland reste évidemment le cœur du dispositif : fragile, lumineuse, puis capable de prendre une ampleur absolument énorme. La production joue énormément sur les contrastes, avec des passages presque cotonneux qui peuvent soudain laisser place à des explosions beaucoup plus lourdes.
Et c’est justement cette dualité qui rend l’album intéressant. « Reflection » et « Heaven » savent encore parfaitement construire ces refrains qui donnent envie de chanter à pleins poumons tout en ayant vaguement envie de regarder par la fenêtre sous la pluie. HOLDING ABSENCE possède ce talent assez agaçant de rendre la mélancolie franchement séduisante.
Le morceau-titre, « Modern Life Is Lonely », résume à lui seul le propos du disque : être constamment connecté sans forcément se sentir proche de qui que ce soit. Les paroles abordent cette solitude contemporaine, la surcharge numérique, la recherche de sens et cette impression d’être parfois spectateur de sa propre existence. Musicalement, le groupe traduit parfaitement cette idée en mélangeant éléments organiques et sonorités synthétiques, comme si l’humain et la machine tentaient de cohabiter sans vraiment savoir comment faire.
Mais HOLDING ABSENCE ne se contente pas d’ajouter deux ou trois synthés pour faire « moderne ». L’électronique devient véritablement une partie de leur langage. « Lucid Love » pousse particulièrement cette approche avec ses sonorités presque hyperpop, ses voix retravaillées et ses rythmiques plus digitales. Sur le papier, cela pourrait sembler franchement casse-gueule pour un groupe de post-hardcore. Dans les faits, le morceau reste immédiatement identifiable : les mélodies sont toujours aussi accrocheuses et l’émotion ne disparaît jamais derrière la technologie.
Les deux interludes, « shells_like_us.int » et « lullaby.int », participent eux aussi à cette atmosphère étrange, presque futuriste. Ils cassent volontairement la dynamique et donnent au disque un côté plus immersif, comme si l’on passait d’une chanson à l’autre à travers différentes pièces d’un même univers.
Puis arrive « Scorched Earth », qui rappelle qu’une bonne grosse décharge de guitares reste parfois la meilleure thérapie. Plus tendu, plus massif, le morceau apporte une dose de rage bienvenue avant que « Kyoto Snow » ne referme l’album sur une note beaucoup plus contemplative. Et quelle manière de terminer ! Le morceau prend son temps, laisse respirer les instruments et fait progressivement monter cette sensation de grandeur qui accompagne les meilleurs moments du groupe.
Au fond, Modern Life Is Lonely n’est pas simplement un nouvel album de HOLDING ABSENCE. C’est une évolution. Le groupe conserve son ADN post-hardcore, ses mélodies immenses et cette capacité à faire mal avec trois accords et une voix, mais il accepte désormais de brouiller davantage les frontières avec la pop alternative, l’électronique et les textures plus expérimentales.
HOLDING ABSENCE signe donc un disque plus ambitieux, plus contemporain et surtout très cohérent dans son propos. Modern Life Is Lonely parle d’un monde saturé de connexions tout en donnant parfois l’impression que personne ne se touche vraiment. Une jolie contradiction, parfaitement retranscrite par une musique capable d’être à la fois immense, fragile, froide et profondément humaine.
Bref, si la vie moderne est effectivement solitaire, autant avoir une bonne bande-son pour l’accompagner.


