The Scars, LUGOSI

The Scars, LUGOSI

18 septembre 2026 0 Par Chacha

 

Il y a des albums qu’on écoute tranquillement installé dans son canapé. Et puis il y a ceux qui viennent gentiment te secouer par le col en te demandant si, par hasard, tu n’aurais pas quelques problèmes existentiels à régler. The Scars, deuxième album de LUGOSi, appartient clairement à la seconde catégorie.

 

Dès « Matches », le ton est donné. Moins de deux minutes pour allumer la mèche : guitares nerveuses, rythmiques qui partent dans tous les sens, hurlements et une tension permanente. Pourtant, derrière cette violence sonore se cache un véritable message d’espoir et de solidarité. LUGOSi aime visiblement les contradictions, et c’est justement là que le disque devient intéressant : la rage et la douceur peuvent parfaitement cohabiter.

« Kate Whispers » pousse cette dualité encore plus loin. Les guitares abrasives côtoient des passages plus mélodiques et une interprétation vocale capable de passer de la fragilité à l’explosion. Le texte évoque les blessures, la séparation, l’amour sous toutes ses formes et surtout le pouvoir salvateur de la musique. Une chanson qui rappelle qu’un morceau peut parfois servir de bouée quand tout le reste prend l’eau.

Puis arrive « The Fire », et là, LUGOSi sort carrément les extincteurs… sans jamais avoir l’intention d’éteindre quoi que ce soit. Le morceau alterne passages lourds, accalmies et montées en tension avant de laisser Patrick Shiroishi apporter son saxophone à un final complètement incandescent. L’instrumentation supplémentaire est d’ailleurs l’une des belles surprises de l’album : cuivres, claviers, piano et autres couches viennent enrichir la matière sonore sans faire perdre au groupe son côté viscéral.

Le cœur de The Scars se trouve également dans ses morceaux les plus introspectifs. « Another Downer » et « I Must Be Fine » abordent le mal-être et cette fameuse injonction à prétendre que tout va bien. Le premier attaque frontalement, là où le second se montre plus contenu, presque intime, avant de laisser progressivement la tension remonter. Musicalement, LUGOSi sait parfaitement utiliser les silences, les ruptures et les changements de dynamique : chaque accalmie donne surtout l’impression que quelque chose de beaucoup plus violent est sur le point de revenir.

Avec « A Taste for Chaos », le groupe remet un bon coup d’accélérateur, tandis que « Ghosts of Christmas Past » élargit encore la palette. Les influences hardcore et noise restent bien présentes, mais les arrangements permettent au morceau de naviguer entre colère, mélancolie et une forme de vulnérabilité assez désarmante. « and Nothing Hurt » poursuit cette exploration de l’épuisement et de l’absurde, avec une construction qui joue intelligemment sur les respirations et les ruptures.

Et puis vient « Everything Ends », conclusion particulièrement réussie. LUGOSi ralentit le tempo, laisse davantage de place aux textures et construit progressivement une atmosphère presque contemplative. Les guitares, les voix et les arrangements de cuivres se répondent jusqu’à un final qui semble davantage accepter les blessures qu’essayer de les effacer.

Ce qui frappe surtout sur The Scars, c’est cette volonté de ne jamais choisir entre brutalité et émotion. La production est suffisamment travaillée pour laisser respirer les différentes couches instrumentales, mais l’ensemble conserve cette sensation de danger permanent qui fait tout le charme du groupe. LUGOSi ne cherche pas à rendre ses chansons confortables : elles doivent gratter, déranger, faire réfléchir et parfois simplement foutre un joyeux bordel dans la tête.

 

En conclusion, The Scars porte plutôt bien son nom. C’est un album sur les blessures, certes, mais aussi sur ce qui permet de continuer malgré elles. Un disque intense, intelligent et cathartique, qui prouve que la violence musicale peut aussi être profondément sensible. LUGOSi ne referme pas les cicatrices : il les expose, les transforme en riffs et hurle dessus. Et franchement, ça fonctionne plutôt très bien.