Gozu VI, GOZU

Gozu VI, GOZU

15 mai 2026 0 Par Chacha

 

GOZU n’a jamais vraiment joué dans la catégorie des groupes qui font semblant. Depuis Boston, le quatuor balance un stoner metal épais comme un moteur V8 sous acide, avec ce mélange de fuzz pachydermique, de groove doom et de psychédélisme graisseux qui sent autant le vieux cuir que la salle de répète mal ventilée. Avec VI, les Américains reviennent sans révolutionner leur formule, mais avec une maîtrise qui force le respect : celle d’un groupe qui sait exactement où frapper pour faire vibrer les cervicales et les tripes.

 

Dès “Corinthian Leatherface”, GOZU impose son terrain de jeu : riffs mastodontes, basse qui ronfle comme un camion lancé à pleine bourre et cette science du groove qui transforme chaque break en uppercut. Le groupe joue lourd, évidemment, mais jamais bêtement. Derrière la crasse volontaire du son se cache un vrai travail d’orfèvre sur les dynamiques. Ça respire, ça cogne, ça repart. Les gars savent quand laisser un riff s’installer et quand l’exploser avec une montée psyché venue d’ailleurs.

L’un des gros points forts de VI, c’est justement cette capacité à éviter l’effet “mur de fuzz uniforme” qui plombe tant d’albums stoner actuels. “Midnight Express” déroule une ambiance presque hallucinée, tandis que “Killer Khan” envoie un groove énorme qui donne envie de casser quelque chose — ou au minimum de rouler trop vite en regardant le désert par la fenêtre. “Corner Lariat”, lui, porte parfaitement son nom : ça frappe sec, avec une efficacité presque hardcore dans l’approche rythmique.

Et puis il y a cet humour absurde et référencé qui flotte partout dans l’album. Rien qu’avec des titres comme “They Did Know Karate” ou “Gimme the Lute”, GOZU rappelle qu’on peut jouer une musique ultra sérieuse sans se prendre pour des prophètes doom sous peyotl. Le groupe garde ce côté “gros bras amoureux de science-fiction et de VHS des années 80”, et ça rend l’ensemble immédiatement attachant. Même quand les textes flirtent avec des thématiques plus sombres ou introspectives, il y a toujours cette distance ironique qui évite le cliché du stoner dépressif regardant le vide pendant 45 minutes.

Musicalement, GOZU impressionne surtout par la précision de son jeu collectif. La batterie cogne avec une lourdeur organique mais reste extrêmement mobile, les guitares jonglent entre riffs graisseux et envolées plus aériennes, et la voix de Marc Gaffney apporte ce supplément mélodique qui empêche l’album de sombrer dans la simple démonstration de puissance. Sur “Banacek” ou “Corvette Summer”, le groupe montre même un vrai talent pour les refrains mémorables, presque catchy malgré les tonnes de saturation.

 

VI n’est peut-être pas l’album qui réinvente le stoner metal, mais franchement, on s’en fout un peu. GOZU livre ici un disque solide, inspiré et terriblement vivant, capable d’être à la fois massif, planant et fun. Un album qui sent l’essence, les amplis chauffés à blanc et les vieilles cassettes de catch japonais. Et dans un genre parfois trop occupé à regarder ses pédales d’effet, ça fait un bien fou.