Interview avec Chris et Cyril, du groupe SANGHAM
29 septembre 2026 0 Par ChachaAvec The Radiant Crown, SANGHAM franchit un nouveau cap. Plus lourd, plus frontal, mais toujours porté par des mélodies aériennes et une vraie richesse atmosphérique, le groupe français affine ici une identité qui ne se contente pas de faire parler les décibels. Derrière les riffs massifs et les contrastes entre douceur et violence se cachent des textes profondément engagés, qui interrogent notre rapport au vivant, à la consommation et aux différentes formes de domination.
Entre évolution musicale, changement de line-up, création et convictions, Chris et Cyril nous parlent de la genèse de The Radiant Crown, de sa fameuse couronne et de ce que SANGHAM souhaite aujourd’hui défendre à travers sa musique.
Bonjour et merci pour votre temps 🙂
Chris : Merci à toi de nous recevoir !
The Radiant Crown semble marquer une évolution assez nette pour SANGHAM, avec un son plus lourd, plus frontal et plus dense. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’aller dans cette direction pour ce deuxième album, et jusqu’où avez-vous volontairement cherché à repousser les limites de votre identité musicale ?
Chris : Ce second album traduit une évolution assez naturelle pour un projet qui s’est beaucoup transformé au fil des années. Lors de la sortie d’Intangible, ma pratique du chant était encore relativement récente et il me restait beaucoup de terrains à explorer, notamment dans le chant saturé. En développant cette technique vocale, notre musique a progressivement évolué vers des sonorités plus modernes et plus lourdes, tout en conservant une dimension mélodique.
Nous avons aussi beaucoup appris de l’expérience de ce premier album. Pour The Radiant Crown, nous avions envie d’aller plus loin, aussi bien musicalement que dans notre manière d’affirmer ce qui nous anime. Nous avons donc cherché à créer un album plus assumé, notamment en exprimant de façon plus transparente les valeurs du groupe et les messages que nous souhaitons transmettre à travers notre musique.
Cyril : Nous souhaitions aller encore plus loin dans l’immersion ! Nous avons toujours aimé développer beaucoup d’ambiances et de textures, qui enrichissent et complètent nos instruments. Les compositions sont avant tout des histoires, et leurs structures s’affranchissent des limites pour s’adapter au mieux à ce qu’elles évoquent.
C’était également un objectif personnel d’obtenir un son plus singulier en multipliant les accordages, et en exploitant toutes les nouvelles facettes du scream de Christelle. Avec l’expérience acquise au fur et à mesure du temps, la composition n’a plus été un processus spécifique, mais une alchimie à exploiter pour aborder des thèmes qui nous tiennent à cœur, sans détour.
Au final, bien que les thèmes des chansons y soient divers, on peut sentir une unité dans l’ensemble de cet opus.
Le changement de line-up à la basse et à la batterie intervient dans cette nouvelle étape du groupe. Est-ce que l’arrivée de ces nouveaux membres a simplement accompagné cette évolution, ou ont-ils également profondément influencé votre manière de composer et votre vision de SANGHAM ?
Chris : Les nouveaux membres sont arrivés après l’enregistrement de ce second album. Ils n’ont donc pas participé à sa composition et n’ont pas directement influencé sa direction musicale.
En revanche, leur arrivée a profondément transformé l’identité du groupe, notamment dans l’interprétation live des morceaux, mais aussi dans notre manière de fonctionner au quotidien. Paul (basse) et Antoine (batterie) ont apporté une nouvelle dynamique, de nouvelles compétences et de nouvelles idées dans la gestion globale du projet. Leur présence nous permet aujourd’hui d’aborder nos objectifs collectifs avec une énergie nouvelle et de faire évoluer Sangham sur bien d’autres aspects que la musique elle-même.
La couronne de l’album représente le règne autoproclamé de l’être humain sur le vivant. Pourquoi cette image vous semblait-elle particulièrement pertinente pour résumer les différents thèmes abordés sur l’album ? Et à quel moment cette symbolique est-elle devenue le fil conducteur de The Radiant Crown ?
Chris : Le fil rouge qui relie les différents propos de Sangham est la critique de la surexploitation des êtres et des ressources de notre planète. La couronne nous est donc apparue comme un symbole assez évident : elle représente ce règne que l’être humain s’est lui-même attribué sur le vivant.
Elle fait notamment écho à l’un des morceaux de l’album, The Last Kings, dans lequel nous questionnons la capacité de l’humanité (et notamment des hommes, encore majoritaires dans les sphères de pouvoir et de décision) à écraser et opprimer tout ce qui l’entoure, jusqu’à mettre sa propre civilisation en péril.
La couronne est ainsi devenue une représentation de cette domination, mais aussi de sa conséquence : un règne fondé sur la vanité et l’exploitation qui pourrait finalement conduire à sa propre destruction.
Vous abordez des sujets comme la surconsommation, la domination patriarcale, la souffrance animale ou encore notre rupture avec le vivant. Ce sont des thèmes qui peuvent facilement devenir très didactiques dans la musique engagée. Comment trouvez-vous l’équilibre entre faire passer un message fort et laisser suffisamment de place à l’auditeur pour se faire sa propre réflexion ?
Chris : Nous assumons pleinement nos valeurs et la dimension politique de nos textes, tout en tenant à conserver une forme de poésie dans la manière dont nous transmettons nos messages. Nous cherchons à créer des espaces immersifs, à poser des questions et à utiliser des métaphores qui permettent à l’auditeur de s’interroger, plutôt que de lui imposer une lecture.
The Insatiable Ogre, par exemple, personnifie une société de consommation devenue dévorante. La Tour Dorée évoque quant à elle le fantasme d’un retour à la nature, à travers l’histoire d’un personnage qui a toujours vécu dans le confort, mais qui ressent une profonde rupture avec le monde qui l’entoure.
Pour nous, l’engagement n’empêche pas la liberté d’interprétation : au contraire, nous pensons que la poésie permet de faire passer un message tout en laissant à chacun l’espace nécessaire pour se l’approprier.
Votre engagement végane et votre rapport au vivant semblent être intimement liés à l’univers de SANGHAM. Est-ce que l’écriture vous permet d’exprimer des choses que vous ne pourriez pas forcément formuler de la même manière dans votre vie quotidienne ? Y a-t-il un sujet de l’album qui vous touche particulièrement personnellement ?
Chris : Évoluant dans un milieu militant et antispéciste, je constate que chaque structure et chaque artiste trouve sa propre manière de dénoncer et de sensibiliser à ce que subissent les animaux. Prendre la parole à travers la musique, c’est apporter une autre interprétation de cette lutte et porter un message politique en privilégiant, dans le cas de Our Vain Pleasure, l’immersion et l’empathie de l’auditeur.
Dans le clip, nous avons littéralement cherché à placer une humaine en situation d’extrême vulnérabilité. Pourtant, ce que nous montrons ne représente qu’une infime partie de ce que subissent réellement, chaque jour, des millions d’êtres sentients et innocents. Nous voulions ainsi amener le spectateur à ressentir, et à faire preuve d’empathie, au sens littéral du terme : se mettre à la place d’autrui, de la victime.
Personnellement, l’exploitation animale est le sujet qui me touche le plus dans cet album. Le système d’oppression mis en place à l’encontre des animaux me semble particulièrement violent et vicieux, parce qu’il est à la fois massif, systémique et profondément banalisé.
Votre direction artistique repose sur cette dualité entre le soleil, associé à la lumière et à la vie, et le virus, associé au chaos et à la contamination. Cette opposition semble finalement faire écho à votre vision de l’humanité, capable de créer autant qu’elle peut détruire. Est-ce que cette dualité traverse également les compositions, avec des passages très lumineux ou aériens confrontés à des moments beaucoup plus lourds et agressifs ?
Chris : Exactement ! On retrouve cette dualité dans les passages mélodiques, qui contrastent avec des riffs plus lourds et massifs, mais aussi dans l’opposition entre le chant clair, très doux, et le growl plus profond et agressif.
C’est également une manière pour nous de faire coexister différentes émotions au sein d’un même morceau : la vulnérabilité, la colère, la tristesse, mais aussi l’espoir.
Musicalement, vous mélangez modern metal, influences progressives, mélodies aériennes et riffs massifs. Quand vous composez, qu’est-ce qui arrive en premier chez SANGHAM : une atmosphère, un riff, une mélodie, une idée de texte… ou est-ce justement le mélange de plusieurs éléments qui fait naître un morceau ?
Chris : Nous n’avons pas de règle précise en matière de création. Parfois, j’écris un texte et Cyril compose en s’appuyant dessus ; d’autres fois, c’est l’inverse. On se complète assez bien sur ce point !
Cyril : Effectivement, nous savions d’avance que nous souhaitions aborder certains sujets, et j’ai pu directement composer en me projetant sur ces derniers. C’était un peu comme si nous construisions la B.O d’une série ou d’un film, à partir d’un script et de quelques scènes.
Christelle a l’habitude d’accompagner ses lyrics d’une explication de texte précise afin de décortiquer le morceau. Ça me permet notamment d’être plus juste sur la restitution émotionnelle de tel ou tel passage.
Pour le reste, j’ai l’habitude d’enregistrer des démos partielles ou complètes qui collent à notre alchimie et, si ça plait à tout le monde, bingo ! On la retravaille ensuite tous ensemble, pour que chacun.e s’approprie le morceau.
Vous revendiquez une écriture plus directe et sans compromis sur cet album. Est-ce que cela signifie aussi que vous avez parfois dû faire des choix artistiques plus radicaux, en vous demandant moins si telle ou telle idée allait plaire, pour rester totalement cohérents avec vos convictions ?
Chris : Je pense que nous avons surtout compris que nous ne pouvions pas plaire à tout le monde. Choisir une forme de radicalité, c’est aussi choisir d’assumer pleinement ce que nous sommes et de nous entourer d’un public qui se reconnaît dans notre démarche.
C’est un pari plutôt gagnant ! En trois sorties de singles, nous avons eu la chance d’être suivis par des milliers de nouveaux auditeurs qui se sentent représentés par notre musique. C’est aussi une manière de créer un espace safe dans lequel nous nous sentons en harmonie avec les personnes avec qui nous travaillons, mais aussi avec notre public.
Avec ce deuxième album, avez-vous le sentiment d’avoir simplement continué l’histoire commencée avec le premier, ou plutôt d’avoir franchi une étape qui vous permet aujourd’hui de définir beaucoup plus clairement ce que SANGHAM veut être, musicalement comme humainement ?
Chris : Je dirais que c’est entre les deux ! Nous avions déjà commencé à évoquer des sujets qui nous tenaient à cœur dans Intangible, mais The Radiant Crown va plus loin et renforce ce sentiment de cohérence avec qui nous sommes aujourd’hui et avec ce que nous voulons exprimer à travers Sangham.
Et pour terminer sur une note un peu plus légère : si vous deviez décerner une couronne à chacun des membres de SANGHAM — roi ou reine du groupe dans une catégorie complètement absurde — qui serait couronné pour quoi ? 😄
Chris : Paul me dit dans l’oreillette que je serais la reine des cookies vegans 🍪 Je lui attribue en échange la couronne des blagues nulles 💀
Antoine serait le roi des poupous (en raison de sa bonne humeur), et Cyril règnerait sur le Royaume des Tableurs Excel.
Un dernier mot pour votre public français?
Chris : Merci à toutes les personnes qui nous suivent, on a hâte de partager un moment de musique live avec vous, et de vous rencontrer !
Et dernière chose et pas des moindres, merci pour votre engagement envers le bien-être animal, étant moi-même végane, ça touche droit au coeur, j’espère que votre clip « Our Vain Pleasure » aidera à éveiller quelques consciences !
Chris : C’est génial ! Merci pour ton engagement envers les animaux, et pour ton soutien et tes mots, ça nous touche beaucoup !
Avec The Radiant Crown, SANGHAM semble avoir trouvé un équilibre particulièrement cohérent entre puissance musicale, atmosphère et engagement. Un album qui ne cherche pas à imposer une réponse toute faite, mais plutôt à provoquer une réflexion, tout en laissant suffisamment de place aux émotions et à l’interprétation.
Une chose est certaine : avec un nouveau line-up et l’envie de continuer à faire évoluer le projet, SANGHAM n’a visiblement pas terminé de faire résonner sa couronne. Il ne reste plus qu’à découvrir comment tout cela prendra vie sur scène !

