Interview avec Damon Tate, membre fondateur du groupe OF VIRTUE

Interview avec Damon Tate, membre fondateur du groupe OF VIRTUE

31 juillet 2026 0 Par Chacha

À quelques semaines de la sortie de Death Of The Altar, prévue le 2 octobre chez Arising Empire, OF VIRTUE s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de son histoire. Entre metalcore moderne, refrains fédérateurs et textes profondément introspectifs, les Américains continuent d’affiner une identité qui ne cesse de gagner en intensité.
Nous avons échangé avec le groupe autour de ce nouvel album, de son message, de l’importance de l’image dans le metal actuel, de la vie sur les routes et de l’évolution d’une scène toujours plus créative. Une conversation sincère, sans langue de bois, qui donne encore un peu plus envie de découvrir Death Of The Altar… et surtout de les retrouver sur scène.
Bonne nouvelle pour le public français : OF VIRTUE sera de passage à Paris le 3 octobre à La Maroquinerie, au lendemain de la sortie de l’album. Une occasion parfaite pour découvrir ces nouveaux titres en live.

 

Vos paroles abordent souvent les luttes intérieures, la résilience et la reconstruction de soi. Considérez-vous l’écriture comme une forme de thérapie ou plutôt comme un moyen de créer un lien avec votre public ?
Le processus peut être les deux à la fois. Écrire est parfois thérapeutique, mais c’est aussi un formidable moyen de créer une connexion avec les gens. Il nous arrive de penser de manière très personnelle, sans réaliser qu’en tant qu’êtres humains, nous partageons énormément d’expériences similaires, même si chacun les vit à sa façon.
Il y a quelque chose d’unique dans le fait de lancer une chanson et d’avoir l’impression que les paroles s’adressent directement à vous. Qu’une personne que vous n’avez jamais rencontrée mette des mots sur un sentiment que vous portez depuis des années sans jamais avoir su l’exprimer… c’est presque une expérience spirituelle.

Death Of The Altar évoque la chute de quelque chose de sacré et une remise en question des croyances. Que représente « l’autel » dans cette chanson : une institution, une idéologie ou quelque chose de plus personnel ?
L’autel représente un peu tout ce que vous venez de citer.
Dans nos vies, nous avons tendance à placer certaines choses sur un piédestal, à les idolâtrer alors qu’elles ne le méritent pas. Nous nous donnons corps et âme à des personnes, des idées ou des situations qui, en retour, ne nous aiment pas ou ne cherchent qu’à nous faire du mal.
Avec le temps, on finit par se perdre. Il devient de plus en plus difficile de retrouver une connexion sincère avec les autres ou simplement un peu de paix, parce qu’on a remplacé tout cela par le chaos.
L’objectif de cet album était justement de faire face à tout ce qui nous a fait souffrir au fil des années et de nous obliger à répondre avec une honnêteté brutale aux questions que nous évitions. Cela concerne nos anciennes relations, les liens familiaux, les histoires d’amour gagnées ou perdues, mais aussi notre propre rapport à la musique et aux aspects parfois égoïstes qui accompagnent ce rêve de vivre de notre passion.
Death Of The Altar, c’est finalement l’acte de tout dépouiller pour pouvoir repartir de zéro.

Vos textes sont très directs, presque confrontants. Est-il important pour vous de ne jamais adoucir votre message, même si cela peut mettre certaines personnes mal à l’aise ?
Absolument.
Nous avons tous connu des moments où nous nous sommes menti à nous-mêmes ou où nous avons fini par croire des choses négatives à notre sujet. La peur, le fait de se rabaisser, de fuir une vérité difficile… tout cela ne fait que nous maintenir sur place et empêche toute évolution.
Nous voulons que ceux qui nous écoutent comprennent qu’être intransigeant ne signifie pas être négatif ou malveillant. Notre musique agit plutôt comme un miroir : elle offre à chacun la possibilité de se voir tel qu’il est réellement afin de pouvoir effectuer les changements nécessaires pour devenir la meilleure version de lui-même.

Certaines chansons ont-elles pris une signification différente avec le temps, au fur et à mesure de votre évolution personnelle ou de celle du groupe ?
Notre morceau « Sober » en est probablement le meilleur exemple.
À l’origine, il parlait du combat de notre guitariste Damon contre ses addictions et de son long chemin vers la guérison.
Puis Tyler a lui aussi traversé une période extrêmement difficile ces derniers mois et a décidé que la sobriété était la meilleure décision pour lui. À un moment, il ressentait même une certaine culpabilité à interpréter cette chanson alors qu’il ne vivait pas lui-même pleinement ce qu’elle racontait.
Au moment où nous réalisons cette interview, Tyler est sobre depuis dix mois et nous sommes incroyablement fiers de lui.

Le clip de Death Of The Altar est sombre, intense et très cinématographique. Quelle importance accordez-vous à l’aspect visuel pour transmettre vos émotions ?
L’image peut considérablement amplifier ce que fait ressentir une chanson.
Il nous est arrivé d’être de simples fans d’un groupe, puis de découvrir son univers visuel, son identité artistique ou sa manière de raconter une histoire… et tout à coup, notre perception du groupe change complètement.
Pour le lancement de cet album, nous voulions installer une ambiance assez pesante, presque comme une montée en tension progressive. Le clip se termine volontairement sur une sorte de suspense qui pousse les spectateurs à se demander ce qui va arriver ensuite.
Nos amis de Levine Pictures et BlackWolf Imaging ont fait un travail remarquable pour retranscrire l’atmosphère du morceau et poser les bases de tout ce qui allait suivre avec les prochains singles.

Travaillez-vous les concepts visuels en même temps que les chansons, ou cela vient-il dans un second temps ?
Chez nous, les chansons passent toujours en premier.
Lorsqu’elles commencent à prendre leur forme définitive, nous réfléchissons alors aux visuels qui pourront les accompagner au mieux.
Il est déjà arrivé qu’une idée visuelle inspire directement une chanson ou que nous sachions exactement où nous voulions aller, mais la plupart du temps, c’est la musique qui donne naissance à l’univers graphique, et non l’inverse.

Y a-t-il des symboles cachés ou des détails que les fans n’ont pas encore remarqués dans ce clip ?
Pas vraiment !
Nous avons voulu que tout soit assez explicite dans son interprétation. Il n’y a donc pas de message secret… pour le moment ! 😉

Selon vous, l’aspect visuel est-il devenu indispensable aujourd’hui pour exister sur la scène metal moderne ?
Oui, raconter l’histoire de son groupe est devenu essentiel.
Beaucoup de nos groupes préférés le sont devenus parce qu’ils représentaient quelque chose de plus que leur musique. Leur esthétique, leur identité, leurs personnalités ou simplement leur manière de construire un univers nous ont permis de nous attacher encore davantage à eux.
Aujourd’hui, l’image est un véritable prolongement de la musique.

Comment percevez-vous l’évolution de la scène metalcore / metal moderne ces dernières années ? La trouvez-vous plus ouverte, plus formatée ou plus hybride ?
Comme pour tous les mouvements musicaux, chaque génération fait évoluer ce que la précédente a construit.
La technologie est de plus en plus performante et ceux qui la maîtrisent savent parfaitement comment l’utiliser à leur avantage. Il suffit aussi de voir le nombre impressionnant de jeunes musiciens extrêmement talentueux qui émergent grâce aux réseaux sociaux.
À notre âge, nous commençons aussi à voir les choses revenir par cycles. Des styles que nous adorions lorsque nous étions adolescents redeviennent populaires auprès d’un nouveau public, tandis que de jeunes groupes reprennent ces sonorités en y apportant leur propre vision.
C’est passionnant à observer, et nous pensons que les découvertes ne feront que se multiplier dans les années à venir.

Ressentez-vous une pression pour suivre certaines tendances, que ce soit au niveau du son, de la production ou des réseaux sociaux, ou êtes-vous totalement libres ?
Il existe forcément une pression pour suivre ce qui fonctionne ou ce qui est tendance à un instant donné.
Mais au final, c’est toujours à l’artiste de décider s’il souhaite rester fidèle à sa direction ou tenter quelque chose de nouveau.
Pour nous, intégrer des éléments modernes dans notre musique n’a rien de problématique. À l’inverse, rester attaché à un style que l’on aime profondément est tout aussi légitime.
L’important est de savoir s’adapter tout en restant authentique. Trouvez votre propre voix. Si elle correspond à une tendance du moment, tant mieux. Si ce n’est pas le cas, continuez à perfectionner votre art et, tôt ou tard, le cycle reviendra en votre faveur.
La meilleure phrase que nous ayons entendue au cours de notre carrière est probablement celle-ci :
« Le public ne sait pas ce qu’il veut… jusqu’à ce qu’il l’entende. »

Y a-t-il de jeunes groupes qui vous inspirent particulièrement ou qui vous redonnent confiance dans l’avenir de la scène metal ?

Oui, énormément !
Nous avons beaucoup d’amis qui sont en train de tout déchirer en ce moment : Archers, Nerv, Orthodox, Dead Eyes ou encore Lost In Hollywood, pour ne citer qu’eux.
Du côté des groupes plus établis, Electric Callboy ne cesse de se réinventer, tandis que Spiritbox bouscule les codes et montre à quel point notre genre peut être à la fois magnifique et extrêmement lourd.
Ce ne sont que quelques exemples, mais ils prouvent que la scène metal est entre de très bonnes mains.

Les tournées sont souvent idéalisées, mais elles peuvent aussi être extrêmement éprouvantes. Quelle est la chose la plus difficile à gérer sur le long terme ?
Le temps que l’on perd.
Quand on quitte la maison pour partir en tournée, c’est un peu comme entrer dans une capsule temporelle. La vie continue sans vous et, lorsque vous rentrez, il faut réapprendre à retrouver son quotidien.
Parfois cela se fait facilement, parfois cela prend beaucoup plus de temps. Chez certains, cela peut même provoquer des périodes de déprime.
On manque les anniversaires, les mariages, les fêtes de famille ou simplement certains moments importants de la vie de nos proches.
C’est le prix à payer pour poursuivre notre rêve. Nous sommes prêts à faire ce sacrifice, mais cela ne le rend pas plus facile pour autant.

Quelle est la chose la plus inattendue que la vie sur la route vous a apprise sur vous-mêmes ?
Que nous sommes incroyablement résilients en tant que groupe.
Nous avons appris à travailler ensemble sous une pression permanente et dans des conditions qui sont rarement idéales.
Pour survivre dans l’industrie musicale, il faut savoir s’adapter, accepter les critiques et évoluer constamment. Une tournée ne fait pas exception à cette règle.

Le fait de partager autant d’expériences fortes renforce-t-il toujours le groupe ou cela peut-il parfois devenir un défi humain ?
Pas toujours.
Cette même pression peut aussi briser un groupe ou révéler des facettes de certaines personnes que l’on n’avait jamais vues auparavant.
La tournée permet rapidement de distinguer ceux qui considèrent la musique comme un simple loisir de ceux qui veulent réellement en faire leur métier et leur mode de vie.
C’est une expérience qui pousse chacun dans ses retranchements.

Même si aucun nouvel album n’avait encore été annoncé au moment où nous préparions cette interview, êtes-vous déjà en train d’écrire ou de réfléchir à la suite ?
Notre nouvel album, Death Of The Altar, sortira le 2 octobre chez Arising Empire dans le monde entier !
Mais même avec cette sortie qui approche, nous travaillons déjà sur de nouvelles chansons et de nouvelles idées. Il est donc tout à fait possible qu’un autre album arrive plus vite qu’on ne le pense.

Death Of The Altar définit-il une nouvelle direction artistique pour OF VIRTUE ou représente-t-il plutôt la conclusion d’un chapitre ?
Nous voyons davantage Death Of The Altar comme une conclusion, mais aussi comme le successeur spirituel de notre précédent album, OMEN.
Sur OMEN, nous étions en pleine transformation. Nous expérimentions énormément de styles et de sonorités différentes. C’était un disque brut, sans concessions et parfois même un peu imparfait, mais il a posé les fondations de ce qu’est devenu Death Of The Altar.
Nous avons conservé les mêmes principes d’écriture, mais avec une vision beaucoup plus claire et une exécution plus aboutie.
En revanche, ce qui viendra après Death Of The Altar ouvrira un tout nouveau chapitre.

Y a-t-il encore des choses que vous aimeriez explorer musicalement et que vous n’avez pas encore osé faire ?
Nous n’avons encore jamais enregistré un véritable album pop… et honnêtement, ça pourrait être vraiment génial !
Ces derniers temps, nous avons aussi expérimenté davantage avec des influences industrielles, et le résultat nous plaît énormément.
Depuis notre album What Defines You, nous avons également laissé de côté les versions acoustiques ou épurées de nos morceaux. C’est quelque chose que nous avons très envie de remettre au goût du jour dans un avenir proche.

Si OF VIRTUE était un film, de quel genre s’agirait-il… et qui tiendrait le rôle principal ?
Sans aucune hésitation, ce serait une comédie dans l’esprit de 40 ans, toujours puceau ou En cloque, mode d’emploi !
Tyler tiendrait le rôle principal, avec Ryan dans celui de son acolyte.

Quel est le pire moment que vous ayez vécu en tournée… mais qui vous fait rire aujourd’hui avec le recul ?
Devoir annuler des concerts est toujours extrêmement frustrant.
Certaines situations échappent complètement à notre contrôle, et tout ce que l’on peut faire, c’est revenir la fois suivante pour se rattraper.
Au fil des années, chacun d’entre nous a connu des moments où il a touché le fond : des disputes, des émotions négatives qui finissent par exploser sur scène ou tout simplement des tensions entre nous.
Avec le recul, nous réalisons que ces épisodes étaient finalement nécessaires. Ils nous ont rappelé que nous restions des êtres humains et que la communication était indispensable pour continuer à avancer ensemble.
Notre philosophie est simple : dire la vérité, même lorsqu’elle est inconfortable, et rester ouvert au changement.

Qui est le plus susceptible de…
… oublier son passeport ?
Ryan.

… être en retard ?
Tyler.

… imposer la pire playlist dans le van ?
Tyler… encore ! (rires)

Si vous deviez survivre à une apocalypse, qui mourrait en premier… et qui deviendrait le leader le plus improbable du groupe ?
Ryan serait probablement le premier à y passer…
…mais paradoxalement, ce serait aussi le leader le plus improbable d’entre nous !
Pour ce qui est de la survie, Tyler, Mike ou moi-même aurions sans doute de bonnes chances de nous en sortir et ne serions probablement pas les premiers à tomber.

Après un concert, qu’est-ce qui vous remonte le moral en priorité : un excellent repas, une bière, une douche ou simplement le silence ?
Nous sommes tous ravis lorsqu’un bon repas nous attend après le concert !
Ensuite, nous discutons un peu, nous revenons sur la soirée pendant le trajet, puis chacun rejoint sa couchette afin de décompresser tranquillement.
Depuis toujours, nous accordons beaucoup d’importance au fait de préserver nos moments de calme et notre espace personnel. Nous passons tellement de temps ensemble que ces instants sont essentiels pour garder un bon équilibre.

Je vous laisse conclure avec un dernier mot pour vos fans francophones.
Merci infiniment d’avoir pris le temps de lire cette interview et de soutenir notre groupe ! Nous vous sommes extrêmement reconnaissants et nous avons hâte de revenir jouer ces nouvelles chansons avec vous. À très bientôt !

 

Au fil de cette discussion, OF VIRTUE confirme qu’il est bien plus qu’un simple groupe de metalcore. Derrière les riffs massifs et les refrains percutants se cache une véritable volonté de parler sans filtre, de remettre en question les certitudes et de transformer les épreuves en force créatrice.
Avec Death Of The Altar, les Américains semblent avoir trouvé l’équilibre entre maturité artistique et intensité émotionnelle. Il ne reste désormais plus qu’à vérifier tout cela sur scène, le 3 octobre à La Maroquinerie, où les fans français pourront découvrir ce nouveau chapitre dans les meilleures conditions.
Un grand merci à OF VIRTUE pour leur disponibilité et leurs réponses, et rendez-vous dans le pit !