Decades, MOTIONLESS IN WHITE
17 juillet 2026 0 Par Chacha
Il y a des groupes qui évoluent, d’autres qui changent de peau à chaque album. Et puis il y a Motionless In White, qui semble avoir trouvé la recette idéale pour faire cohabiter metalcore, influences industrielles, refrains taillés pour les stades et esthétique gothique assumée. Avec Decades, les Américains poursuivent cette quête d’équilibre entre brutalité et accessibilité, tout en consolidant une identité devenue instantanément reconnaissable. Une chose est sûre : après les avoir vus retourner un public en live à plusieurs reprises, on retrouve ici cette même énergie théâtrale qui fait toute leur force.
Musicalement, Decades frappe fort dès les premières minutes. Les guitares oscillent entre riffs massifs et mélodies sombres, les orchestrations électroniques viennent enrichir les compositions sans jamais les étouffer, tandis que Chris Motionless alterne screams rageurs, chant clair habité et quelques intonations presque inquiétantes. La production est énorme : chaque couche sonore trouve sa place, donnant naissance à un mur du son aussi précis qu’écrasant.
Mais ce qui distingue Motionless In White d’une bonne partie de la scène metalcore actuelle, c’est cette capacité à jongler entre les ambiances. Log In // Crash Out attaque frontalement avec une critique mordante de notre dépendance numérique et de la société moderne, là où Playing God, sublimé par la présence de Corey Taylor, joue sur un duel vocal particulièrement savoureux. Les deux chanteurs se répondent avec une intensité naturelle, apportant une vraie plus-value au morceau sans tomber dans le simple featuring promotionnel.
Le groupe continue également d’explorer son goût pour le cinéma d’horreur et les univers gothiques. Blood Rave, porté par Anthony Martinez, transpire les néons rouges, les vampires et les clubs underground, tandis que Love At First Bite assume totalement son côté second degré. Motionless In White réussit ce petit exploit : rendre hommage aux films d’horreur kitsch tout en composant un morceau qui cogne réellement. On imagine déjà les fosses reprendre les refrains avec le sourire… avant de repartir en circle pit quelques secondes plus tard.
Plus introspectif, All That I’ve Ever Known dévoile une facette plus sensible du groupe. Sans tomber dans la ballade sirupeuse, le morceau mise sur une montée en puissance émotionnelle qui rappelle que derrière le maquillage noir se cachent aussi des textes profondément humains. La peur de perdre, le poids des souvenirs et les blessures invisibles parcourent également Count Back From Zero ou Afraid Of The Dark, où les mélodies aériennes contrastent intelligemment avec la violence instrumentale.
Impossible également de passer à côté de la reprise de Sunglasses At Night. Sur le papier, l’idée pouvait sembler improbable. Dans les faits, Motionless In White transforme ce classique des années 80 en véritable hymne goth-metal industriel, sans jamais trahir l’esprit du morceau original. C’est audacieux, terriblement accrocheur… et franchement, on ne risque pas de regarder ses vieilles lunettes de soleil de la même façon.
Enfin, Fight Like Hell mérite une mention particulière, d’autant plus avec sa seconde version accompagnée d’Outlier. Véritable concentré d’adrénaline, le morceau synthétise parfaitement ce que le groupe sait faire de mieux : des breakdowns monstrueux, des refrains fédérateurs et cette sensation permanente que tout est conçu pour exploser sur scène. Et connaissant Motionless In White, il y a fort à parier que ces nouveaux titres deviendront rapidement des incontournables de leurs prestations live, où le groupe continue de mettre des claques monumentales à chaque passage.
Au final, Decades ne cherche pas à révolutionner la formule de Motionless In White. Il l’affine avec intelligence. Plus mature, plus varié et toujours aussi spectaculaire, l’album confirme que les Américains restent l’un des groupes les plus créatifs lorsqu’il s’agit de mélanger metalcore, rock industriel, gothique et culture horrifique. Une œuvre sombre, efficace et terriblement addictive qui rappelle qu’il est encore possible d’être à la fois lourd, mélodique, théâtral… et diablement fun.


