Bring On The Psychics, QUICKSAND

Bring On The Psychics, QUICKSAND

17 juillet 2026 0 Par Chacha

 

Il y a des groupes qui n’ont jamais eu besoin d’en faire des tonnes pour imposer leur identité. Depuis plus de trois décennies, Quicksand fait partie de cette catégorie rare : celle des formations qui ont influencé une génération entière de musiciens sans jamais courir après les modes. Avec Bring On The Psychics, Walter Schreifels et sa bande poursuivent leur exploration d’un post-hardcore aussi cérébral qu’organique, où la puissance ne se mesure pas uniquement en décibels mais également en tension, en groove et en émotion.

 

Dès « Get To It », le ton est donné. Pas de démonstration gratuite ni de mur de saturation permanent : Quicksand préfère construire la pression morceau après morceau. Les riffs, toujours aussi anguleux, s’imbriquent dans une section rythmique redoutablement précise, alternant cassures et accélérations avec une fluidité impressionnante. Le groupe continue de jouer avec ces rythmiques presque mathématiques sans jamais tomber dans le piège du metal technique démonstratif. Ici, chaque changement de mesure sert le morceau, jamais l’ego.

Ce qui frappe surtout, c’est cette faculté à faire cohabiter mélodie et nervosité. « Regenerate » illustre parfaitement cette dualité avec ses refrains accrocheurs qui contrastent avec des guitares abrasives, tandis que « Agency » renoue avec ce groove lourd et hypnotique qui a toujours constitué la marque de fabrique du groupe. À l’inverse, « Crystallize » joue davantage sur les textures, laissant respirer les arrangements avant de faire monter une tension presque palpable.

La production participe largement à cette sensation d’équilibre. Tout sonne vivant, sans compression excessive ni artifice numérique. Les guitares conservent leur grain rugueux, la basse occupe une place centrale et la batterie semble constamment prête à sortir de ses rails tout en gardant une maîtrise absolue. On retrouve cette impression de groupe qui joue réellement ensemble, sans chercher la perfection clinique qui aseptise parfois les productions modernes.

Au milieu de l’album, « Supercollider » fait office de véritable décharge électrique. Son énergie brute rappelle pourquoi Quicksand reste une référence du post-hardcore : ça cogne, ça groove et ça respire en permanence. « In Full Color », plus aérien, démontre quant à lui que le groupe sait parfaitement ralentir le tempo sans perdre en intensité. Puis arrive « Cool Guy », dont le titre pourrait laisser penser à une parenthèse légère… sauf que Quicksand préfère visiblement rappeler que les « cool guys » peuvent aussi envoyer des riffs capables de vous remettre les cervicales en place.

L’écriture reste fidèle à l’ADN du groupe : introspective, parfois cryptique, souvent ouverte à l’interprétation. Les textes abordent les relations humaines, les désillusions, la reconstruction et cette recherche permanente d’équilibre dans un monde qui semble constamment partir de travers. Walter Schreifels livre tout cela avec une sincérité désarmante, sans tomber dans le pathos ni dans les grands discours moralisateurs.

La seconde moitié de l’album continue de monter en intensité avec « Moving Forward », dont le titre résume finalement assez bien la philosophie du disque. Quicksand regarde devant sans renier son héritage. Enfin, le morceau-titre « Bring On The Psychics » clôt l’album avec une atmosphère presque contemplative, laissant une dernière impression de tension suspendue plutôt qu’un final explosif. Un choix aussi audacieux que cohérent.

 

Avec Bring On The Psychics, Quicksand démontre qu’il est possible de vieillir sans perdre ni sa créativité ni son mordant. L’album ne cherche jamais à impressionner par la vitesse ou la violence, préférant miser sur l’intelligence des compositions, la richesse des arrangements et une maîtrise instrumentale qui force naturellement le respect. Une nouvelle preuve que les pionniers du post-hardcore ont encore largement de quoi inspirer toute une scène… et accessoirement rappeler aux plus jeunes qu’avant les playlists Spotify, il fallait déjà savoir écrire de vrais riffs.