Strike And Kill, DEVILDRIVER

Strike And Kill, DEVILDRIVER

10 juillet 2026 0 Par Chacha

 

Après plus de vingt ans passés à distribuer des claques sonores avec une régularité presque insolente, DEVILDRIVER continue d’avancer sans regarder dans le rétroviseur. Là où beaucoup de formations historiques s’assagissent ou cherchent à séduire un public plus large, Dez Fafara et sa bande préfèrent continuer à labourer le terrain avec leurs riffs acérés et leur groove dévastateur. Strike And Kill ne cherche pas à réinventer la formule du groupe : il l’affine, la muscle et la rend encore plus percutante.

 

Dès les premières minutes, une évidence s’impose : DEVILDRIVER maîtrise toujours aussi bien cet équilibre entre violence brute et sens du groove. Les guitares alternent riffs massifs, harmoniques grinçantes et accélérations thrash particulièrement inspirées, tandis que la batterie ne laisse jamais le moindre répit. La production, moderne sans tomber dans la surcompression, donne énormément d’espace aux instruments. Chaque coup de caisse claire claque, chaque palm mute percute et la basse, souvent oubliée dans ce registre, vient épaissir un mur du son déjà colossal.

Dez Fafara reste l’un des atouts majeurs du groupe. Son timbre râpeux, immédiatement identifiable, oscille entre hurlements rageurs et passages plus posés sans jamais perdre en intensité. Les textes explorent une fois encore les blessures, les combats personnels, la résilience et cette colère qui semble constituer l’ADN même du chanteur. Plutôt que de sombrer dans un pessimisme gratuit, Strike And Kill donne l’impression de transformer chaque cicatrice en carburant.

Si l’ensemble se montre remarquablement homogène, certains morceaux prennent naturellement une longueur d’avance. Dig Your Own Grave ouvre les hostilités avec une agressivité jubilatoire et donne immédiatement le ton. Le morceau-titre Strike and Kill s’impose comme l’un des hymnes de l’album grâce à son refrain fédérateur et son groove irrésistible qui risque de faire de sérieux dégâts en concert. Sanctified In Scars impressionne par son atmosphère plus sombre et ses nuances mélodiques discrètes, tandis que Ride or Die injecte une énergie presque punk dans la mécanique death/groove du groupe. À l’autre extrémité du disque, You’re Just a Ghost et Oath of Iron apportent une dimension plus lourde et pesante, laissant davantage respirer les compositions sans jamais sacrifier leur puissance.

Ce qui fonctionne particulièrement ici, c’est cette sensation permanente de mouvement. Les morceaux évitent le piège de la répétition grâce à de nombreux changements de rythme, des breaks intelligemment placés et des solos qui privilégient l’efficacité à la démonstration technique. DEVILDRIVER ne cherche pas à impressionner par la complexité ; le groupe préfère frapper juste, fort et souvent. Et, soyons honnêtes, quand un riff donne spontanément envie de secouer la tête au point de risquer une consultation chez l’ostéo, c’est généralement bon signe.

 

Strike And Kill n’est peut-être pas l’album qui bouleversera la discographie de DEVILDRIVER, mais il confirme avec une belle assurance que le groupe reste une référence incontournable du groove metal moderne. Dense, nerveux, parfaitement produit et porté par une interprétation sans faille, il rappelle qu’il n’est pas nécessaire de révolutionner un style lorsqu’on sait encore le pratiquer avec autant de conviction. Une nouvelle démonstration de force qui devrait ravir les fidèles… et rappeler aux autres que DEVILDRIVER n’a manifestement aucune intention de lever le pied.