Acid Bath + Queen Of The Stone Age + System Of A Down @ Stade De France, Paris 04.07.2026
6 juillet 2026 0 Par Chacha
Il y a des concerts que l’on attend pendant quelques mois. D’autres pendant plusieurs années. Et puis il y a System Of A Down, cette espèce de licorne du metal moderne qui ne tourne qu’au compte-gouttes et dont chaque apparition prend immédiatement des allures d’événement historique. Deux Stade de France complets en deux soirs ? Évidemment. Le samedi 4 juillet, près de 80 000 personnes ont donc convergé vers Saint-Denis avec une seule idée en tête : assister à une soirée qui s’annonçait déjà mémorable. Et autant le dire tout de suite : elle a largement dépassé toutes les attentes.
Avant que les Arméniens ne viennent retourner le stade, deux formations de prestige avaient la lourde tâche d’ouvrir les hostilités.
Acid Bath est le premier à monter sur scène. Le groupe culte de sludge metal, dont le retour relève presque du miracle, méritait évidemment un accueil triomphal. Malheureusement, depuis les gradins, difficile de profiter pleinement de ce moment. Le son se révèle étonnamment brouillon, les guitares se mélangent, le chant peine parfois à percer et l’ensemble manque cruellement de définition. Une vraie frustration tant des morceaux comme « Tranquilized », « Bleed Me an Ocean », « Graveflower », « Dead Girl » ou encore « Paegan Love Song » rappellent à quel point le groupe possède une identité unique. Ce n’est clairement pas Acid Bath qui déçoit, mais une sonorisation qui empêche malheureusement de savourer cette reformation comme elle le méritait.
Le relais est ensuite assuré par Queen Of The Stone Age, qui fait immédiatement monter la température. Même si les guitares souffrent elles aussi d’un mixage un peu écrasé, le groupe de Josh Homme possède suffisamment de charisme et de savoir-faire pour embarquer le Stade de France avec lui. Le public est désormais nombreux et répond présent à chaque refrain. Difficile de ne pas chantonner sur « The Lost Art of Keeping a Secret », « Little Sister », « Go With the Flow » ou bien sûr l’inévitable « No One Knows », avant qu’un monumental « A Song for the Dead » ne vienne conclure un set particulièrement énergique. Une excellente mise en bouche malgré quelques frustrations techniques.
Puis les lumières s’éteignent…
Les premières notes de « Soldier Side – Intro » résonnent et la tension devient presque palpable. Quelques secondes plus tard, « B.Y.O.B. » explose littéralement dans le Stade de France et les soucis techniques des groupes précédents ne sont plus d’actualité (ouf, me voilà rassurée). Le concert est lancé… et il ne s’arrêtera plus pendant près de deux heures.
Quel bonheur indescriptible de revoir System Of A Down sur scène. Un groupe d’une rareté presque absurde, qui transforme chacune de ses apparitions en événement. Dès les premiers morceaux, impossible de ne pas rester bouche bée devant Daron Malakian, véritable pile électrique montée sur ressorts. Il saute partout, grimace, harangue le public sans jamais perdre une once de précision. Et cette voix… absolument irréprochable. Le temps semble n’avoir eu aucune emprise sur lui.
À ses côtés, Serj Tankian adopte une posture beaucoup plus calme, presque immobile par moments, mais dégage toujours cette aura incroyable qui fait de lui l’un des frontmen les plus charismatiques du metal. Vocalement, là aussi, la prestation impressionne. Les années passent, mais sa voix conserve toute sa puissance et sa personnalité.
À l’arrière, John Dolmayan distribue les coups avec une précision chirurgicale tandis que Shavo Odadjian, fidèle à lui-même, arpente la scène avec un immense sourire. On a beaucoup parlé ces dernières années des tensions internes du groupe, pourtant ce soir, difficile d’y croire tant les quatre musiciens semblent heureux d’être ensemble. Les regards complices, les sourires permanents et cette impression de jouer avant tout pour le plaisir rendent le spectacle encore plus attachant.
Autre excellente surprise : le groupe n’a pas simplement recyclé la setlist du jeudi précédent. Les fans présents aux deux dates ont eu droit à un véritable effort avec plusieurs changements, preuve que le groupe ne prend pas son public français pour acquis.
Et quelle setlist…
Pas un seul temps mort. Une avalanche de classiques et de pépites qui s’enchaînent à une vitesse folle : « Suite-Pee », « Prison Song », « Needles », « Deer Dance », « Radio/Video », « Hypnotize », « ATWA », « Bounce », « Suggestions », « Psycho », « Spiders », « Forest », « War? », « Roulette »… sans oublier l’immense plaisir de voir surgir « Darts » en live. Sérieusement… « Darts » ! Le fameux « Meowww » repris par des dizaines de milliers de personnes restera longtemps gravé dans les mémoires.
Les moments de grâce s’enchaînent eux aussi. « Aerials » offre probablement l’une des plus belles images de la soirée lorsque la foule illumine entièrement le Stade de France avec des milliers de téléphones. Une véritable mer de lumières accompagne le morceau dans une ambiance presque irréelle. À l’inverse, « Chop Suey! », « Toxicity » ou encore « Sugar » ramènent instantanément tout le monde à une violence collective parfaitement contrôlée.
Car le public est tout simplement exceptionnel.
Depuis les gradins, le spectacle est autant sur scène que dans la fosse. Une armée de circle pits se forme en permanence, les pogos semblent ne jamais s’arrêter, les crowdsurfers défilent par dizaines… et, au milieu de cette joyeuse folie, une girafe en plastique décide elle aussi de profiter du concert en fosse or. Oui, une girafe. Dans un concert de System, finalement, cela paraît presque normal.
Le final sur « Sugar » est une véritable apocalypse. Les derniers survivants de la fosse trouvent encore suffisamment d’énergie pour transformer le Stade de France en gigantesque champ de bataille. Un chaos magnifique, parfaitement à l’image du groupe.

Photo: Iphone de ma nièce m’accompagnant au concert.
En quittant le stade, difficile de redescendre sur Terre. Oui, j’ai craqué pour un magnifique t-shirt à… 45 euros. Ça fait cher le bout de tissu, on ne va pas se mentir. Mais face à des visuels aussi réussis, à la rareté presque légendaire de System Of A Down et surtout à la soirée qu’ils viennent de nous offrir, comment résister ?
Des concerts, on en voit beaucoup. Certains sont excellents, d’autres très bons. Et puis il y a ceux qui marquent une vie de fan. Cette soirée appartient clairement à cette dernière catégorie. Une succession ininterrompue de morceaux cultes, un groupe visiblement heureux d’être là, un public incandescent et une ambiance totalement hors normes.
Cette date restera gravée dans ma mémoire pendant très, très longtemps.
Bon… on peut recommencer quand vous voulez. Parce que franchement, je n’étais absolument pas prête.
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