Live Report, Hellfest 2026
23 juin 2026 0 Par Chacha
Chaque année, le Hellfest est une parenthèse hors du temps. Un lieu où toutes les chapelles du rock et du metal se croisent dans une ambiance unique. Mais cette édition 2026 restera probablement dans les mémoires pour une raison supplémentaire : une chaleur absolument étouffante. Avec des températures dépassant régulièrement les 35 degrés ressentis, la forêt du Muscadet est rapidement devenue le refuge préféré des festivaliers en quête de fraîcheur.
Pourtant, malgré ce soleil écrasant, les artistes n’ont jamais levé le pied. Entre légendes vivantes, jeunes loups affamés, découvertes inattendues et moments d’émotion, cette cuvée 2026 a une nouvelle fois démontré que le Hellfest reste le roi incontesté des festivals européens.
JOUR 1
Un démarrage pied au plancher
Dès les premières heures, les Mainstages ont envoyé un message clair : il allait falloir s’accrocher.
We Came As Romans ouvre les hostilités avec un set de metalcore d’une efficacité redoutable. Pas une note de travers, une énergie débordante et un public déjà chaud malgré les températures infernales. Même constat un peu plus tard avec The Plot In You, porté par un Landon Tewers impérial, capable de passer de l’émotion brute aux passages les plus agressifs avec une facilité déconcertante.
Du côté de la Warzone, Satanic Surfers et Lagwagon apportent leur dose de punk rock survitaminé. Les circle pits se mettent doucement en place et les premiers courageux bravent déjà la chaleur pour aller se jeter dans la bataille.
L’une des belles surprises de la journée vient de The Pretty Reckless. Taylor Momsen impressionne par son charisme naturel et sa voix rocailleuse qui prend une ampleur encore plus importante sur scène. Une première participation au Hellfest particulièrement réussie.
Impossible également de passer à côté de Breaking Benjamin. Rare sous nos latitudes, le groupe américain a offert un véritable cadeau aux amateurs de rock alternatif. Souriants, visiblement heureux d’être là, les musiciens enchaînent les classiques jusqu’à un incontournable « The Diary Of Jane » repris par une foule conquise.
Puis arrive Papa Roach.
Et là, difficile de trouver les mots. Jacoby Shaddix confirme qu’il reste l’un des plus grands frontmen de sa génération. Entre les tubes, les nouveautés parfaitement intégrées au set, le superbe duo père-fils sur « Brain Dead », la séquence nostalgique « Nu Metal Time Machine » et une foule totalement acquise à leur cause, les Californiens signent probablement l’un des concerts les plus fédérateurs du week-end.
Après un passage rafraîchissant chez All Time Low et un détour pour assister à l’une des célèbres décapitations d’Alice Cooper, la soirée bascule dans une autre dimension avec Bring Me The Horizon. Scénographie gigantesque, son irréprochable, prestation vocale impressionnante d’Oli Sykes et apparition surprise de Will Ramos : le groupe britannique a livré un véritable spectacle total.
Sans oublier l’émouvant hommage rendu à Ozzy Osbourne, qui a laissé plus d’un festivalier avec une boule dans la gorge.
JOUR 2
Découvertes, émotions et masterclass
Le vendredi matin démarre sous une chaleur toujours aussi écrasante mais avec une très belle découverte : Killus. Les Espagnols débarquent à la Temple avec leur metal industriel sombre et énergique, parfait pour secouer les cerveaux encore endormis.
Au fil de la journée, les scènes Valley et Temple deviennent de véritables refuges musicaux. Torche impressionne par sa puissance de feu tandis que Loathe livre une prestation fascinante entre shoegaze, metal progressif et atmosphères planantes. Malevolence, de son côté, transforme la Warzone en véritable champ de bataille avec un metalcore massif et une présence scénique impressionnante.
Iron Maiden attire évidemment les foules. Certes, la setlist fait davantage la part belle aux albums récents qu’aux classiques, mais Bruce Dickinson reste un phénomène. À 67 ans, sa voix semble ignorer les lois du temps tandis que son charisme continue de fédérer instantanément des dizaines de milliers de personnes.
Mais la véritable claque du jour porte un nom : Mastodon.
Dans une Valley noire de monde, les Américains livrent une prestation magistrale. Le talent de Brann Dailor continue de défier toute logique : chanter avec autant de justesse tout en exécutant des parties de batterie aussi complexes reste un spectacle fascinant. Le groupe joue avec une aisance déconcertante et confirme son statut de référence absolue du sludge moderne.
La journée s’achève sur une note plus intime mais tout aussi forte avec The Gathering. Anneke van Giersbergen semble toujours posséder ce pouvoir unique de suspendre le temps. Entre nostalgie, émotion et souvenirs personnels, difficile d’imaginer une plus belle conclusion.
JOUR 3
La journée des gifles
S’il fallait choisir une journée pour résumer l’intensité du Hellfest, ce serait probablement celle-ci.
Dès le matin, Thornhill distribue les baffes avec son metal alternatif ultra efficace. Puis Gatecreeper apporte une dose de death metal parfaitement calibrée qui fait rapidement grimper la température d’une Mainstage déjà surchauffée.
Mais l’une des révélations du week-end reste House Of Protection. Stephen Harrison et Aric Improta livrent une performance totalement folle. Sauts périlleux, escalade de la tour régie, bains de foule : les deux musiciens semblent possédés. Musicalement, leur mélange de metal alternatif, d’électro et de nu metal moderne fonctionne à merveille.
La Valley n’est pas en reste avec les britanniques au nom interminable de Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs qui déversent leurs riffs stoner graisseux sous un soleil de plomb.
Les Français brillent également. Sidilarsen fédère naturellement autour de ses hymnes engagés tandis qu’Enhancer transforme la Mainstage en gigantesque machine à remonter le temps. Entre l’apparition du chanteur de The Arrs, des membres de Pleymo et même JoeyStarr, le concert prend des allures de réunion de famille du néo metal français.
L’autre énorme surprise vient de Guilt Trip. Appelés en urgence pour remplacer Cavalera Chaos AD, les Anglais retournent littéralement la Mainstage. Side-to-side, two-step, mosh pits : pendant quelques dizaines de minutes, le hardcore règne sur Clisson et en mainstage, pour une fois.
La soirée voit ensuite défiler les poids lourds : Anthrax, A Perfect Circle, Megadeth et Limp Bizkit. Si Fred Durst aurait gagné à raccourcir un peu ses prises de parole, la machine à tubes reste toujours aussi efficace.
Enfin, Hatebreed conclut cette troisième journée dans une Warzone bondée. Jamey Jasta mène les festivaliers comme un général mène son armée. Les poings sont levés, les refrains hurlés par des milliers de voix. Une clôture parfaite.
JOUR 4
Emotions fortes et regard vers l’avenir
Malgré une alerte rouge canicule et des restrictions exceptionnelles sur le site, le dernier jour ne montre aucun signe de fatigue.
Resolve ouvre les festivités avec un metalcore toujours aussi inspiré tandis que President confirme tout le bien que l’on pense de lui. Derrière le mystère entourant leur identité se cache surtout un groupe particulièrement talentueux, capable de mêler mélodies accrocheuses, passages électro et chant impressionnant.
The Ataris, The Bones et Pennywise apportent ensuite une agréable dose de punk rock et de bonne humeur. Une respiration bienvenue sous cette chaleur étouffante.
Three Days Grace provoque quant à lui une véritable vague de nostalgie collective. Dès les premières notes de « Animal I Have Become », « Riot » ou « I Hate Everything About You », les années 2000 ressurgissent instantanément.
L’émotion atteint ensuite son sommet avec Rise Against. Objectivement ou non, difficile de rester insensible devant un groupe dont les chansons m’ont accompagné tant d’années. Malgré quelques approximations vocales compréhensibles vu les conditions, Tim McIlrath et ses compagnons livrent un concert sincère, intense et profondément humain.
Architects confirme ensuite son retour en très grande forme. Sam Carter impressionne du début à la fin tandis que les hymnes récents comme « Seeing Red » ou « Animals » déclenchent une réaction immédiate du public.
Après un passage particulièrement rafraîchissant des incroyables The Hives, Bad Omens prend possession de la Mainstage. Plus qu’un concert, il s’agit d’un véritable spectacle audiovisuel. Noah Sebastian impressionne par sa maîtrise vocale et le groupe confirme pourquoi il figure aujourd’hui parmi les formations les plus populaires de la scène moderne.
Enfin, The Offspring referme le livre avec une avalanche de classiques. Dexter Holland apparaît particulièrement en forme et l’énergie du groupe emporte tout sur son passage.
Pas de feu d’artifice cette année en raison de l’alerte canicule, mais une annonce de taille : le Hellfest passera à dix scènes dès 2027 avec l’arrivée de la Riot, de la Crypt, de l’Abyss et de la Forge. Une nouvelle qui enthousiasme autant qu’elle interroge sur les futurs casse-têtes de programmation qui attendent les festivaliers.
Pour conclure
MON TOP 15 CONCERTS (par ordre de passage)
– The Pretty Reckless
– Papa Roach
– Bring Me The Orizon
– Killus
– Loathe
– Mastodon
– The Gathering
– Thornhill
– House Of Protection
– Enhancer
– Resolve
– President
– Rise Against
– Architects
– Bad Omens
Malgré une chaleur parfois écrasante qui aura mis les organismes à rude épreuve, cette édition 2026 du Hellfest restera comme un excellent cru. Entre les prestations monumentales de Mastodon, Bring Me The Horizon, Papa Roach, Bad Omens ou encore Architects, les retours attendus de légendes comme Iron Maiden, Anthrax ou The Gathering, sans oublier une multitude de découvertes et de confirmations, Clisson a une nouvelle fois prouvé qu’il n’existe aucun autre festival capable de réunir autant de styles, de générations et de passionnés sous une même bannière.
Au-delà des concerts, c’est aussi l’atmosphère unique du Hellfest qui continue de faire sa force : cette sensation d’être parmi les siens, entouré de dizaines de milliers de personnes venues célébrer la musique dans toute sa diversité, du punk rock le plus fédérateur au metal extrême le plus sauvage.
L’édition 2027 s’annonce déjà comme un tournant majeur avec l’arrivée de quatre nouvelles scènes et près de 300 groupes annoncés. De quoi nourrir autant d’excitation que de questions pour les futurs running orders qui s’annoncent encore plus impossibles à gérer qu’aujourd’hui. Mais avant de penser à l’année prochaine, il est temps de ranger les bouchons d’oreilles, soigner les coups de soleil, récupérer quelques heures de sommeil et laisser redescendre toutes ces émotions.
Hellfest 2026 est terminé. Vivement Hellfest 2027.
Les points positifs :
– Un accueil PMR/PSH exemplaire et particulièrement humain.
– Une programmation exceptionnelle mêlant légendes, découvertes et nouvelles générations.
– De nombreuses découvertes marquantes : Killus, Loathe, Malevolence, House Of Protection ou encore President.
– Les espaces ombragés de la Valley, salvateurs pendant toute la durée du festival.
– Une offre végétarienne et végane désormais bien implantée.
– Les animations pyrotechniques et une décoration toujours plus impressionnante.
– Le magnifique hommage rendu à Ozzy Osbourne, notamment via sa nouvelle statue.
Les axes d’amélioration :
– Un manque persistant de zones ombragées sur certaines parties du site.
– Les sanitaires de la Valley largement en dessous du reste du festival.
– Une gestion du Sanctuary qui mérite clairement d’être repensée, particulièrement pour les PMR/PSH.
– Un réseau mobile encore trop instable.
– L’agrandissement à dix scènes soulève déjà de nombreuses interrogations sur les conflits d’horaires qui risquent de devenir un véritable casse-tête pour les festivaliers, le prix du pass peut faire peur aussi… verdict le 07.07.26 à 13h00.
Ma plus grosse déception :
Vous l’aurez peut-être remarqué cette année : il n’y aura malheureusement pas de photos des artistes sur scène sur Rock’N’Hell.
Pour la première fois depuis plusieurs éditions, notre demande d’accréditation photo pour le Hellfest n’a pas été retenue. Nous sommes d’ailleurs plusieurs médias spécialisés à nous retrouver dans cette situation cette année, sans avoir réellement d’explications sur les critères ayant motivé ces choix.
Bien entendu, l’organisation reste libre de ses décisions et doit certainement faire face à un nombre croissant de demandes. Cependant, cette évolution soulève quelques interrogations. Depuis plusieurs années, nous constatons l’arrivée de nouveaux formats de couverture médiatique, davantage orientés vers les réseaux sociaux et les contenus courts. Cette diversification est naturelle et reflète l’évolution des usages, mais elle amène aussi à se demander quelle place sera accordée à l’avenir au travail photographique de terrain et aux médias spécialisés qui couvrent le festival tout au long de l’année.
À titre personnel, cette décision est forcément difficile à accepter. Sociétaire du festival, présente à chaque édition depuis 2009 et accréditée comme photographe depuis 2012, j’ai toujours essayé de couvrir un maximum de scènes et d’artistes afin de proposer le reportage le plus complet possible à nos lecteurs. C’est aussi parce que je suis profondément attaché au Hellfest et à ce qu’il représente pour la culture rock et metal que je me permets de partager cette réflexion.
J’espère sincèrement qu’il ne s’agit que d’une année particulière et que le dialogue pourra se poursuivre entre l’organisation et les médias spécialisés qui participent, chacun à leur manière, à faire vivre l’événement.
Quoi qu’il en soit, Rock’N’Hell était bien présent sur place cette année. Vous pouvez découvrir donc le festival sous un autre angle, à travers des photos d’ambiance, des festivaliers, des infrastructures et, bien sûr, notre live report complet ci-dessus.
Merci à toutes celles et ceux qui nous suivent et nous soutiennent depuis tant d’années. Et qui sait ? Avec un peu de chance, je retrouverai le pit photo l’an prochain. Croisons les doigts… des mains comme des pieds !
METALHEADS IN HELL

