Interview avec Patty Walters, chanteur et guitariste du groupe As It Is

Interview avec Patty Walters, chanteur et guitariste du groupe As It Is

9 juin 2026 0 Par Chacha

Huit ans après The Great Depression, les Britanniques de As It Is reviennent avec leur formation originelle et un album éponyme qui sonne comme une véritable renaissance. Loin d’un simple exercice de nostalgie, ce nouveau chapitre témoigne d’un groupe qui a grandi, traversé des périodes difficiles et retrouvé le plaisir de créer ensemble. À l’occasion de cette sortie très attendue, nous avons échangé avec Patty Walters sur les retrouvailles du groupe, l’évolution de ses membres, l’industrie musicale moderne et quelques scénarios beaucoup moins sérieux impliquant des zombies et des parcs d’attractions.

 

Huit ans après The Great Depression, vous revenez avec la formation classique du groupe. Cet album ressemble-t-il davantage à une réunion de vieux amis ou à une nouvelle rencontre entre quatre personnes qui ont énormément changé au fil des années ?
J’adore cette question ! Cela ressemble davantage à une réunion de vieux amis, mais nous ne sommes clairement plus les mêmes personnes qu’au moment où nous avons créé le groupe, et je pense que c’est une très bonne chose.

Le disque porte simplement le nom As It Is. C’est souvent un choix réservé aux albums qui marquent un tournant important. Est-ce votre manière de dire « voilà qui nous sommes aujourd’hui », ou plutôt « voilà qui nous avons toujours été » ?
Plutôt la seconde option. Cet album parle de la reformation du groupe, de cette formation retrouvée et de la joie ressentie après la séparation. Nous sommes fiers de ce que nous sommes aujourd’hui, en tant que groupe comme en tant qu’individus, mais dans l’histoire d’As It Is, cet album éponyme représente avant tout le retour et le triomphe.

Si vous deviez décrire la différence entre le groupe en 2018 et celui de 2026 sans parler de musique, qu’est-ce qui aurait le plus changé ?
Je pense que le plus grand changement est le fait d’avoir appris à donner la priorité à nos vies personnelles. Avant, faire une pause, demander de l’aide ou consacrer moins de temps au groupe semblait presque contre-productif. En réalité, cela nous permet aujourd’hui d’avoir beaucoup plus à offrir au groupe parce que nous sommes plus heureux et en meilleure santé.

À quel moment avez-vous compris que le retour de la formation originale pouvait devenir autre chose qu’un simple exercice de nostalgie ?
Quand nous avons écrit Lose Your Way & Find Yourself. C’est à ce moment-là que nous avons compris qu’il y aurait de nouvelles chansons et une nouvelle ère pour le groupe, au-delà de la simple célébration des anciens albums.

Y a-t-il eu des désaccords créatifs pendant l’écriture qui ont finalement permis à l’album d’aller plus loin ?
Pas vraiment cette fois-ci. Nous nous sommes simplement fait confiance et avons suivi les idées des uns et des autres, même lorsque nous n’étions pas totalement convaincus au départ. Cela correspondait parfaitement à l’esprit du disque : suivre le courant, s’approprier chaque morceau et rester ouverts à toutes les possibilités.

De nombreux groupes passent leur carrière à construire une image. Avec cet album éponyme, avez-vous ressenti le besoin d’enlever les masques ?
Absolument. C’est un album très personnel, vulnérable et sincère. Nous voulions simplement être nous-mêmes, écrire ce qui nous semblait amusant et retrouver le plaisir de faire de la musique ensemble.

Y a-t-il une chanson sur cet album qui vous met encore mal à l’aise aujourd’hui parce qu’elle révèle quelque chose de très personnel ?
Être personnel et vulnérable dans nos paroles ne m’a jamais mis mal à l’aise. Je n’ai jamais écrit un texte en regrettant d’en avoir trop dit sur moi-même. Au contraire, partager ces pensées et ces émotions avec le monde me fait me sentir moins seul que de tout garder pour moi.

Si cet album était une conversation avec votre public après huit ans d’absence sous cette forme, quelle serait la première phrase et quelle serait la dernière ?
« Merci pour votre patience, votre passion et votre fidélité. »
« Nous espérons que cet album valait l’attente. »

Avec du recul, cet album représente-t-il davantage ce que vous êtes aujourd’hui ou ce que vous espérez devenir demain ?
Il représente surtout ce que nous sommes aujourd’hui. Nous faisons parfois référence à ce que nous étions dans le passé, mais désormais avec le recul nécessaire sur toutes les souffrances dont nous parlions alors. Il était impossible de raconter qui nous sommes aujourd’hui sans évoquer qui nous étions autrefois.

Votre identité visuelle a toujours évolué avec les différentes époques du groupe. Que racontent la pochette et l’esthétique générale de cet album que les paroles ne disent pas ?
Je pense que l’esthétique actuelle consiste simplement à apparaître tels que nous sommes. Pour des albums comme okay. ou The Great Depression, jouer avec notre image était amusant et authentique. Mais cela aurait été contradictoire avec cet album et son titre. Dès que nous avons choisi de l’appeler As It Is, nous avons su que la pochette serait une photo de nous quatre et que nous voulions montrer sur scène les mêmes personnes que celles que nous sommes dans la vie.

Si quelqu’un découvrait As It Is uniquement à travers les visuels, les clips et les photos promotionnelles, quelle impression aimeriez-vous qu’il ait du groupe ?
Je vais reprendre quelque chose que beaucoup de fans nous disent : nous avons l’air heureux, vivants et enthousiastes à l’idée de refaire tout ça.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux poussent souvent les artistes à devenir autant créateurs de contenu que musiciens. Comment gérez-vous cette réalité ?
Le contenu est extrêmement important et souvent assez amusant à produire, mais pour nous, tout commence toujours par l’art. Nous pensons sincèrement que ces chansons font partie de nos meilleures à ce jour. Nous voulons que le plus grand nombre puisse les entendre, donc toucher les gens en ligne est essentiel pour permettre à cet album d’atteindre tout son potentiel.

Les frontières entre metal, pop-punk, emo, rock alternatif et musique mainstream semblent plus floues que jamais. Est-ce quelque chose qui vous inspire ?
Oui, totalement. J’ai toujours aimé les groupes qui mélangent les genres ou qui expérimentent d’un album à l’autre. J’adore voir la musique lourde aussi accessible qu’elle l’est aujourd’hui. Je veux que les musiques alternatives continuent de toucher les gens, de les émouvoir et de faire partie de leur identité comme elles l’ont fait pour nous.

Si vous pouviez imposer une seule règle à l’industrie musicale pendant une semaine, juste pour voir ce qui se passerait, laquelle choisiriez-vous ?
Je n’aime pas trop la manière dont certaines personnes deviennent « cool », froides et désabusées une fois qu’elles travaillent dans l’industrie. Je trouve beaucoup plus cool d’être passionné et enthousiaste à propos des artistes et de la musique. Alors pendant une semaine — voire plus longtemps idéalement — j’obligerais tout le monde à vraiment s’amuser dans les concerts et les festivals au lieu d’essayer d’avoir l’air détaché et blasé.

Après toutes ces années ensemble, qu’avez-vous appris sur un autre membre du groupe que vous auriez préféré ne jamais savoir ?
Honnêtement, rien. J’apprécie toujours quand les autres se montrent vulnérables, demandent de l’aide ou ont simplement envie de parler. Nous avons traversé ensemble les meilleurs comme les pires moments. Aujourd’hui, nous allons tous mieux qu’avant la pause du groupe, et je pense que c’est en grande partie grâce au lien qui nous unit.

Existe-t-il une habitude totalement ridicule ou un rituel de tournée devenu indispensable avec le temps ?
Nous écoutons toujours la même chanson avant de monter sur scène : No Regrets de Dappy. Je ne me souviens même plus comment cela a commencé, mais dix ans plus tard, nous le faisons encore avant chaque concert.

Quel est l’endroit le plus improbable où une conversation importante sur le groupe a eu lieu ?
Le pire, c’était probablement dans un parc alors que nous avions une discussion très sérieuse. Un fan est venu nous saluer et demander une photo. Habituellement c’est adorable, mais là, le timing était catastrophique.

Quel rêve n’avez-vous toujours pas réalisé avec As It Is, non pas parce qu’il est impossible, mais parce qu’il semble presque trop ambitieux ?
Nous avons eu la chance de jouer dans des salles incroyables, mais il en reste beaucoup qui nous font rêver : The O2, Wembley Stadium, Red Rocks Amphitheatre ou encore Madison Square Garden. Je serais ravi de jouer dans l’une d’entre elles un jour.

Si vous pouviez envoyer cet album à la version de vous-mêmes qui enregistrait The Great Depression, comment réagiriez-vous ?
Nous serions probablement très surpris, mais je pense que nous l’aimerions beaucoup. Même à l’époque de The Great Depression, fortement influencé par le post-hardcore et l’emo, nous écoutions déjà énormément de country et de pop, qui ont justement beaucoup inspiré ce nouvel album.

Vous êtes condamnés à passer un an dans un van de tournée avec un seul album en boucle. Lequel choisissez-vous ? Et lequel serait immédiatement rejeté par le reste du groupe ?
Je choisirais probablement Give Up de The Postal Service, l’un de mes albums préférés. Celui qui serait probablement rejeté après un certain temps serait un disque de metal sans chant clair. Je vais donc dire You Won’t Go Before You’re Supposed To de Knocked Loose, qui était mon album préféré de 2024.

Si As It Is était un parc d’attractions, quelle serait son attraction la plus dangereuse ?
Moi au volant du van de tournée.

Quel membre du groupe survivrait le plus longtemps dans une apocalypse zombie, et lequel disparaîtrait le premier pour une raison complètement ridicule ?
Même avant de devenir pompier, Foley aurait probablement été le survivant ultime, donc c’est encore plus vrai aujourd’hui. Quant à Ali, il disparaîtrait probablement en premier. Il a déjà tendance à partir à l’aventure en solo pendant les tournées sans prévenir personne.

Imaginons qu’un scientifique découvre que chaque chanson produit une couleur visible dans l’air. De quelle couleur serait cet album ?
C’est sûrement à cause de la pochette, mais je dirais des couleurs chaudes : du jaune, de l’orange et du brun.

Enfin, avez-vous un message pour vos fans francophones ?
Merci pour tout. Tous ces souvenirs et toutes ces années de soutien incroyable comptent énormément pour nous.

 

À travers cet album éponyme, As It Is ne cherche pas à recréer le passé mais à célébrer le chemin parcouru. Plus sereins, plus soudés et visiblement heureux de retrouver cette aventure commune, Patty Walters et ses compagnons semblent avoir retrouvé l’essence même du groupe : l’authenticité. Entre confidences personnelles, enthousiasme retrouvé et ambitions toujours intactes, As It Is apparaît comme le témoignage d’un groupe qui a appris à grandir sans renier ce qui l’a rendu unique. Et à en croire les mots de Patty, cette nouvelle histoire ne fait que commencer.