Interview avec Dust In Mind

Interview avec Dust In Mind

6 juin 2026 0 Par Chacha

Depuis plus d’une décennie, DUST IN MIND trace sa route loin des sentiers battus du metal moderne. Entre puissance industrielle, mélodies accrocheuses, esthétique soignée et volonté constante de repousser ses propres limites, les Strasbourgeois ont su bâtir une identité immédiatement reconnaissable. Avec HCNO, leur nouvel album, le groupe franchit encore un cap, proposant son œuvre la plus personnelle, la plus sincère et sans doute la plus aboutie à ce jour.

À l’occasion de cette sortie, nous avons échangé avec le groupe autour de cette mystérieuse molécule devenue titre d’album, de leur évolution artistique, de santé mentale, de tournées parfois chaotiques, de cinéma, de TikTok et de cette quête permanente qui les pousse à transformer chaque concert en véritable expérience immersive. Une discussion sans filtre avec un groupe qui n’a jamais autant assumé ce qu’il est.

 

Pourquoi le titre HCNO ? Qu’est-ce qu’il représente pour vous, au-delà de l’acronyme ou de sa sonorité très énigmatique ?
« HCNO », c’est une molécule : l’acide fulminique. Seul, c’est simplement un acide, mais mélangé à certains composés, il peut provoquer une explosion extrêmement violente.
On aime cette idée qu’une interaction crée une réaction. C’est ce qui se passe quand nous sommes sur scène : une réaction chimique entre nous et le public.

Le disque semble beaucoup plus affirmé dans son identité. Est-ce que cette direction s’est imposée naturellement ou est-ce qu’il y a eu un vrai travail de remise en question artistique derrière ?
Elle s’est faite naturellement. Quand nous nous sommes retrouvés à quatre, nous avons tout mis à plat, pris du recul et discuté de la direction que nous voulions prendre. Nous nous sommes rapidement aperçus que nous partagions la même vision pour la suite.
Cette identité nous ressemble plus que jamais et, surtout, elle est sincère.

On ressent une énorme maîtrise dans l’équilibre entre brutalité et groove. Qu’est-ce qui était le plus difficile à doser sur cet album : la puissance, l’émotion ou l’efficacité ?
Les trois !
On aime les morceaux très puissants et j’ai l’impression que la brutalité revient à la mode. Quand tu vois la popularité de groupes comme Knocked Loose, ten56. ou Paleface Swiss, c’est assez évident.
Ce n’est pas pour autant que nous composons nos morceaux en fonction de ce qui fonctionne, mais c’est agréable de voir que ce que nous savons faire trouve son public. Et comme nous écoutons énormément d’autres styles de musique, ajouter des influences plus douces est aussi très plaisant.
Je pense que nous nous en sommes bien sortis, et la suite devrait également plaire.

Vous parlez d’un univers “cohérent et immersif”. Est-ce que vous avez pensé l’album comme un récit global, presque cinématographique, ou chaque morceau possède-t-il sa propre identité indépendante ?
Non, chaque morceau possède sa propre identité.
Nous avons une vision globale de nos compositions et je pense qu’aujourd’hui nous sommes suffisamment expérimentés pour être sereins dans notre manière d’écrire les morceaux.
Concernant les textes, cela dépend vraiment du ressenti du moment.

Y a-t-il un morceau sur HCNO qui vous a résisté jusqu’au bout ? Celui qui vous a presque fait perdre patience ?
Non, pour le coup, tout s’est fait de manière très naturelle.
Je pense que tout ce que nous avons exprimé à travers ces morceaux était déjà présent en nous depuis un certain temps. L’écriture et la composition ont donc été particulièrement fluides.

Avec Dam désormais au chant, comment la dynamique interne du groupe a-t-elle évolué dans l’écriture et la manière d’aborder les morceaux ?
La démarche créative reste globalement la même qu’avant.
Damien compose la plus grande partie des morceaux, puis nous peaufinons le travail ensemble. C’est la méthode qui nous paraît la plus logique, car elle permet de conserver une direction musicale cohérente du début à la fin de l’album.

Est-ce que cette nouvelle configuration vous a permis d’explorer des choses que vous vous interdisiez avant ?
Non, nous ne nous sommes jamais rien interdit.
Nous avons toujours été très curieux et nous avons toujours osé expérimenter. La ligne directrice du projet est restée la même depuis le début : aller le plus loin possible dans nos idées.

Les thèmes abordés semblent très contemporains : pression mentale, chaos intérieur, saturation émotionnelle… Est-ce que vous écrivez d’abord pour vous libérer ou pour tendre un miroir au public ?
C’est avant tout une manière de mettre nos démons sur papier et de les extérioriser.
Dans le monde actuel, tout va extrêmement vite. Il y a beaucoup de pression et l’ambiance générale est particulièrement lourde. Chacun a sa façon de libérer ses émotions, et pour nous, c’est la musique.
Je pense que cet album est le plus personnel et le plus sincère que nous ayons jamais réalisé. Nous ne nous sentirions pas légitimes à parler de choses que nous n’avons pas vécues.
Et je crois que nos textes parlent à beaucoup de monde. Je préfère voir les gens être émus en écoutant nos morceaux et se défouler pendant nos concerts plutôt que de les voir s’autodétruire. C’est une manière de s’entraider et de se soutenir les uns les autres.

Aujourd’hui, est-ce qu’il est encore possible de choquer ou bousculer dans le metal, ou l’enjeu est-il devenu ailleurs ?
Plus que jamais.
Il existe aujourd’hui énormément de métissages musicaux complètement fous, et je pense que le choc passe notamment par là. Il ne faut pas avoir peur de casser les barrières et d’explorer de nouvelles formes de créativité, aussi bien musicales que visuelles. Beaucoup de projets actuels le prouvent.
Mais il faut également savoir utiliser les outils de communication qui sont à notre disposition. C’est pour cela qu’il ne faut pas se limiter uniquement à faire de la musique. Il faut aussi accepter de jouer un minimum le jeu des réseaux sociaux afin d’obtenir de la visibilité.
Si tout est bien dosé, tu finiras par trouver ton public.

Quel regard portez-vous sur la santé mentale dans le milieu musical et sur la difficulté parfois de “tenir” émotionnellement quand on tourne beaucoup ?
Nous avons la chance de faire partie d’une génération qui ose enfin parler de ces sujets.
Tout n’est pas parfait. Il reste encore beaucoup d’efforts à fournir et de remises en question à mener, mais les choses avancent.
Personnellement, je pense qu’on ne devient pas artiste par hasard. Que l’on soit musicien, tatoueur, réalisateur ou autre, nous avons tous une certaine sensibilité, et c’est justement ce qui nous pousse à créer.
Mais il arrive forcément un moment où cette créativité se confronte à la réalité du quotidien. Il faut parfois travailler davantage pour financer son projet, accepter de manquer de temps pour soi, faire confiance à des personnes qui ne sont pas toujours bien intentionnées, se reposer moins, ou encore se sentir très seul.
Je pourrais te donner des milliers d’exemples.
La vie de musicien n’est vraiment pas simple. Elle demande énormément de sacrifices et génère beaucoup de frustrations. Mais nous savons pourquoi nous le faisons.
Le conseil que je donnerais, c’est de parler. Parler à son groupe, à ses amis, à sa famille ou à un professionnel. Et surtout, il faut être bien entouré.
C’est un milieu difficile, mais c’est aussi un milieu dans lequel on vit des expériences complètement folles et uniques.

Votre son reste moderne sans tomber dans quelque chose de “formaté”. Comment éviter ce piège aujourd’hui dans le metal moderne ?
Merci beaucoup !
Je dirais qu’il faut avant tout rester sincère et ouvert d’esprit.
La sincérité t’oblige à aller chercher tes compositions au plus profond de toi-même, ce qui les rend forcément uniques. Quant à l’ouverture d’esprit, elle te permet d’être curieux et d’oser essayer des choses qui n’ont jamais été faites auparavant.

Beaucoup de groupes cherchent “le son lourd ultime”. Pour vous, qu’est-ce qui rend réellement un morceau lourd : l’accordage… ou l’émotion derrière ?
Je pense que c’est un ensemble de plusieurs facteurs.
L’accordage joue évidemment un rôle important. Nous l’avons considérablement abaissé par rapport à nos précédents albums, et il varie également selon les morceaux.
La production compte aussi énormément. Damien n’a cessé de progresser depuis le début du groupe, et sur HCNO, nous avons obtenu un résultat absolument incroyable.
C’est très, très lourd.

Vous avez partagé la scène avec Jinjer, Machine Head ou Pain. Qu’est-ce que vous avez appris à leur contact — musicalement ou humainement ?
Principalement des conseils liés à la gestion d’une carrière.
Les choix stratégiques à faire, les aspects pratiques du matériel, les bonnes personnes à contacter pour évoluer, ce genre de choses.
Mais le simple fait de les voir jouer est également très inspirant en matière de présence scénique. Cela nous a beaucoup aidés à réfléchir à notre manière d’occuper l’espace, de nous déplacer sur scène et même de concevoir notre scénographie.
Peter de Pain nous a notamment beaucoup conseillés et nous sommes toujours en contact avec lui. Il nous a aussi appris l’humilité.
Et d’ailleurs, ce ne sont pas uniquement les grands groupes qui peuvent t’inspirer. On peut trouver de bonnes idées partout.

Si l’album était un film, ce serait plutôt un thriller psychologique, un film post-apocalyptique ou quelque chose d’encore plus étrange ?
Je suis un grand cinéphile, donc j’adore cette question !
J’ai envie de dire que ce serait un mélange de plusieurs genres. Un thriller, éventuellement, pour ce côté tension permanente. Quelque chose d’onirique aussi, parce que je pense que notre musique peut faire naître des images différentes selon les personnes qui l’écoutent.
Et peut-être même une touche de post-apocalyptique, dans le sens où l’album dégage une atmosphère assez sombre et pesante. Au final, ce serait probablement un film difficile à classer dans une seule catégorie, un peu comme notre musique.

Est-ce qu’il y a un artiste hors metal qui influence secrètement votre musique ?
Je dirais probablement Billie Eilish.
Mais il y en a beaucoup d’autres. Si tu fais attention à certaines subtilités dans nos morceaux, tu peux retrouver des influences qui viennent d’univers très différents.
Nous écoutons tous des styles extrêmement variés. Personnellement, je pense que le metal représente moins d’un tiers de mes écoutes. Forcément, cela finit par se ressentir dans notre musique.
Et c’est vrai aussi pour l’aspect visuel. Se limiter aux influences de son propre style musical est, selon moi, extrêmement réducteur.

Vos clips ont un aspect très cinématographique. À quel moment le visuel devient-il aussi important que la musique dans votre processus créatif ?
Qu’on le veuille ou non, le visuel est aujourd’hui tout aussi important, voire parfois plus important, que la musique.
Il existe de très bons exemples actuels qui le démontrent. Regarde Sleep Token, Ghost, Electric Callboy ou Avatar. Ils possèdent tous une identité visuelle très forte et c’est aussi pour cela qu’ils marquent les esprits.
Korn, qui est un groupe dont nous nous inspirons beaucoup, en fait également partie.
Pour toucher le grand public, il faut une véritable patte visuelle. C’est souvent ce qui permet aux gens de se souvenir de toi : le groupe qui fait du metal moderne et qui propose telle ou telle idée dans ses clips ou sur scène.
Pour nous, c’est quelque chose de très positif, car cela nous pousse à nous challenger en permanence, à chercher de nouvelles idées et à nous creuser la tête pour proposer quelque chose d’unique.
Je ne sais pas si nous sommes déjà à ce niveau-là, mais nous y travaillons.
Et la chance que nous avons, c’est d’être autonomes sur toute la partie audiovisuelle. Cela limite les coûts et nous permet de garder le contrôle à 100 % sur le projet du début à la fin.

Dans une époque dominée par TikTok et les formats courts, est-ce qu’il devient plus difficile de défendre des univers visuels ambitieux et immersifs ?
Pas forcément.
Chaque époque et chaque technologie ont leurs avantages et leurs inconvénients. À nous de faire en sorte que les contenus que nous créons restent créatifs et intéressants.
Les réseaux sociaux sont aussi une véritable mine d’or en matière d’inspiration. Nous prenons beaucoup de plaisir à produire des carrousels et des vidéos courtes autour de nos événements.
Et récemment, nous nous sommes enfin lancés sur TikTok. À chaque répétition, nous faisons un live d’environ une heure trente, ce qui nous permet de créer une nouvelle communauté et d’échanger directement avec elle.

Si vous aviez un budget illimité pour un clip DUST IN MIND, vous réaliseriez quoi ?
Tellement de choses !
Cela nous permettrait déjà d’être beaucoup plus sereins, notamment en travaillant avec une équipe plus importante afin de pouvoir déléguer davantage et rémunérer correctement tout le monde.
Nous pourrions également accéder à des lieux dont nous rêvons depuis des années.
Et surtout, nous aurions enfin l’occasion de laisser libre cours à notre imagination en intégrant davantage de VFX et d’effets visuels ambitieux.
Nous pourrions aussi collaborer avec tous les talents que nous admirons : réalisateurs, acteurs, danseurs, techniciens spécialisés… Les possibilités seraient pratiquement infinies.

Quelle est la plus grosse galère que vous avez vécue sur la route… et qui vous fait rire aujourd’hui ?
Sans hésitation : le tour bus bloqué dans la neige.
Pendant la tournée avec Pain, nous avions joué à Kiev. Le lendemain était un day off, puis nous devions nous rendre à Bucarest.
Nous sommes partis de Kiev et il s’est mis à neiger comme jamais. Lorsque nous nous sommes réveillés le lendemain matin, le tour bus était complètement bloqué. Le chauffeur avait emprunté un petit chemin de campagne qui n’était absolument pas adapté à un véhicule de cette taille.
Résultat : nous sommes restés bloqués pendant trente-six heures, sans nourriture, sans eau, avec uniquement de la bière et de la vodka à disposition.
Sur le moment, c’était une vraie galère. Aujourd’hui, ça nous fait beaucoup rire.

Comment préserver la cohésion d’un groupe quand on passe des semaines enfermés ensemble entre backstage, vans et fatigue ?
Il faut communiquer.
Il faut prendre le temps de parler d’autre chose que de musique ou du groupe. Et, dans la mesure du possible, il est important que chacun puisse conserver des moments pour soi tout en partageant aussi des moments avec l’équipe.
Avec les emplois du temps de chacun, ce n’est pas toujours simple, mais nous essayons de nous réserver régulièrement des temps de cohésion. Cela nous permet de nous recentrer.
Mais clairement, le plus important reste l’échange et la communication entre nous.

Qu’est-ce que le public ne voit jamais de la réalité d’une tournée metal aujourd’hui ?
Tout le travail qu’il y a derrière.
La préparation des concerts, l’organisation logistique, les déplacements, les répétitions, la gestion administrative, la communication, les imprévus…
Le public voit généralement les quatre-vingt-dix minutes passées sur scène, mais il y a énormément de travail invisible avant d’arriver à ce résultat.

Quel est le compliment le plus marquant qu’un fan vous ait fait récemment ?
J’en ai deux qui me viennent immédiatement à l’esprit.
Lors d’un concert dans un pays d’Europe de l’Est dont je ne me souviens plus exactement, un gars est venu nous voir pour faire signer sa guitare. Il nous a expliqué que notre musique l’aidait dans sa vie de tous les jours.
Nous avons discuté un moment avec lui et il nous a raconté qu’il essayait lui aussi de développer son projet musical, mais que, compte tenu du pouvoir d’achat dans son pays, cela lui semblait presque impossible.
J’ai vraiment eu de la peine pour lui. Cette rencontre m’a aussi permis de relativiser et de prendre conscience de la chance que nous avons d’avoir relativement facilement accès aux concerts, au matériel, aux contacts et à toutes les ressources nécessaires pour avancer.
Et plus récemment, lors de notre release party, une fille est venue nous voir au merch après notre concert. Elle avait été profondément touchée par notre prestation. Elle avait les larmes aux yeux et nous a adressé des compliments extrêmement sincères.
C’est aussi pour vivre ce genre de moments que nous faisons de la musique. Cela donne du sens à tout le travail que nous accomplissons.

Qui est le plus insupportable en tournée au réveil ?
C’est totalement moi ! (rires)
Le matin, j’ai besoin de calme et de douceur. Je ne suis pas capable d’être immédiatement dans l’action. Il me faut toujours un petit temps d’adaptation avant d’être pleinement opérationnel.

Qui est le champion des mauvaises blagues dans le groupe ?
Jack. Il a un doctorat dans ce domaine.

Dernière question : quand vous montez sur scène aujourd’hui, qu’est-ce que vous cherchez encore à ressentir ?
Comme cela l’a toujours été.
Nous cherchons avant tout à partager un moment unique avec le public. Nous voulons proposer bien plus qu’un simple concert : nous voulons offrir un véritable spectacle.
Nous avons organisé notre release party le 16 mai à La Laiterie, à Strasbourg, et les retours ont été extrêmement positifs.
Plusieurs dates sont déjà prévues cette année et nous travaillons également activement sur 2027, qui devrait être particulièrement chargée.

Je vous laisse le mot de la fin pour vos fans francophones…
Tout d’abord, merci pour cette interview.
Nous avons extrêmement hâte de vous retrouver partout en France et à l’étranger. De nouveaux clips et de nouveaux morceaux arriveront très prochainement.
En attendant, retrouvez-nous tous les samedis sur TikTok pendant nos répétitions en direct.
Et surtout, merci infiniment pour votre soutien et pour le temps que vous nous accordez. ❤️

 

Au fil de cette conversation, DUST IN MIND confirme ce que HCNO laisse déjà entrevoir : un groupe arrivé à un moment charnière de son parcours, suffisamment mature pour savoir où il va, mais toujours animé par cette envie d’explorer, d’expérimenter et de surprendre. Entre lucidité sur les réalités du métier, passion intacte pour la création et volonté farouche de rester sincère dans sa démarche, les Strasbourgeois semblent avoir trouvé leur équilibre.

Si l’acide fulminique est capable de provoquer une explosion lorsqu’il rencontre les bons éléments, alors HCNO porte parfaitement son nom : une réaction intense née de la rencontre entre quatre musiciens, leurs émotions et un public qui répond présent. Et au vu de leurs ambitions pour les mois à venir, cette déflagration n’a visiblement pas fini de se propager.