All In Now, DOGSTAR
29 mai 2026 0 Par Chacha
DOGSTAR n’est probablement pas le premier nom qui vient à l’esprit quand on parle de rock alternatif à tendance grunge, surtout quand une bonne partie du public débarque encore avec un gigantesque “Eh mais… c’est le groupe de Keanu Reeves ?”. Oui, c’est bien lui à la basse. Mais réduire All In Now à une simple curiosité people serait passer complètement à côté d’un disque étonnamment sincère, habité et surtout bien plus travaillé qu’il n’en a l’air au premier abord.
Là où beaucoup de groupes “revival 90’s” se contentent de recopier trois riffs poussiéreux et une chemise en flanelle, DOGSTAR joue la carte de la retenue et de l’émotion brute. All In Now respire le rock alternatif mélancolique, quelque part entre le grunge apaisé, l’indie contemplative et cette vibe américaine nocturne qui donne envie de rouler sans destination à 2h du matin sous la pluie. Oui, c’est cliché. Mais l’album assume totalement cette ambiance et finit même par la rendre attachante.
Musicalement, le trio mise énormément sur les textures et les atmosphères. Les guitares ne cherchent jamais la démonstration technique inutile : elles préfèrent installer un climat, avec des accords ouverts, des effets légers et des montées progressives très bien gérées. La section rythmique, elle, reste sobre mais solide. La basse de Reeves apporte souvent ce liant discret qui évite aux morceaux de flotter dans une mélancolie trop aérienne. Rien d’extravagant, mais une vraie intelligence de jeu.
Le morceau-titre All In Now résume parfaitement l’identité du disque : une montée émotionnelle lente, presque fragile, avant d’exploser dans un refrain lumineux sans tomber dans le pathos FM dégoulinant. Punch The Sky apporte un peu plus d’énergie avec un groove presque garage rock par moments, tandis que Siren joue davantage sur une tension froide et hypnotique particulièrement réussie.
Mais les vrais moments forts arrivent souvent quand DOGSTAR ralentit encore le tempo. Shards Of Rain possède cette mélancolie désabusée qui rappelle certains groupes alternatifs du début des années 2000, avec un vrai travail sur les nuances et le silence. The Whisper porte d’ailleurs très bien son nom : morceau minimaliste, presque suspendu, où chaque note semble volontairement laissée en apesanteur. À l’inverse, Math ou What Is montrent parfois les limites du groupe avec des structures un peu trop répétitives, sans jamais devenir désagréables pour autant.
Les paroles suivent cette même logique introspective. Pas de grandes envolées pseudo-philosophiques écrites entre deux citations Pinterest. DOGSTAR parle surtout de solitude, de doute, de résilience et de connexion humaine avec une simplicité qui fonctionne plutôt bien. L’album ne cherche jamais à paraître plus intelligent qu’il n’est, et c’est probablement ce qui le rend aussi honnête.
Alors non, All In Now ne révolutionnera absolument rien. Ce n’est pas le disque qui va faire trembler la scène metal moderne ni provoquer une guerre civile sur les forums de puristes. Mais dans un paysage souvent saturé d’albums ultra-produits qui hurlent plus qu’ils ne ressentent, DOGSTAR livre un disque humain, sincère et parfois même touchant. Une œuvre discrète, imparfaite, mais qui possède ce petit supplément d’âme que beaucoup de sorties plus ambitieuses ont totalement oublié en route.


