Interview avec Lina, chanteuse du groupe Parallyx

Interview avec Lina, chanteuse du groupe Parallyx

11 mai 2026 0 Par Chacha

Avec “Lipstick Doll”, dernier clip dévoilé plus tôt à la fin du mois dernier, Parallyx amorce un tournant aussi brutal qu’assumé. Entre esthétique industrielle, émotions à vif et volonté de briser les attentes imposées au metalcore moderne, le groupe semble désormais décidé à ne plus faire de compromis. À l’approche d’un nouvel album attendu pour 2027, Lina revient sur cette évolution artistique, la question de l’identité, la place des femmes dans la scène metal actuelle, mais aussi sur les réalités plus concrètes de la vie de groupe. Une discussion sincère autour d’un projet qui préfère désormais l’authenticité au confort.

 

Vous décrivez “Lipstick Doll” comme une rupture. Qu’est-ce que vous avez décidé de ne plus tolérer artistiquement avec ce morceau ?
On a vraiment décidé d’arrêter de se retenir de parler de certaines choses par peur de blesser certaines personnes ou de s’éloigner de ce qu’on attendait de nous artistiquement. Avant, même inconsciemment, on cherchait à rendre les morceaux “acceptables”, à coller à certaines attentes du metalcore actuel. Sur “Lipstick Doll”, on a laissé tomber ça. On a accepté les contrastes, les moments inconfortables, les émotions brutes, sans chercher à tout lisser. C’est une rupture dans le sens où on assume davantage qui on est vraiment, même si c’est moins “propre”.

Le titre évoque quelque chose de très visuel, presque une figure imposée ou une caricature. Qui ou quoi est cette “Lipstick Doll” ?
“Lipstick Doll”, c’est un peu une figure fabriquée. C’est l’idée d’une identité qu’on maquille pour correspondre à ce qu’on attend de nous : que ce soit dans la musique, dans l’image ou dans la vie en général. C’est quelque chose d’esthétique en surface, presque séduisant, mais qui cache une forme de violence morale ou de contrainte basée sur les attentes sociales. “C’est ce qu’on attend de toi alors tu dois coller à cette attente.” Je pense qu’on s’est tous sentis comme des poupées maquillées (métaphoriquement) par la société à un moment ou à un autre.

Y a-t-il quelque chose dans ce morceau que vous n’auriez jamais osé assumer en 2023 ?
Oui, clairement. Il y a une forme de frontalité émotionnelle qu’on n’aurait pas assumée avant. En 2023, on aurait probablement pris plus de distance, utilisé plus de filtres. Là, c’est plus direct, plus exposé. Et ça demande aussi d’accepter d’être un peu vulnérable publiquement, et ça, c’est un de mes points faibles. Alors oui, aux débuts du groupe, je n’aurais pas pu assumer ça.

Le clip semble parler autant par l’image que par la musique. Qu’est-ce que le visuel raconte que le morceau seul ne pouvait pas dire ?
Le clip permet de matérialiser des choses très abstraites dans mon esprit, des choses sur lesquelles j’ai mis du temps à poser les mots exacts. Il montre une transformation, l’émancipation des contraintes. Là où la musique suggère, le visuel impose une lecture plus immédiate. Ça raconte l’histoire d’une autre manière, finalement, et c’était important pour nous de véhiculer cet univers à travers les couleurs choisies afin que ce soit plus clair dans l’esprit de nos fans.

Si “Lipstick Doll” était la porte d’entrée idéale pour quelqu’un qui découvre Parallyx, qu’est-ce qu’il comprend immédiatement de vous ?
Je pense qu’on comprend assez vite qu’on est dans quelque chose d’intense émotionnellement, mais aussi très travaillé visuellement et musicalement. Il y a une dualité entre quelque chose de contrôlé et quelque chose de chaotique, et ça correspond bien à mon état d’esprit. Et surtout, on comprend qu’on ne cherche pas à faire du metalcore “nostalgique” ou à refaire ce que les groupes actuels font déjà très bien, mais qu’on se dirige vers quelque chose de plus personnel. On cherche à transmettre un message qui nous appartient, et pas simplement à reproduire quelque chose qui nous a précédés.

Vous parlez de recherche identitaire — est-ce que cet album pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses ?
Non. Cet album est au contraire un moment de réponses. Le message, c’est : “Maintenant, je sais qui je suis, et personne ne me forcera à penser le contraire ou à aller ailleurs. Je choisis ma destination.”

Qu’est-ce qui sera radicalement différent sur cet album par rapport à vos premiers titres ?
Ce qui change le plus, c’est la vulnérabilité. Le son évolue, l’écriture aussi, mais surtout on va plus loin dans ce qu’on accepte de montrer. Il y a moins de distance entre ce qu’on vit et ce qu’on met dans la musique, surtout au niveau de l’interprétation et des paroles, qui sont moins métaphoriques et beaucoup plus brutes.

Est-ce un album pensé comme une collection de morceaux ou comme un récit avec un fil narratif ?
On le pense vraiment comme un ensemble cohérent. Chaque morceau peut vivre seul, mais il y a une progression, une logique émotionnelle. Presque une narration, même si elle n’est pas forcément linéaire.

Y a-t-il un thème que vous n’aviez jamais osé aborder avant et qui s’impose aujourd’hui ?
Oui, des thèmes liés à l’identité, à la perception de soi et à certaines contradictions internes. C’était trop personnel avant pour que je puisse en parler. Maintenant, c’est devenu central et ça me définit, ça définit notre art, et les instruments permettent une belle mise en valeur de toutes ces choses gardées cachées.

Qu’est-ce que cet album dit de Parallyx en 2027 que Parallyx 2023 ne pouvait même pas formuler ?
Je dirais une forme de maturité dans l’acceptation de ce qu’on sait et de ce qu’on ne sait pas. Avant, on cherchait à prouver quelque chose, faire notre place, attirer l’attention et dire qu’on existait. Aujourd’hui, on accepte de ne pas répondre aux besoins de la scène, et de simplement faire ce qu’on a envie.

Est-ce que vous cherchez à repousser les frontières du metalcore ou à redéfinir ce que ce mot veut dire pour vous ?
Ni l’un ni l’autre, en fait. Je ne sais même pas si on peut parler de metalcore étant donné l’esthétique de “Lipstick Doll”, qui est moins metalcore qu’industrielle. Il y a évidemment du metalcore dans les prochains morceaux, mais c’est plus un mélange qu’on n’a pas cherché à doser. On avait simplement en tête : “On veut faire des morceaux efficaces, qui nous représentent.” On ne s’est pas demandé comment on se plaçait par rapport aux genres et aux tendances.

Comment percevez-vous la scène metal actuelle ?
Elle bouge énormément, la nouveauté y est constante et c’est un plaisir pour nous d’écouter les nouveaux artistes qui sortent sans cesse de nouvelles choses surprenantes. Il y a aussi un pan “solide” et stable qui garde les codes du metal et les enrichit à sa manière, et ça nous convient aussi de pouvoir nous réfugier dans des valeurs sûres de temps à autre, en tant qu’auditeurs.

Est-ce que le metal est encore un espace de transgression selon vous ?
Oui, il y a encore de la transgression, mais elle est souvent rapidement récupérée. Parfois, l’esthétique prend le dessus sur l’intention. C’est plutôt qu’on retrouve la transgression partout maintenant, pas seulement dans le metal, donc ce n’est plus vraiment ce qui définit le genre. Au contraire, une des vraies forces d’un groupe aujourd’hui, c’est réussir à faire quelque chose de viscéral et metal tout en parlant à des communautés plus larges. Pourquoi chercher la transgression si elle n’est pas dans l’ADN personnel ?

Vous utilisez l’arabe et l’anglais. Est-ce une démarche politique, identitaire ou instinctive ?
À la base, c’est instinctif. C’est juste naturel pour nous. Mais forcément, ça devient aussi identitaire, et parfois perçu comme politique, même si ce n’est ni le point de départ ni le propos du groupe.

Le metalcore a parfois été accusé de tourner en rond. Où voyez-vous les vraies zones d’innovation aujourd’hui ?
Dans la structure des morceaux, la manière de surprendre, d’exposer des choses vraies et sincères au-delà des paroles. J’aime beaucoup incarner ce que je chante et parfois ça ressemble plus à une pièce de théâtre qu’à un morceau, pour moi. Selon moi, ça manque parfois dans le metal où on demande au chant d’être très lisse.

Est-ce que l’industrie pousse les groupes à être marketables au détriment du risque ?
Oui, clairement. Il y a une pression à être lisible, compréhensible rapidement. Et ça peut freiner certaines prises de risque. Et en même temps, on demande cette prise de risque pour se démarquer. Alors le message est un peu flou.

Quels codes vous agacent le plus aujourd’hui dans le milieu ?
Les attentes implicites sur ce qu’un groupe “doit” être pour être crédible. Quand ça devient une norme, ça perd son sens.

En 2026, être un groupe porté par une frontwoman implique-t-il encore de prouver davantage ?
Oui, même si c’est plus subtil qu’avant. Je ressens encore le besoin de me justifier et d’en faire plus qu’un homme pour prouver que j’ai ma place.

Est-ce qu’il reste des biais plus subtils qu’on ne voit pas forcément de l’extérieur ?
Oui, dans la manière dont on est perçues, décrites ou comparées les unes aux autres. Il n’y a pas besoin de rabaisser une femme pour en valoriser une autre, pourtant on le voit partout sur internet.

Lina, te pose-t-on encore des questions qu’on ne poserait pas à un homme ?
Oui, ça arrive encore, notamment les deux dernières questions qui viennent de passer ahah.

Comment éviter que l’identité soit une étiquette ?
On ne peut pas contrôler ce que les gens pensent. Que ceux qui aiment la musique restent pour les raisons qui leur conviennent, ça ne nous regarde pas vraiment finalement. Les gens poseront les étiquettes qu’ils veulent selon leurs propres biais.

Avez-vous le sentiment que les choses changent réellement, ou qu’on célèbre parfois la diversité plus qu’on ne la vit ?
Ça évolue, mais pas de manière uniforme. Il y a encore un décalage entre le discours et la réalité.

Quelle est votre anecdote la plus absurde vécue sur la route ?
Avoir fait 30 heures de route au total pour un seul concert dans un festival hardcore au Danemark, après seulement un an d’existence.

Qui crée le plus de catastrophes logistiques ?
Mathis, qui est toujours en retard. (Allez, c’est cadeau.)

Le meilleur imprévu qui s’est transformé en souvenir incroyable ?
Une vidéo Instagram qui a explosé toute seule, et on a gagné 500 followers en une seule nuit grâce à ça. C’était assez incroyable et ils sont maintenant fans du groupe, donc ce n’était pas juste une vidéo virale “vide”.

Qui est le plus insupportable quand il manque de sommeil ?
Le réveil de Mathis réveille tout le monde… sauf lui.

Comment préserver une vie personnelle quand un groupe commence à prendre de la vitesse ?
En faisant du sport et en acceptant l’idée qu’un jour de repos ne veut pas forcément dire “un jour où on est disponible”.

La chose la plus difficile à gérer ?
Garder un niveau de motivation élevé dans un monde où il faut être patient et débourser énormément d’argent avant de voir les résultats du travail fourni et de l’argent investi. Il faut être constant et ne pas se décourager là où tout nous crie de laisser tomber.

Quel membre survivrait le plus longtemps dans une apocalypse ?
Adrien, notre couteau suisse qui est probablement capable de survivre à une attaque de zombies en construisant une cabane dissimulée dans les arbres. Corentin, qui est extrêmement résistant à la faim et à l’inconfort et qui pourrait disparaître pendant des mois le temps que la crise passe. Et Lina, qui planifie tout à l’avance et peut mettre en place un système d’organisation post-apocalyptique.

Quelle vérité inconfortable avez-vous comprise en montant ce groupe ?
Pour réussir avec un groupe aujourd’hui, il faut avoir un esprit d’entrepreneur et la créativité d’un artiste. L’un ne va plus sans l’autre si on veut se démarquer en tant qu’indépendant.

Un dernier mot pour vos fans ?
Merci à ceux qui suivent le projet, qui prennent le temps d’écouter et de comprendre la direction qu’on a prise. Ça donne vraiment du sens à ce qu’on fait, et maintenant on espère voir tout ce beau petit monde en concert.

 

À travers “Lipstick Doll” et les confidences de Lina, Parallyx apparaît comme un groupe en pleine affirmation artistique. Plus vulnérable, plus instinctif et moins soucieux des codes imposés par la scène, le projet revendique une identité construite sur l’émotion brute, l’expérimentation et la sincérité. Alors qu’un nouvel album se profile pour 2027, Parallyx semble prêt à transformer cette rupture artistique en véritable manifeste. Une chose est sûre : le groupe n’a plus l’intention de se limiter à ce qu’on attend de lui.