Interview avec Morgan Rose, batteur et membre fondateur du groupe Sevendust

Interview avec Morgan Rose, batteur et membre fondateur du groupe Sevendust

8 avril 2026 0 Par Seb

Sevendust revient avec leur 15è album, One écrit et composé au bout de 32 ans de carrière ! Ce nouveau disque sortira le 1er mai 2026, et qui de mieux pour nous en parler que Morgan Rose, l’un des membres fondateurs, batteur et backing vocals du groupe ?

 

Seb : salut ! Comment vas-tu ?

Morgan Rose : bonjour ! Bien, merci, et toi, comment vas-tu ?

Seb : je vais très bien, merci ! Et merci de nous accorder un peu de ton temps. Je m’appelle Sébastien, de RockNHell, nous sommes un média indépendant dédié au metal depuis de nombreuses années maintenant, et nous réalisons cette interview autour de ton nouvel album, « One », qui sortira le 1er mai de cette année.

Morgan Rose : ravi de te parler !

Seb : j’ai l’impression que ce nouvel album a un peu plus de groove dans ses morceaux par rapport à votre précédent album, « Truth Killer ». Vouliez-vous exprimer votre musique d’une manière un peu différente cette fois-ci par rapport à votre album précédent ?

Morgan Rose : tu sais, c’est drôle parce que je me suis posé cette question.
Enfin, pas exactement cette question-là, mais j’ai en quelque sorte expliqué l’album dans de nombreuses interviews, et ce qu’il y a avec cet album, c’est qu’il n’y avait aucune orientation particulière.
Il n’y avait pas, comme par le passé, cette volonté de se dire : « faisons un album heavy. Faisons un album plus groovy. Faisons un album plus axé sur le prog. », tu vois ? Il n’y avait rien de tout ça sur cet album. Il n’y avait pas d’effort conscient pour faire autre chose que d’écrire un tas de chansons et de voir ce que ça donnait.
Donc il n’y a pas eu de réelle volonté pour le rendre plus, je suppose, axé sur le groove, mais peut-être que, inconsciemment, c’est ce qui s’est passé : c’était comme si on se disait « allons-y, replongeons-nous là-dedans », parce que c’était quelque chose qui nous avait beaucoup marqués quand on a commencé à composer et à écrire One.

Seb : c’était donc juste votre état d’esprit, votre mindset à l’époque où vous avez écrit l’album, plus qu’une décision délibérée de changer un peu musicalement ?

Morgan Rose : exactement ! Oui, tout à fait !

Seb : One marque le quatrième album avec lequel vous travaillez avec Michael Basket en tant que producteur. J’ai l’impression qu’il y a une relation solide entre vous. Que diriez-vous que Michael apporte à votre musique depuis ces quatre derniers albums, avec lesquels vous avez travaillé ensemble ?

Morgan Rose : c’est sans aucun doute, à mon avis, son meilleur des quatre. Tu sais, on n’est pas les plus faciles à gérer sur ce plan là, parce qu’on a fait plein d’albums qu’on a produits nous-mêmes. Et finalement, on a trouvé quelqu’un qui est un producteur de premier plan, et on est arrivés au studio avec lui, super excités d’être là. Et puis il a commencé à essayer de produire les morceaux, et on s’est dit : « waouh, attends un peu ! »
Notre musique, c’est notre bébé à nous de base, on lui a donc compliqué la tâche sur quelques morceaux.
Et sur cet album, on l’a en quelque sorte laissé faire son truc. Enfin, il a toujours réussi à faire les choses comme il voulait, je pense, mais on lui a compliqué la tâche par le passé, beaucoup moins désormais.
Il apporte beaucoup. C’est un gars qui s’y connaît tellement, il comprend la mélodie, il est excellent là-dedans. C’est un super musicien, donc il connait tout autant l’aspect technique.
Mais le plus important, c’est que sur le plan sonore, il sait exactement ce qu’il veut en termes de son.
Donc, il nous apporte beaucoup, nous on a eu des gars qui étaient vraiment bons en musique, des compositeurs, mais qui n’enregistraient pas très bien les morceaux.
Et puis on a eu des gars qui faisaient des albums avec un son génial, mais qui ne connaissaient pas grand-chose à la musique. Lui, il apporte les deux.

Seb : dirais-tu que cet album réalisé avec lui, est le meilleur des quatre que vous avez faits ensemble grâce à la maturité de votre relation ?

Morgan Rose : Oui. Je pense que ça y est pour quelque chose, c’est sûr. Et aussi par rapport à la relation des membres au sein du groupe.
Si tu leur parle, il te diront qu’il y a eu des moments difficiles sur certains de ces albums, mais qu’on était unis sur celui-ci. Tout le monde était super respectueux les uns envers les autres, et ça n’a pas toujours été le cas. On a donc passé un très bon moment à faire celui-là. Je pense que ça transparaît dans l’album, ce à quoi je n’avais jamais vraiment prêté attention. Je me dis que parfois, si tu es en colère contre tout le monde, tu sais, ça peut donner un album cool et agressif.
Mais là, personne n’était en colère contre qui que ce soit, tu vois ? On a juste apprécié d’être ensemble dans la pièce et de composer ces chansons.

Seb : En parlant d’être ensemble et d’enregistrer cet album, avez-vous essayé de nouvelles techniques d’écriture, de composition ou d’enregistrement pour ce disque, ou avez-vous suivi vos méthodes habituelles ?

Morgan Rose : côté enregistrement, tout était assez classique, comme Elvis aime ça (ndlr : Elvis est le surnom du producteur Michael Basket).

Parfois, l’album précédent, on avançait chanson par chanson, ce qui a ses avantages et ses inconvénients, où je pouvais entrer en studio et enregistrer une chanson le matin, puis j’avais fini pour la journée.
Enfin, je pouvais courir partout et travailler sur les voix ou tout ce qui restait à faire pour terminer.
Sur celui-ci, on a enregistré toute la batterie d’un coup, donc on est revenus à cette méthode.
Donc quelques jours pour finir toute la batterie et puis, ouais, tout était assez classique.
Ensuite, on passait des journées où on se disait : « allez, aujourd’hui, on enregistre quelques pistes de guitare, puis on passe à la basse. » Et puis, au bout d’une semaine, on faisait venir Lajon (Lajon Witherspoon, chanteur du groupe), et il chantait tôt dans la journée, puis on passait aux guitares après ça.

Seb : Le titre de l’album et certaines des chansons me font penser à une union ou à quelque chose de collégial. Quels sont les thèmes explorés dans les chansons de ce disque ?

Morgan Rose : cet album est un peu plus porteur d’espoir. On écrit des chansons sur des expériences personnelles, et parfois, on a traversé des moments difficiles, à plusieurs reprises, à certains moments de notre carrière. Pour cet album, je pense que comme le groupe était très soudé, le titre de l’album « One » correspondait à ce que je ressentais quand j’ai formé le groupe : je voulais juste un groupe où on serait un peu comme un ensemble, des amis, où on aurait juste envie de traîner ensemble, d’être les uns avec les autres. On a ressenti ça pendant cet album et tout au long de sa préparation.
Et je pense que ça s’est reflété dans l’écriture des chansons. Il y a des choses sur lesquelles on a écrit qui n’étaient pas très positives, mais, au final, je pense que c’est un parcours à travers tout ça. Ça peut être dur, mais il y a de la lumière au bout du tunnel.
C’est un peu étrange, parce qu’au long de ma carrière je ne me souviens vraiment pas d’avoir écrit beaucoup de chansons pleines d’espoir. Donc, j’espère que ça touchera aussi les gens qui nous soutiennent.

Seb : J’ai vraiment ressenti cette positivité tout au long de l’album, et je pense que c’est quelque chose dont les gens ont besoin de nos jours. C’est donc une très bonne idée.

Morgan Rose : oui ! Bon timing, pas vrai ?

Seb : c’est vrai ! One est le quinzième album de votre groupe, c’est énorme, peu de groupes sont aussi créatifs. Qu’est-ce que tu ressens quand tu repenses à ta carrière et à toute la musique que tu as produite ? Qu’est-ce qui se passe dans ta tête ?

Morgan Rose : parfois je repense à nos morceaux passés, et je me souviens de ce que je faisais quand ce morceau est sorti. Ça permet de revivre ce genre de souvenirs. Ou alors, en en écoutant un autre morceau au hasard, je me dis : « mec, on était super énervés à cette époque-là ! »
Ou j’écoute quelque chose d’ancien, et là ça me touche émotionnellement pour tout ce qu’il y a eu autour de ce titre : le moment où on l’a écrit, composé, des anecdotes, une histoire liée … Donc c’est à la fois une bénédiction et une malédiction, mais on est fiers de tout ce qu’on a fait.
Mais tu sais, les gars qui écrivent la majorité des riffs dans le groupe, ces gars-là sortent des chansons à la chaîne. Donc il y a plein d’idées, je pourrais aller sur Dropbox tout de suite, il y a probablement 150 idées qui n’ont même jamais été travaillées, juste en termes d’écriture. Je repense à tout ça, et parfois tu vas là-dedans, dans ces dossiers, et tu te dis : « oh, ça me rappelle quelque chose que j’ai mis de côté et dont je ne veux pas me souvenir. », il faut gérer ça.
Et, sans parler au nom du groupe, mais avoir autant de morceaux pour moi parfois ça influence la setlist. Il m’arrive de me dire : « je ne vais pas jouer celle-là tous les soirs, je ne peux tout simplement pas le faire. »
Donc on est très fiers de ce qu’on a fait, et c’est dingue de penser qu’on a pu produire l’équivalent de 15 albums de chansons, dont on a l’impression que la majorité d’entre elles, enfin je suppose, sont de bonnes chansons.
Ce sont mes enfants, au bout du compte. Certains ont l’air un peu bizarres, mais, dans l’ensemble, on les aime toutes !

Seb : un autre aspect de la longévité de votre groupe, c’est la continuité de ses membres, qui sont pratiquement les mêmes depuis votre premier album. C’est incroyable et très rare. Peux-tu nous révéler ton secret à ce sujet ? Comment faites-vous pour continuer à avancer aussi unis ?

Morgan Rose : on a toujours les cinq membres d’origine, depuis le premier album. Ça a toujours été comme ça, à part sur les trois albums où Clint n’était plus là. Je l’ai déjà dit plusieurs fois, mais en fait, on est restés ensemble parce qu’on ne communiquait tout simplement pas. C’est vraiment bizarre dit comme ça, c’est comme si c’était probablement le pire conseil que l’on puisse donner à quelqu’un : si tu veux rester ensemble, ne communique pas.
Mais il y a une certaine logique dans cette folie, je pense qu’au final il faut juste se détendre un peu et ne pas râler tout le temps pour tout. Parce que les choses peuvent être compliquées quand on est, tu sais, une bande d’hommes adultes vivant dans un car et roulant sur la route pendant la majeure partie de l’année. On peut facilement s’énerver, tu vois ?
Mais je pense que tout cela revient, et j’en revendique tout le mérite, au fait que j’ai formé le groupe parce que je me fichais de savoir si les gens étaient vraiment bons ou pas. Ce n’était pas le but.
On ne pensait pas qu’on allait faire une carrière de trente ans au départ. On ne pensait même pas qu’on allait décrocher un contrat d’enregistrement ou partir en tournée, pendant la majeure partie de notre vie. On ne pensait à rien de tout ça, mais je venais de quitter un groupe avec des gens qui avaient un ego démesuré, et je me suis dit : je ne vais pas refaire ça, parce que rien ne va jamais se passer, ça ne fonctionnera jamais. On ne va jamais réussir de cette façon, je ne veux pas être malheureux en allant aux répétitions et en jouant nos concerts, alors que c’est vraiment une passion intense pour moi.
J’ai simplement commencé à choisir des gens avec qui je savais que j’avais envie de passer du temps. C’est le meilleur conseil que je puisse donner : ne cherche pas le meilleur batteur, chanteur, guitariste ou bassiste.
Cherche le batteur, le chanteur, le bassiste ou le guitariste le plus cool, parce que tu pourrais avoir de la chance et finir par partir en tournée et parcourir le monde pendant trente ans. Et si le type que tu côtoies est un connard, ça ne durera pas trente ans.

Seb : et puis, on peut toujours devenir un meilleur batteur, un meilleur guitariste et un meilleur chanteur.

Morgan Rose : Oui, il y a de la place pour ça aussi ! Et e pense que ça a tout autant créé l’alchimie du groupe. ! Il nous est arrivé de se dire : « oh, mec, c’est dingue, tu ne sais même pas jouer de la guitare, et ce truc sonne super bien ! »
On était tellement fiers les uns des autres, du coup on a développé ce truc, on est tellement soudés que même si on a envie de s’étrangler la moitié du temps, au final on s’aime tellement que c’est juste un truc de frères. Donc on est frères !

Seb : c’est très beau à entendre, et et à la fois très inspirant !

Morgan Rose : merci !

Seb : Vous venez de terminer la tournée de janvier à mars en Europe avec Alter Bridge, et vous avez joué un nouveau morceau : Is This the Real You. comment ça s’est passé de jouer cette nouvelle chanson en live ?

Morgan Rose : ce qui est marrant, c’est qu’en Europe, ça ne m’a pas vraiment dérangé de la jouer là-bas, parce qu’il y avait tellement de gens dans le public qui ne nous connaissaient pas du tout, pour qui c’était juste une chanson de plus qu’ils ne connaissaient pas. Ça va être plus stressant ici !  (rires)
Ici, ça va être du genre : « oh, mec. Ils ne voudront peut-être pas entendre de nouveautés. Ils veulent juste qu’on reprenne nos anciens morceaux. » mais j’adore la jouer ! C’est une chanson sympa à jouer.
En tout cas, on dirait qu’elle a eu un bon accueil. Mais, ouais, les nouvelles chansons, c’est toujours un peu bizarre au début. Ça prend un peu de temps à ce que le public accroche. Je ne sais pas si on aura un jour une nouvelle chanson qui fera dire aux gens : « j’ai juste hâte qu’ils jouent cette nouvelle chanson ! » ils sont tellement attachés aux anciennes. Mais on va leur en mettre plein la vue. On va continuer à le faire.

En tout cas, c’était sympa là-bas (ndlr : en Europe). Et on y retournera, et on la jouera à nouveau quand on y sera, probablement. J’espère vraiment !

Seb : et vous repartez en tournée aux États-Unis à partir du 16 avril, cette fois-ci en tête d’affiche pour la sortie de votre nouvel album, One. Bien sûr, on s’attend à entendre quelques morceaux de One. Mais avec 15 disques déjà sortis, comment faites-vous pour choisir quels morceaux précédents seront ajoutés à la setlist ?

Morgan Rose : c’est toujours un problème, et on se fait toujours critiquer par nos fans, quoi qu’on fasse ! (rires)
Une fois, on s’est dit : « prenons juste toutes celles qu’ils disent connaître, tu sais, celles qu’ils entendent tout le temps, et on va se débarrasser de toutes celles-là. On va jouer un tas de morceaux moins connus et des chansons qu’on ne joue pas beaucoup. » et là, ils sont devenus fous. Ils nous ont dit : « les gars, jouez Black ! Vous vous foutez de nous ? »
Et je me dis : vous nous dites qu’on joue les mêmes chansons à chaque fois, alors on se débarrasse de ces chansons, et ensuite vous nous dites : « pourquoi vous n’avez pas joué ces chansons ? »
Donc tu sais, tu te rends compte que tu ne peux pas plaire à tout le monde, alors tu essaies juste de plaire à la majorité. Et, pour nous, ça y est, on en est là : on va devoir jouer plus longtemps.
C’est un cercle vicieux, parce qu’on n’a plus 20 ans, et on joue assez fort. Du coup, c’est un peu : « bon, je suppose qu’on va devoir prendre un peu plus soin de notre santé parce qu’on va devoir jouer plus longtemps ! » (rires)

On a donc mis au point une setlist pour cette série de concerts qui pourrait bien devenir celle qu’on jouera en Europe, parce qu’on y retourne cette année aussi (ndlr : surprise ! Aucune date n’est encore annoncée). Et elle est longue cette setlist, elle est vicieuse. Ce n’est pas celle qu’on a faite avec Alter Bridge. Je dirai juste ça, ne soyez pas triste ! (rires)
Bon d’accord, en fait elle est … beaucoup plus agressive, et trois fois plus longue.
Ça va être intéressant parce que les gens qui viendront peut-être nous revoir en Europe après nous avoir vus avec Alter Bridge vont se dire : « oh, merde, ce groupe est plus heavy que je ne le pensais ! »
Mais peut-être qu’on jouera peut-être un peu plus en douceur quand on sera là-bas en Europe, pour être sûrs de ne pas, tu vois, en faire trop et choquer qui que ce soit ! (rires)

Seb : Mais non ! Lâchez-vous à fond quand vous reviendrez. (rires)

Morgan Rose : pas de problème ! Ouais, ça va être super sympa !

Seb : Je vous ai malheureusement raté quand vous êtes venus en France avec Alter Bridge, mais la prochaine fois je ne vous raterai pas.

Morgan Rose : Ouais, on sera là, c’est déjà prévu, je viens de voir l’affiche cette semaine !

Seb : en tout cas j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à écouter votre dernier album. Parfois, dans mon travail, j’ai l’impression de ne pas travailler, tu vois ? (rires)

Morgan Rose : super merci beaucoup !

Seb : merci beaucoup pour cette interview !

Pour avoir eu le privilège d’écouter One en avant-première, c’est clairement l’un des meilleurs albums que le groupe ait écrit de toute leur carrière.
On retrouve musicalement un groupe de passonniés avant de n’être que de simples musiciens qui jouent ensemble, ça s’est ressenti tout autant dans nos échanges avec Morgan qu’en écoutant One.
Foncez l’écouter dès le 1er mai 2026, et suivez-les pour de très prochaines dates de concert en Europe !

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