Death Fetish, MOODRING

Death Fetish, MOODRING

27 mars 2026 0 Par Chacha

 

Avec Death Fetish, les Américains de Moodring ne se contentent pas de confirmer les promesses de leurs débuts : ils plongent tête la première dans un univers encore plus sombre, viscéral et dérangeant. Ici, pas question de demi-mesure — l’album est une descente lente et assumée dans une spirale de névroses modernes, portée par une musique aussi accrocheuse que toxique.

 

Dès Half-Life, Moodring pose les bases : nappes atmosphériques éthérées, guitares noyées dans une saturation contrôlée, et cette voix fragile qui semble constamment au bord de la rupture. Mais attention, ce n’est pas du metal “planant” au sens confortable du terme. Ici, chaque accalmie est un piège.
Les morceaux comme Cannibal et Masochist Machine jouent sur des contrastes ultra maîtrisés : couplets presque hypnotiques, refrains qui explosent en murs de distorsion. Techniquement, le groupe excelle dans l’art du dosage. Les guitares oscillent entre shoegaze et nu metal moderne, avec un travail précis sur les textures plutôt que sur la démonstration pure.
Et puis il y a Gunplay (Suicidal 3way) — probablement l’un des morceaux les plus frontaux de l’album. Rythmiques syncopées, tension permanente… on est presque dans quelque chose de suffocant, comme si le morceau refusait de vous laisser respirer. Mention spéciale à la batterie, qui sait se faire discrète mais frappe toujours là où ça fait mal.

Ce qui frappe sur Death Fetish, c’est la production. Tout est chirurgical sans être aseptisé. Les basses sont profondes, les guitares larges, et la voix trône au centre avec une proximité presque gênante.
Sur Ketamine ou STFA, le mix met en avant cette sensation de flottement — comme un bad trip sonore. Les effets sur la voix (réverbérations, delays, distorsions subtiles) participent énormément à cette identité sonore. On est constamment entre rêve et cauchemar, sans jamais savoir où poser le pied.

Côté textes, Moodring ne fait pas dans la poésie abstraite inaccessible. Les thématiques sont crues : dépendance, autodestruction, relations toxiques, désillusion. Bleed Enough? et Sickf_ck en sont de bons exemples — on est dans quelque chose de frontal, presque inconfortable, mais toujours sincère.
Il y a une forme d’humour noir qui se glisse parfois entre les lignes, un peu comme un mécanisme de défense. Die Slow en est presque ironique dans sa manière d’aborder la douleur, comme si le groupe levait les yeux au ciel face à ses propres démons.

La fin de l’album, avec ColdMetalKiss, agit comme une conclusion glaciale. Le morceau synthétise tout : mélancolie, violence contenue, beauté sombre. C’est lent, lourd, presque cérémoniel — une manière élégante de refermer cette parenthèse suffocante.

 

Avec Death Fetish, Moodring signe un album aussi immersif que dérangeant, qui réussit à marier accessibilité et profondeur émotionnelle sans jamais tomber dans la facilité. C’est beau, c’est sombre, c’est parfois un peu malsain — et c’est exactement ce qui le rend aussi addictif. Un disque qui ne cherche pas à plaire à tout le monde, mais qui marquera durablement ceux qui accepteront de s’y perdre.