Interview avec Amon Garrasi, chanteur du groupe Lost In Hollywood

Interview avec Amon Garrasi, chanteur du groupe Lost In Hollywood

13 mars 2026 0 Par Chacha

Avec son nouvel album, le groupe de metalcore Lost In Hollywood franchit une nouvelle étape dans son évolution artistique. Entre intensité sonore, atmosphères cinématographiques et vulnérabilité émotionnelle, le groupe continue de développer une identité musicale qui mêle puissance et introspection. Derrière ces nouveaux morceaux se cachent des expériences personnelles, des questionnements sur les relations, l’identité et la manière de se reconstruire après certaines ruptures. Pour mieux comprendre la genèse de ce disque et l’univers qui l’entoure, nous avons échangé avec Amon Garrasi, chanteur du groupe, qui revient sur l’écriture de l’album, ses thèmes, les collaborations qui l’enrichissent et la vision du groupe pour l’avenir.

 

Votre nouvel album marque une nouvelle étape pour Lost In Hollywood. À quel moment avez-vous senti que ce disque devait exister ?

Je pense que le moment où nous avons compris que ce disque devait exister, c’est lorsque les chansons ont commencé à refléter des choses que nous vivions réellement dans la vraie vie.
Au cours de l’année passée, il y a eu beaucoup d’expériences personnelles : des ruptures, des questions sur l’identité, le fait de gérer certaines relations du passé… et ces émotions ont naturellement commencé à façonner la musique.
À un moment donné, nous avons réalisé que ces morceaux n’étaient pas simplement une autre collection de titres. Ils étaient émotionnellement liés entre eux. C’est à ce moment-là que nous avons su qu’il y avait un album là-dedans qui devait être créé.

Si vous deviez résumer l’album avec une seule scène de film, laquelle serait-ce ?

Je pense à la série Your Friends & Neighbors saison 1, où Jon Hamm ferme les yeux et profite simplement de la musique en ressentant toutes les émotions.
C’était un mème assez populaire plus tôt cette année, et j’aimerais que les gens profitent de l’album de cette manière.

Le nom du groupe évoque déjà un univers très cinématographique. Cet album raconte-t-il une histoire ou est-ce plutôt une collection d’émotions ?

C’est davantage une collection d’émotions qui, ensemble, forment une sorte de récit. Les chansons n’ont pas été écrites comme une histoire stricte, mais elles viennent toutes du même espace émotionnel.
Elles parlent de relations, de valeur personnelle, de perte et du fait d’essayer de comprendre sa place après que certaines choses se sont effondrées.
Donc même si chaque morceau peut exister seul, ils se connectent émotionnellement quand on écoute l’album du début à la fin.

Y a-t-il un morceau qui représente le mieux l’ADN actuel du groupe ?

« I Should Have Known Better » en est probablement un bon exemple.
Il capture le contraste qui définit notre son : un mélange de vulnérabilité émotionnelle, d’éléments atmosphériques et d’intensité heavy dans une seule et même chanson.

Quand vous écrivez des chansons, est-ce que la musique vient d’abord ou les paroles ?

La plupart du temps, la musique vient en premier.
Quelqu’un apporte une démo ou une idée instrumentale, et une fois que l’atmosphère est là, les paroles commencent à se former naturellement autour de l’émotion du morceau.

Vous est-il déjà arrivé d’écrire une chanson au milieu de la nuit, pendant une insomnie ou un moment de chaos total ?

Oui, définitivement. Certaines des paroles les plus honnêtes viennent justement de ces moments où tu ne peux pas dormir et où tes pensées tournent en boucle.
Je suis plutôt quelqu’un de nocturne, donc ces moments tard dans la nuit créent souvent les lignes les plus authentiques, parce que je filtre moins mes émotions.

Y a-t-il une chanson de cet album qui a complètement changé de direction pendant la production ?

« Like A River » est un bon exemple.
Une fois que nous avons commencé à expérimenter avec des couches de synthés et des ambiances atmosphériques, toute la direction émotionnelle du morceau a changé.
Cette version est finalement devenue celle qui a défini le son du disque.

Votre nouvel album contient plusieurs collaborations, notamment avec Normandie et Of Virtue. Que vous apportent ces artistes et comment choisissez-vous les voix ou personnalités qui enrichissent vos chansons ?

Pour nous, les collaborations commencent toujours par un respect pour l’artiste et une connexion naturelle avec la chanson.
Quand nous invitons quelqu’un sur un morceau, c’est généralement parce que nous sentons que sa voix ou sa personnalité peut apporter une nouvelle couche émotionnelle à la musique.
Des artistes comme Half Me, Of Virtue ou Philip Strand de Normandie ont des styles vocaux très distinctifs, et ce contraste ajoute quelque chose de spécial aux morceaux.

Votre musique mélange lourdeur et vulnérabilité émotionnelle. Est-ce un équilibre que vous cherchez consciemment ?

Je dirais que oui, en grande partie. C’est quelque chose dont nous sommes conscients, mais qui se produit aussi très naturellement.
La musique heavy peut être extrêmement puissante, mais la vulnérabilité est ce qui permet aux gens de s’y connecter émotionnellement.
L’équilibre entre ces deux extrêmes donne toute son énergie aux chansons.

Les paroles semblent naviguer entre danger, désir et fragilité. Est-ce un reflet de votre génération ?

Je pense que d’une certaine manière, oui.
Beaucoup de gens aujourd’hui — moi y compris — sont très ouverts sur leurs luttes émotionnelles, les relations et la santé mentale.
Ces thèmes trouvent naturellement leur place dans la musique parce qu’ils font partie de la vie quotidienne.
Dans ce sens, les paroles reflètent le paysage émotionnel de notre génération.

Diriez-vous que cet album est plus sombre ou plus cathartique que vos précédentes sorties ?

Probablement les deux.
Certains moments sont clairement plus sombres sur le plan émotionnel, mais en même temps le fait d’écrire ces chansons a été très cathartique.
Transformer des expériences difficiles en musique peut être une façon de les comprendre et de les accepter.

Y a-t-il une chanson qui a été particulièrement difficile à écrire émotionnellement ?

Même si c’est plutôt un interlude qu’une chanson au sens classique, « Father » a été très difficile à écrire et à enregistrer.
Elle parle d’une lutte très personnelle : accepter que certaines personnes ne changeront jamais et qu’il faut simplement les laisser partir.
Cet interlude donne plus de contexte à la chanson suivante, « Can You Feel the Pain ».

La pochette de l’album montre une étoile inspirée du Hollywood Walk of Fame. Est-ce un symbole d’ambition, de rêve… ou une touche d’ironie ?

L’étoile représente évidemment l’ambition et les rêves, mais il y a aussi un côté légèrement ironique.
L’idée d’« Hollywood » peut symboliser le succès et la reconnaissance, mais aussi le risque de se perdre dans cet univers.
Nous voulons rester fidèles à nous-mêmes et éviter ce piège. Ce n’est donc pas une glorification du monde hollywoodien.

Le nom Lost In Hollywood renvoie-t-il davantage au rêve hollywoodien… ou au fait de s’y perdre ?

Le nom reflète cette tension entre poursuivre ses rêves et le danger de perdre son identité en chemin.
Nous avons été inspirés par la chanson Lost in Hollywood de System of a Down, qui décrit très bien ce conflit.
Il est très facile de se perdre dans les fausses promesses et le côté artificiel de l’industrie musicale et du divertissement.
Mais si tu restes authentique dans ta musique, tu peux créer quelque chose qui aide toi-même et les autres à affronter les émotions négatives, la perte et les difficultés mentales.

Quelle importance ont les clips dans votre narration musicale ?

Les clips permettent d’élargir l’univers émotionnel d’une chanson.
Ils nous donnent la possibilité de traduire l’atmosphère de la musique en images et d’ajouter une nouvelle couche narrative.
Nous avons eu la chance que notre label nous donne le budget nécessaire pour expérimenter différentes directions afin de raconter la meilleure histoire possible pour chaque morceau.

Si votre album était un film, quel genre serait-ce : thriller, romance toxique, film noir… ?

Probablement un drame romantique sombre avec des moments de chaos et d’introspection.

Quels groupes actuels vous inspirent ou vous impressionnent le plus ?

Je suis complètement fan de sace6.
Ils sont vraiment inspirants parce qu’ils combinent des riffs bruts et lourds avec une voix douce et magnifique.
Pour être honnête, ils pourraient avoir une grande influence sur la musique que nous sommes en train d’écrire actuellement.

Pensez-vous que les frontières entre metal, rock alternatif et pop deviennent de plus en plus floues ?

Oui, définitivement.
La musique moderne devient de plus en plus fluide et les genres s’influencent constamment.
Cette ouverture permet aux artistes d’explorer de nouveaux sons sans se sentir limités.

Selon vous, que manque-t-il encore à la scène metal aujourd’hui ?

Il y a énormément de super musique qui ne reçoit pas assez de visibilité.
Peut-être que nous devrions tous soutenir davantage les autres artistes afin que la scène devienne plus connectée et puisse grandir ensemble.

Quelle est la réalité de la vie sur la route que les fans ne voient jamais ?

Beaucoup d’attente.
Les gens voient surtout les moments sur scène, mais la réalité inclut de longues heures de route, peu de sommeil et une logistique constante.
Et bien sûr le chargement et déchargement du bus de tournée, que tu dois faire deux fois par jour.

Quelle est la chose la plus improbable ou folle qui vous soit arrivée en tournée ?

Nous avions garé notre bus sur un énorme parking complètement vide pour aller dans un magasin.
Quand nous sommes revenus, notre ingénieur du son — qui devait attendre dans le bus — nous a simplement dit :
« Les gars… j’ai fait une connerie. »
Il voulait rapprocher le bus de l’entrée, mais il a réussi à percuter le seul poteau métallique de tout le parking.
Nous avons pu continuer la tournée, mais le bus avait l’air horrible.

Y a-t-il une ville ou un pays où vous avez ressenti une connexion particulièrement forte avec le public ?

Nous sommes super excités de jouer notre premier concert de la tournée en première partie du groupe Archers à Paris ! Ça nous paraît encore irréel.
L’Allemagne nous a toujours beaucoup soutenus, mais nous voyons aussi des auditeurs se connecter à notre musique à l’international, surtout aux États‑Unis.
Nous espérons pouvoir y tourner un jour, le plus tôt possible.

Quel serait le plus grand rêve pour Lost In Hollywood dans les années à venir ?

L’un des plus grands rêves serait clairement de tourner à l’international et d’amener notre musique à des publics partout dans le monde.
Pour nous, rien n’est plus incroyable que de voyager et de jouer nos chansons devant des gens qui se reconnaissent dans ce que nous exprimons.

Y a-t-il un artiste avec qui vous rêveriez de collaborer ?

J’aimerais vraiment travailler avec sace6.
Nous sommes tous de grands fans.

Si Lost In Hollywood était un film, quels acteurs joueraient les membres du groupe ?

Pour moi, Adam Driver serait parfait.
Je dirais Brad Pitt pour Julian.
Mads Mikkelsen pour Timo.
Et Shia LaBeouf pour Daniel.

Quelle est la pire musique à écouter dans le van pendant une tournée ?

Sans hésiter : le Schlager allemand.
Si vous ne savez pas ce que c’est… ne cherchez surtout pas.

Dans le groupe, qui est le plus susceptible de :

Oublier son passeport ?
Daniel — il a perdu deux téléphones en deux jours.

Arriver en retard ?
Julian. Désolé, il fallait que je le dise. haha

Lancer une fête improvisée après le concert ?
Probablement Julian aussi.

Si un jour votre étoile apparaissait vraiment sur le Hollywood Walk of Fame, qu’aimeriez-vous que les gens pensent en marchant dessus ?

« Pourquoi il y a une étoile pour cette chanson de System of a Down sur le Walk of Fame ? »

Pour finir, je vous laisse le dernier mot pour vos fans francophones…

Merci beaucoup pour votre soutien.
Cela signifie énormément pour nous de voir des auditeurs de différents pays se connecter à notre musique.
On se voit à Paris le 18 avril !

 

À travers cet album, Lost In Hollywood semble avoir trouvé un équilibre encore plus affirmé entre brutalité sonore et sincérité émotionnelle. Les chansons ne racontent pas une histoire linéaire, mais elles dessinent ensemble un paysage d’émotions où se mêlent doute, perte, désir et espoir. Pour Amon Garrasi, transformer ces expériences personnelles en musique est aussi une forme de catharsis — une manière de donner du sens aux moments difficiles tout en créant un lien avec ceux qui les écoutent. Entre ambitions internationales, nouvelles inspirations et une première date attendue avec impatience à Paris, le groupe continue d’avancer sans perdre de vue l’essentiel : rester authentique et faire de la musique capable de toucher ceux qui s’y reconnaissent.