Royal Discordance, THE GLOOM IN THE CORNER
27 février 2026 0 Par Chacha
La dissonance comme couronne
Il y a des albums qui s’écoutent. D’autres qui se traversent. Royal Discordance appartient sans conteste à la seconde catégorie. Avec ce nouvel opus, The Gloom In The Corner ne se contente pas de livrer une collection de titres heavy : le groupe australien érige une œuvre dense, narrative, et émotionnellement abrasive, fidèle à sa réputation de conteur de tragédies modernes. Dès les premières secondes, le ton est donné : brutalité, tension dramatique et ambition conceptuelle règnent en maîtres.
Naissance d’un chaos royal
Royal Discordance s’inscrit dans la continuité de l’univers sombre et fragmenté que le groupe développe depuis plusieurs années. Conçu comme un chapitre supplémentaire de leur mythologie interne, l’album explore la chute des idéaux, la violence systémique et les conflits intérieurs, le tout à travers un prisme quasi cinématographique. Ici, la discorde n’est pas un accident : elle est reine.
Musicalement, le groupe affine encore sa formule metalcore moderne, mêlant riffs massifs accordés très bas, breakdowns écrasants et passages atmosphériques presque théâtraux. Les structures sont volontairement mouvantes, parfois chaotiques, mais toujours maîtrisées. Les alternances entre screams viscéraux, growls profonds et chants clairs habités servent un propos où la rage se heurte constamment à la vulnérabilité.
Violence sonore et récits fracturés
L’ouverture “The Problem with Apocalyptic Tyranny” pose les fondations de l’album : un déluge rythmique implacable, des guitares tranchantes et une batterie martiale, soutenant un texte dénonçant l’oppression et l’ivresse du pouvoir absolu. Le titre agit comme un manifeste, aussi brutal que lucide.
“You Didn’t Like Me Then (You Won’t Like Me Now)” joue sur une dynamique plus directe, presque vindicative. Les riffs syncopés et le refrain accrocheur traduisent une revanche personnelle, un rejet viscéral du regard des autres. À l’inverse, “Painkiller Soliloquy” s’enfonce dans l’introspection : les arrangements se font plus étouffants, laissant respirer une douleur intime, portée par une interprétation vocale particulièrement habitée.
Impossible de passer à côté de “Short Range Teleportation (A Guide to Guerrilla Warfare)”, véritable démonstration de force rythmique, où les changements de tempo incessants évoquent une guérilla sonore permanente. “Nope (Hollow Point Elysium)” et “Angel’s Wrath Whiskey” flirtent quant à eux avec des ambiances presque grotesques, mêlant ironie noire et violence désabusée.
L’ombre, la guerre… et l’amour
La seconde moitié de l’album accentue la dimension narrative. “Shadow Rhapsody II” et “Assassination Run” donnent l’impression de suivre une mission suicide, où la musique devient plus cinématique, presque orchestrale dans son intention. “Army of Darkness” enfonce le clou avec un metalcore martial, fédérateur, prêt à être hurlé en live.
Mais Royal Discordance sait aussi ralentir. “That’s Life (Carry Me Home)” introduit une respiration mélancolique, avant le diptyque final “Love I: A Quaver Through the Pale” et “Love II: A Walk Amongst the Poppy Fields”. Ces deux titres clôturent l’album sur une note inattendue : fragile, presque poétique. Les guitares se font plus aériennes, les arrangements plus épurés, laissant place à une réflexion sur l’amour comme dernier refuge au milieu du chaos.
Conclusion : une couronne forgée dans le fracas
Avec Royal Discordance, The Gloom In The Corner livre un album exigeant, intense et profondément immersif. À la fois violent et sensible, chaotique et réfléchi, il confirme la capacité du groupe à repousser les limites du metalcore narratif. Une œuvre qui ne cherche pas à plaire à tout prix, mais qui impose sa vision avec une sincérité brute. Et c’est précisément là que réside sa plus grande force.


