Interview avec Edge, chanteur du groupe HEADKEYZ

Interview avec Edge, chanteur du groupe HEADKEYZ

14 janvier 2026 0 Par Chacha

Né dans le silence forcé du confinement, HEADKEYZ n’est pas un simple groupe de metal de plus, mais un véritable projet artistique total. Porté par Edge, son chanteur et principal architecte créatif, le groupe explore les failles de l’Humanité, ses contradictions et son rapport au pouvoir, à l’enfermement et à l’effondrement. Entre metal massif, narration conceptuelle et esthétique cinématographique, HEADKEYZ construit une œuvre dense et immersive, pensée comme un double album aux multiples niveaux de lecture.
Dans cette interview, Edge revient sans filtre sur la genèse du groupe, la vision derrière The Cage & The Crown, l’importance de l’image, les prises de risques artistiques et cette obsession sincère de créer quelque chose de vrai, loin des formats jetables.

 

HEADKEYZ est né en 2021, en plein confinement. Qu’est-ce que cet isolement forcé a déclenché chez vous artistiquement ?

Cet isolement forcé a fait naître un constat : la planète s’en sortait bien mieux sans l’Homme. Plusieurs titres étaient déjà composés avant cette période, mais le confinement a permis de revoir et peaufiner la phase d’écriture, ainsi que l’esthétique globale du projet. C’est alors qu’est née l’envie de créer un double album concept sur l’effondrement et sur l’Humain de manière générale.

Est-ce que le groupe se serait formé de la même manière sans cette période si particulière ?

C’était une période très particulière. Le contact social était très limité, ce qui était un frein majeur à tout échange. Pour des musiciens, c’était une période très compliquée à vivre. L’idée a donc été de transformer cette énergie en un projet engagé et constructif : HEADKEYZ.

Montpellier n’est pas forcément la première ville à laquelle on pense pour le metal. Qu’est-ce que la scène locale vous a apporté ?

Le problème, c’est qu’à Montpellier même, très peu de salles jouent le jeu du local, surtout dans le rock/metal. Heureusement, nous avons eu le soutien de la SMAC Paloma de Nîmes, de l’Antirouille (release du 1er album), de la TAF et de nos copains de l’O’liver Pub. Mais globalement, nous tournons plus dans la région Bretagne que dans le sud. Côté médias, nous devons beaucoup à Emmanuel de Roquetaillade, anciennement chez France Bleu Hérault, qui nous a soutenus dès le premier single. Manu fait partie des personnes qui sont là depuis le début et qu’on n’oublie pas.

À quel moment avez-vous senti que HEADKEYZ n’était plus “juste un projet”, mais un vrai groupe avec une vision claire ?

Dès la sortie du premier single, « Killing God ». Nous sortions de nulle part et ce single a intégré une multitude de playlists éditoriales sur les plateformes, et a cumulé les coups de cœur des plus grands médias. À partir de là, on savait que l’on tenait quelque chose.

Votre nom, HEADKEYZ, évoque à la fois quelque chose de mental et de mécanique. Quelle est sa signification profonde pour vous ?

HEADKEYZ signifie « les clés de l’esprit ». C’est la contraction de « head » et « keys », mais avec un Z pour la petite touche nostalgique 90’s 🙂 L’idée, à travers ce nom, était d’illustrer un projet en constante évolution, où rien n’est figé. Un projet ouvert d’esprit, qui souhaite constamment repousser les limites et les expériences.

Est-ce que l’histoire globale de The Cage & The Crown était déjà définie dès le début ou s’est-elle construite morceau par morceau ?

À l’origine, chaque titre était une œuvre isolée. Puis, au moment de réunir toutes les maquettes, les idées en cours, les morceaux inachevés, l’idée est venue très rapidement. C’était une évidence. Chaque titre est très différent, mais correspond paradoxalement à une ambiance générale. Il y a une trame inexplicable et une cohérence dans l’incohérence.

Quelle émotion ou question humaine était le point de départ de ce nouvel opus ?

L’idée était d’aborder le sujet de l’Homme en tant que virus, en tant que parasite. Ce qui correspondait parfaitement à la période du confinement. Lorsque l’Homme n’était plus là, la nature reprenait très rapidement ses droits : la pollution chutait, la nuisance des avions dans le ciel cessait, et les animaux se sentaient exister.

Le titre The Cage & The Crown évoque une dualité très forte : l’enfermement et le pouvoir. Est-ce une lutte intérieure, sociétale, ou les deux ?

Les deux. L’humain est un animal étrange qui court constamment après quelque chose qu’il ne possède pas, après une certaine couronne (pouvoir, argent, image, etc.), et en fait sa propre cage. C’est un vaste sujet qui m’a beaucoup inspiré, du point de vue des textes mais également pour l’artwork. Au point d’en faire un double album.

Y a-t-il un morceau qui a redéfini l’album en cours de route ?

Les titres qui ont redéfini le double album sont les titres les plus introspectifs et les plus immersifs, comme The Crown, The Keys, ou encore The End, pour ne parler que du Chapter II.

Vos clips ressemblent à de véritables courts-métrages. Pourquoi cette approche très cinématographique ?

Je suis passionné de cinéma depuis toujours. La musique est étroitement liée à l’image et j’ai eu le désir profond de joindre les deux en un seul projet. Cette approche permet de créer un univers très immersif.

Est-ce que l’image vient nourrir la musique ou l’inverse ?

Les deux sont très complémentaires et à la fois opposés. Quand une musique va aborder un certain thème ou laisser entrevoir certains tableaux mentaux, l’image, elle, vient apporter une toute autre dimension à l’œuvre originale. L’inverse est également le cas, et c’est une approche très intéressante. Ce qui fait qu’il y a deux trames différentes dans ce double album, mais qui se rejoignent également en une œuvre complète.

Jusqu’où voulez-vous pousser cet univers visuel à l’avenir : saga complète, film, concept live ?

Disons que, si on s’autorise à rêver en grand, j’aimerais à terme en faire un long métrage ou une série, pour pouvoir pousser le scénario encore plus loin. Les clips sont des épisodes sans dialogues, avec un format assez restrictif (tempo, montage, durée, etc.). Ça serait intéressant de pousser le curseur beaucoup plus loin, quitte à même un jour faire une suite, ou un prequel à cette histoire.

Comment se répartissent les rôles en studio : chaos créatif ou organisation millimétrée ?

Nous avons une façon de travailler particulière car la composition et l’écriture sont créées par la même personne (moi). Ces idées, déjà très abouties même à l’état de maquettes, sont ensuite assimilées, digérées et validées (ou non) par tout le monde avant d’envisager une entrée en studio. Chacun vient donc apporter sa vision concernant les structures, les sons, les mises en place, etc. Il est important que chacun puisse s’approprier l’œuvre pour qu’elle sonne vraie. Le vrai rôle de chacun vient alors prendre une importance cruciale sur l’aspect live.

Est-ce que certaines influences ont changé entre le Chapter I et ce Chapter II ?

Pas vraiment. Les titres existaient déjà depuis le Chapter I ; l’évolution a surtout été d’ordre technique : l’approche du son et du mix. Il y a aussi eu une réécriture des textes et un gros travail sur l’homogénéité du projet.

Y a-t-il eu des prises de risque sonores sur cet album que vous n’auriez pas osé auparavant ?

Effectivement, certains titres comme « Rotten Party », qui intègre des couplets rap, « Revenge », qui débute avec une basse/voix très intimiste, ou encore la fin de « The Crown », qui a été entièrement réécrite, sont de grosses prises de risque. Chaque tentative de sortir du sentier bien balisé est un risque, mais c’est aussi très excitant.

Si vous deviez décrire le son de Chapter II à quelqu’un qui ne vous connaît pas, que diriez-vous ?

Je dirais que c’est un son massif, immersif et singulier. Cet album, tout comme le Chapter I mais dans un tout autre style, refuse de sonner comme tout ce qui sort actuellement. Il y a un désir de réalité et d’honnêteté qui est au centre du concept.

Comment transpose-t-on un album aussi narratif et visuel sur scène ?

Je pense qu’il ne faut pas chercher à tout prix à reproduire ce qui a été fait sur l’album en live. Le live est un moment de partage sincère et unique : il faut donc pouvoir proposer une certaine authenticité, quelque chose de différent. Dans notre cas, nos lives sont très lumineux, contrairement à l’album. On nous dit souvent qu’on est des gentils derrière notre image sombre et ténébreuse, et je trouve ça super, parce que c’est totalement vrai.

HEADKEYZ aujourd’hui, est-ce plus un exutoire, une mission ou une obsession ?

Très sincèrement, les trois ! Haha ! Un exutoire car, comme l’album en témoigne, le monde n’est pas toujours très fun ; une mission car évoluer et percer dans une industrie musicale 100% jetable et éphémère est un combat quotidien ; et une obsession car nous y croyons très fort et nous ne lâcherons rien.

Qu’aimeriez-vous que les gens ressentent en sortant d’un concert HEADKEYZ ?

La sensation d’avoir assisté à un moment sincère, d’avoir ressenti une multitude d’émotions, et surtout d’avoir la sensation que nous sommes également venu les voir, ce qui est totalement le cas. Nos concerts sont un moment fort d’échange, et c’est pour nous le plus beau des retours : faire vivre un moment unique.

Si HEADKEYZ était un film, quel serait son genre… et son interdiction d’âge ?

Elle est rigolote cette question. Je ne m’y attendais pas ! Haha ! Très certainement un film entre drame, horreur et SF, produit bien entendu par les studios A24 (si vous lisez cette interview : coucou). On pourrait partir sur une interdiction de -16 si on pousse le curseur de l’horrifique.

Si vous deviez échanger vos rôles dans le groupe pendant une journée, qui ferait quoi ?

Très bonne question ! Probablement Sylvain au chant, Sam à la guitare, Tim à la basse, Stella qui prendrait la guitare lead, et moi-même à la batterie.

Le morceau de metal (ou pas) que vous écoutez en secret et que personne n’imaginerait ?

Cette réponse risque de me suivre pendant des années mais, personnellement, mon titre “plaisir coupable” serait « A Thousand Miles » de Vanessa Carlton. On est bien loin du gros metal donc haha ! Mais je trouve ce titre super bien écrit musicalement. C’est vraiment un giga hit. Mais si on devait choisir un titre pour le groupe entier, je pense que ça serait probablement un truc bien débile comme « Barbichette Song » d’Afida Turner.

Une phrase pour convaincre quelqu’un qui “n’aime pas le metal” d’écouter HEADKEYZ ?

Tout à fait : « HEADKEYZ, ce n’est pas du metal, donc viens écouter ! ».
Je plaisante… Je dirais que HEADKEYZ peut vraiment parler à tout le monde, que l’on vienne du metal ou d’un tout autre style de musique. C’est un projet tellement vaste musicalement qu’il y en a vraiment pour tout le monde.

Je vous laisse le mot de la fin, si vous avez quelque chose à dire à vos auditeurs présents ou futurs, une blague ou autre… c’est le moment

Eh bien, tout d’abord, si vous avez pu lire cette interview jusqu’ici, c’est que vous êtes forcément quelqu’un de bien. Haha ! Donc on vous souhaite simplement d’être heureux·se et de continuer, tout comme nous, à croire en vos rêves. Ne lâchez rien.

 

Au fil des réponses, une chose devient évidente : HEADKEYZ est bien plus qu’un exutoire musical. C’est une vision, presque une nécessité, portée par une réflexion lucide sur l’Humain et son environnement, mais aussi par une volonté farouche de rester honnête et libre artistiquement. Entre ambition cinématographique, exigence sonore et rapport profondément humain au live, le projet ne cesse de repousser ses propres limites.
HEADKEYZ avance sans compromis, animé par la conviction que la musique peut encore raconter des histoires, provoquer des émotions et créer de véritables moments de partage. Une démarche rare, sincère, et résolument tournée vers l’avenir — quitte à déranger, bousculer ou surprendre. Et c’est précisément là que le projet prend toute sa force.