MEGADETH, album éponyme
23 janvier 2026 0 Par Chacha
Le dernier cri d’un groupe qui n’a jamais baissé les armes
Sortir un album éponyme après plus de quatre décennies de carrière n’a rien d’anodin. Pour Megadeth, ce Megadeth sonne comme une signature finale, un point d’exclamation posé au terme d’un parcours aussi tumultueux qu’influent. Annoncé comme l’ultime chapitre avant la révérence définitive du groupe, ce disque condense tout ce qui a fait l’ADN de la formation : colère lucide, virtuosité chirurgicale et regard désabusé sur un monde en chute libre. Loin de la nostalgie facile, Megadeth choisit la confrontation jusqu’au bout.
Retour aux sources, regard vers l’abîme
La genèse de Megadeth s’inscrit dans une volonté claire : finir sans compromis. Enregistré avec l’urgence d’un groupe conscient de livrer son dernier message, l’album retrouve une approche directe, presque abrasive, privilégiant l’impact et la tension plutôt que la démonstration gratuite. La production, massive mais sèche, laisse respirer les riffs et met en avant une section rythmique martiale, pilier de l’identité thrash du groupe.
Thématiquement, Megadeth dresse un constat sans appel. Guerre permanente (I Am War, Made To Kill), manipulation des masses (Puppet Parade, Obey The Call), perte de repères spirituels (Hey, God?!), lassitude existentielle (Another Bad Day, The Last Note) : l’album agit comme un miroir brutal tendu à l’humanité. Pas de morale facile ici, mais une colère froide, presque clinique, qui traverse chaque titre.
Des titres phares entre furie et mélancolie
Dès Tipping Point, Megadeth frappe fort. Riff tranchant, tempo tendu, refrain scandé : le morceau évoque un monde au bord de la rupture, prêt à basculer. I Don’t Care enchaîne sur un thrash plus frontal, porté par une attitude nihiliste assumée, tandis que Hey, God?! surprend par son mid-tempo pesant et ses paroles empreintes d’un désarroi presque intime.
Instrumental fulgurant, Let There Be Shred rappelle que la virtuosité reste une arme centrale chez Megadeth, sans jamais sombrer dans l’exercice stérile. Puppet Parade et Obey The Call brillent par leur efficacité rythmique et leurs riffs accrocheurs, dénonçant l’endoctrinement et l’obéissance aveugle avec une ironie mordante.
Moment fort de la seconde moitié, I Am War impose une atmosphère écrasante, quasi militaire, avant que The Last Note ne vienne clore l’album sur une tonalité plus sombre et résignée, laissant planer un sentiment de fin inévitable. En guise de bonus, la reprise de Ride The Lightning agit comme un clin d’œil chargé de symboles, revisité avec une maturité et une lourdeur qui en changent la perspective sans trahir l’esprit originel.
Avec Megadeth, le groupe signe un album d’adieu cohérent, sans fard et sans concession. Ni passéiste ni opportuniste, ce disque assume pleinement son rôle de conclusion, synthétisant des décennies de rage, de lucidité et de metal incisif. Megadeth quitte la scène comme il y est entré : en frappant fort, en disant ce qu’il a à dire, et en laissant derrière lui un héritage impossible à ignorer. Un dernier acte à la hauteur d’un nom devenu légende.


