Dagger Threat, BLEED//REBOOT

Dagger Threat, BLEED//REBOOT

23 janvier 2026 0 Par Chacha

 

Hardcore sous tension, lames à nu et rage contemporaine

Avec Dagger Threat, BLEED//REBOOT s’impose comme une entité incontournable du hardcore moderne, à la croisée d’une brutalité sans compromis et d’une réflexion sombre sur l’état du monde et de l’individu. L’album frappe fort, sans détour, et s’inscrit dans cette nouvelle vague de groupes qui conjuguent violence sonore, conscience sociale et collaborations ciblées. Ici, chaque titre est une entaille, chaque breakdown une prise de position.

 

Genèse d’un disque sous pression

Pensé comme une décharge frontale, Dagger Threat naît visiblement d’un besoin d’urgence et de confrontation. BLEED//REBOOT façonne un album dense, ramassé, où aucun morceau ne dépasse son rôle : frapper vite, frapper juste. La production met en valeur une écriture resserrée, alternant entre explosions hardcore pures et incursions plus lourdes, flirtant avec le beatdown et des textures industrielles oppressantes.

Le groupe ne cherche pas à séduire, mais à exposer. Dagger Threat se construit comme un bloc cohérent, une succession de tensions qui ne retombent jamais vraiment, même dans ses moments les plus “atmosphériques”. Une œuvre pensée pour la scène autant que pour l’écoute attentive, casque vissé sur les oreilles.

Aliénation, colère et désintégration

Thématiquement, l’album explore l’effritement : de l’humain, du lien social, de la santé mentale. Des titres comme “404”, “Neuro” ou “The Nothing” évoquent une perte de repères, une déconnexion totale — numérique, émotionnelle, existentielle. BLEED//REBOOT dresse le portrait d’un monde saturé, où l’individu devient une donnée corrompue, un corps vidé de sens.

Les paroles, directes et sans fioritures, renforcent cette impression d’étouffement permanent. “Tissue” et “Leech” abordent la notion de parasitisme — qu’il soit relationnel, social ou systémique — tandis que “Dissolve” agit comme une lente désagrégation finale, presque cathartique, après l’avalanche de violence contenue dans l’album.

Titres phares : l’impact avant tout

Dès “Becoming”, BLEED//REBOOT pose le décor : riffs massifs, rythmique écrasante, urgence palpable. “Leech”, avec la participation de Distant et Nasty, pousse le curseur encore plus loin, offrant un condensé de brutalité où chaque invité renforce l’aspect implacable du morceau, tant sur le plan musical que vocal.

Moment fédérateur, “Code Red” multiplie les collaborations (Blossom Decay, Dethroned, Peace Of Mind) pour un véritable chaos organisé. Le titre fonctionne comme un appel à l’émeute, pensé pour le live, où les voix s’entrechoquent sur une base rythmique implacable. Plus loin, “Mire Stomp” et “Shiver” jouent sur des dynamiques plus lourdes et rampantes, installant une menace constante avant l’abîme final de “The Nothing”.

 

Avec Dagger Threat, BLEED//REBOOT livre un album sans concession, à la fois brutal, lucide et profondément ancré dans son époque. Une œuvre qui ne cherche pas l’esbroufe mais l’impact, et qui confirme le groupe comme un acteur sérieux de la scène hardcore actuelle. Un disque qui saigne, qui cogne, et qui laisse des traces — longtemps après la dernière note.