Corporation P.O.P., HOT MILK
27 juin 2025 0 Par Chacha
Il y a des albums qui surgissent comme des coups de poing dans le ventre de leur époque. Avec Corporation P.O.P., Hot Milk ne se contente pas de livrer une nouvelle collection de morceaux : le duo mancunien signe un manifeste sonore, électrique et politique, qui capture l’urgence d’une génération en colère. Entre riffs incendiaires, nappes électroniques futuristes et refrains à hurler en chœur, Han Mee et Jim Shaw transforment la rage et la désillusion en un carburant créatif dévastateur. Plus qu’un disque, Corporation P.O.P. est une déflagration : celle d’un groupe qui refuse le confort et préfère la brûlure de la sincérité.
Une dystopie fluorescente au service de la révolte
L’identité visuelle de Corporation P.O.P. s’impose comme un manifeste en soi : un univers saturé de néons criards, de codes industriels et de graphismes rappelant à la fois la publicité de masse et l’esthétique cyberpunk. Le groupe détourne les couleurs flashy et les visuels corporate pour mieux en révéler la violence sous-jacente : derrière l’attrait pop et synthétique se cache une critique acerbe du capitalisme globalisé et de ses faux artifices de bonheur. Cette imagerie hybride – à mi-chemin entre une affiche de propagande et un panneau publicitaire futuriste – renforce le propos de l’album : dénoncer une société où l’image, comme la musique, peut être une arme aussi séduisante qu’explosive.
Corporation P.O.P. : un manifeste brûlant entre douleur collective et révolte intime
Avec Corporation P.O.P., Hot Milk signe un disque qui dégaine ses textes comme des tracts enragés. Han Mee et Jim Shaw s’attaquent aux fractures de la société moderne : désillusions politiques britanniques (Insubordinate Ingerland), critique du capitalisme et de ses excès (The American Machine), ou encore le poids invisible de la souffrance collective (Payment of Pain). L’album tisse ainsi un fil conducteur autour de la douleur partagée et du besoin de résistance, entre colère frontale et sarcasme lucide. Plus qu’une suite de morceaux, c’est un manifeste générationnel qui brandit l’art comme arme face aux dérives d’un monde saturé de contradictions.
Le processus d’écriture reflète cette urgence : conçu en à peine trois semaines, le disque est volontairement brut et spontané. Hot Milk a choisi d’enregistrer une partie des titres en live, sans artifices, pour préserver l’énergie électrique de leurs concerts. La production mélange guitares abrasives et textures électro futuristes, traduisant la volonté du groupe de brouiller les frontières entre punk, rock alternatif et expérimentation. Cette écriture instinctive, à la croisée de la rage et de la sincérité, fait de Corporation P.O.P. une œuvre viscérale, où chaque morceau est à la fois un exutoire personnel et un cri collectif.
Hot Milk électrise : les coups de poing de Corporation P.O.P.
Ce deuxième album frappe par son audace hybride : Hot Milk marie avec brio la rage punk, la lourdeur rock et des éclats électro futuristes, créant un son brut mais irrésistiblement accrocheur. Sa force réside autant dans son énergie live captée en studio que dans ses textes cinglants, où Han Mee dénonce les fissures sociales et politiques avec une lucidité mordante. Parmi les titres à ne pas manquer, « (How Do I) Make the Devil Fall Asleep » ouvre les hostilités avec puissance, « Insubordinate Ingerland » crie son sarcasme contre le nationalisme, tandis que « Swallow This » et « Warehouse Salvation » explorent des territoires plus sombres et électroniques. Enfin, « Sympathy Symphony » clôt l’album en apothéose, comme un cri libérateur. Un disque qui cogne fort, mais qui pense tout aussi fort.
Verdict
Corporation P.O.P. est bien plus qu’un album : c’est une rafale, un appel à se réveiller, à hurler, à repenser le monde. Sur ce terrain, Hot Milk rivalise avec American Idiot par son courage politique et sa densité musicale. Le groupe n’est pas seulement devenu une voix de sa génération — il est cette voix.
Que tu viennes pour les riffs, l’électro, les paroles engagées ou l’énergie brute — cet album t’attrape et ne te lâche pas.