I’ve Felt Better, DINOSAUR PILE-UP
22 août 2025
Après six années de silence discographique, Dinosaur Pile-Up revient avec un cinquième album au titre aussi ironique que révélateur : I’ve Felt Better. Derrière cette formule désinvolte se cache une traversée des enfers pour son frontman Matt Bigland, frappé par une maladie chronique qui a failli briser son élan. Loin de céder au pathos, le trio de Leeds transforme cette épreuve en un concentré de riffs abrasifs, de refrains accrocheurs et d’émotion brute. Plus qu’un simple retour, ce disque sonne comme une renaissance, entre rage cathartique et humour grinçant, où le grunge, le punk et l’alternatif s’entremêlent pour délivrer l’album le plus sincère et peut-être le plus fort de leur carrière.
Atmosphère visuelle et esthétique
L’esthétique de I’ve Felt Better traduit parfaitement cet esprit. La pochette et les visuels de l’album jouent sur des tons contrastés, à la fois lumineux et sombres, comme un va-et-vient permanent entre douleur et vitalité. L’imagerie est brute, directe, sans artifice — à l’image du titre, qui sonne comme une punchline ironique mais cache une lourde histoire.
On y retrouve un côté DIY grunge, fidèle à la tradition underground, mais aussi une dimension plus colorée et pop, qui rappelle que Dinosaur Pile-Up n’est pas un groupe qui se complaît dans la noirceur. Leur univers visuel, à mi-chemin entre ironie et sincérité, traduit cette capacité à transformer une expérience dure en énergie positive.
Genèse de l’album
La naissance de I’ve Felt Better est intimement liée à l’expérience personnelle de Matt Bigland. En 2021, le chanteur et guitariste est frappé par une crise de santé violente : douleurs abdominales, perte de poids drastique, hospitalisations à répétition. Diagnostiqué d’une colite ulcéreuse (après avoir cru à une maladie de Crohn), il traverse une période d’incertitude totale. Face à l’angoisse et à la fragilité de son corps, il adopte une réponse simple, presque ironique, à chaque question de son entourage : « I’ve felt better. » De cette formule banale est né le titre de l’album, devenu un mantra de résilience.
Après six ans d’absence et le succès de Celebrity Mansions, Dinosaur Pile-Up se retrouve donc contraint de prendre du recul. Cette épreuve agit comme un catalyseur créatif : Bigland écrit des morceaux dans lesquels se mêlent rage, autodérision et sincérité désarmante. L’album se construit comme un exutoire, une façon de crier, d’évacuer et de transformer la douleur en énergie.
Univers musical
Musicalement, I’ve Felt Better conserve l’ADN du groupe : un savant mélange de grunge abrasif, de punk-rock survitaminé et de pop alternative accrocheuse. On retrouve l’héritage des années 90 (Nirvana, Weezer, Foo Fighters) infusé d’une dynamique plus moderne et accessible. Les riffs sont lourds, parfois quasi métal, mais toujours rattrapés par un sens mélodique redoutable.
Les chansons alternent entre morceaux explosifs (’Bout To Lose It’, Sick Of Being Down) et passages plus introspectifs, parfois presque mélancoliques (Love’s The Worst, I Don’t Love Nothing And Nothing Loves Me). Cet équilibre donne au disque une palette émotionnelle variée, entre énergie libératrice et vulnérabilité assumée.
L’ensemble respire la spontanéité : 12 titres en une quarantaine de minutes, sans fioritures, presque comme un concert capté sur le vif.
Titres phares
Dès l’ouverture avec “’Bout To Lose It”, Dinosaur Pile-Up pose le ton : un riff massif, une batterie implacable et un refrain taillé pour le live, qui catapulte l’auditeur dans un chaos grunge jouissif. Le morceau éponyme, “I’ve Felt Better”, condense toute la sincérité de Matt Bigland, avec une écriture frontale qui fait résonner la douleur autant que la dérision. Plus mélodique et sombre, “Love’s The Worst” s’impose comme un hymne de rupture amer, porté par des guitares lourdes et une atmosphère quasi-nostalgique. Dans un registre plus frontal, “Sick Of Being Down” et “Big Dogs” incarnent l’énergie brute du trio, avec une rage communicative et des refrains qui restent en tête bien après l’écoute. Enfin, la clôture avec “I Don’t Love Nothing And Nothing Loves Me” surprend par sa dimension presque hypnotique : un mantra désabusé qui referme l’album sur une note à la fois sombre et libératrice.
En résumé
I’ve Felt Better est plus qu’un retour : c’est une transformation. Avec une plume mordante, des riffs puissants et une sincérité poignante, Dinosaur Pile-Up signe ce qui pourrait bien être leur meilleur album à ce jour. Loin de céder à la tristesse, le disque exulte de vie, d’ironie, de lucidité et d’un tourbillon de sentiments profonds. C’est un grand oui pour les fans de rock alternatif émouvant et explosif.