Addicted To The Violence, SCARS ON BROADWAY
18 juillet 2025 0 Par Chacha
Sorti le 18 juillet 2025 via le label Scarred for Life, cet album marque le retour de Scars on Broadway après une pause depuis Dictator en 2018.
Daron Malakian, auteur-compositeur et cerveau du projet, assume la majorité des rôles : composition, production, guitare, basse et chant. Il est épaulé par Roman Lomtadze à la batterie, Orbel Babayan à la guitare/basse sur quelques morceaux, et Matthew “Narducci” Silberman au saxophone.
L’album a été enregistré deux fois : Malakian a préféré repartir de zéro en conservant uniquement ses voix, illustrant sa rigueur artistique.
Aspects techniques et sonorité
Sur Addicted To The Violence, Daron Malakian poursuit son travail de funambule sonore entamé avec Dictator (2018), mais franchit un cap dans l’expérimentation. L’album a été enregistré deux fois : la première mouture jugée insatisfaisante par Malakian, il a tout réenregistré, ne gardant que ses voix. Cela se traduit par un disque extrêmement cohérent sur le plan sonore, malgré son éclectisme.
Synthétiseurs : utilisés comme colonne vertébrale, ils ne se contentent pas d’habiller les morceaux. La guitare suit souvent la ligne du synthé, donnant des textures hypnotiques et une dimension presque cinématographique.
Production : Malakian produit lui-même l’album, avec un mixage volontairement compressé et frontal. L’énergie est brute, parfois abrasive, mais équilibrée par des passages mélodiques et contemplatifs.
Palette sonore : du punk expéditif aux ballades folk teintées d’Arménie, en passant par des grooves ska, du psyché et des relents prog. On retrouve la marque de fabrique de Malakian : des riffs tranchants, des changements de rythme brusques et des refrains accrocheurs.
Rôle des musiciens
Daron Malakian (guitares, basse, chant, claviers, production)
Véritable maître d’œuvre, il compose, écrit et arrange tout. Ses riffs incisifs, sa voix nasillarde et expressive, et son sens des contrastes dominent. Il donne aussi à l’album une couleur hybride, entre furie et mélancolie.
Roman Lomtadze (batterie)
Son jeu est le moteur rythmique : carré et puissant, mais assez souple pour naviguer entre metal, punk et passages plus calmes. Il apporte une assise solide, surtout sur les titres rapides comme Killing Spree.
Orbel Babayan (guitare / basse additionnelle)
Son rôle est plus subtil mais essentiel : il renforce la densité des arrangements en doublant certaines guitares et apporte une touche plus organique à la basse.
Matthew “Narducci” Silberman (saxophone)
Instrument atypique dans ce contexte, son sax ajoute des touches dissonantes et expérimentales, enrichissant la texture sonore et accentuant le côté imprévisible de l’album.
On sent ici un travail collectif, même si la vision est clairement celle de Malakian. Chaque musicien colore sans dénaturer.
Thèmes abordés
Violence et désensibilisation :
L’album s’ouvre sur Killing Spree, qui aborde la banalisation des tueries et la jeunesse devenue spectatrice de la souffrance — parfois plus occupée à filmer qu’à agir.
Satire politique et sociale :
Satan Hussein : mélange de provocation religieuse, critique des médias et dénonciation des dérives du pouvoir.
Your Lives Burn : attaque frontale contre la manipulation politique et médiatique, où les citoyens deviennent victimes collatérales.
Destroy The Power : hymne contre l’oppression et les dérives autoritaires.
Introspection et dysphorie :
Certains titres plus calmes, comme The Shame Game ou You Destroy You, explorent la culpabilité, l’auto-sabotage et la honte.
Résignation et constat amer :
Le morceau final, Addicted To The Violence, agit comme une méditation : au lieu d’un appel à la révolte, Malakian dresse un constat presque fataliste de notre dépendance à la violence, qu’elle soit médiatique, sociale ou intime.
Aspect visuel de l’album
La pochette (sobre et frappante) s’aligne avec le propos :
Des tons sombres, dominés par le rouge et le noir, suggèrent à la fois le danger, la colère et le sang.
Le graphisme est minimaliste mais viscéral : il évoque l’addiction à un cycle violent, presque comme une marque au fer rouge.
L’imagerie visuelle joue sur l’idée de scarification et de cicatrice, rappelant le nom du groupe, et matérialise le concept de violence ancrée dans la chair et la mémoire collective.
Ce visuel direct et oppressant sert de miroir aux thèmes : pas de fioriture, un reflet cru de l’addiction sociétale à la violence.
En conclusion
Addicted To The Violence est bien plus qu’un album hard rock : c’est une déclaration abrasive, introspective, satirique et profondément humaine. Malakian combine rage et mélodie, satire et douleur personnelle, dans une œuvre aussi complexe que le monde qu’il décrit. Il refuse les cases, tout en délivrant un discours brutalement lucide sur notre époque et ses contradictions.
Un retour tonitruant, authentique et sans compromis — provocateur pour certains, salvateur pour d’autres, mais indéniablement captivant.