Interview avec Guilt Trip au Festival 666, 2025
27 août 2025 0 Par NinaParmi les groupes britanniques qui font vibrer la scène hardcore actuelle, Guilt Trip s’impose avec une intensité brute et sans artifice. Originaires du nord de l’Angleterre, leur son respire la rage, l’urgence, et une sincérité à fleur de peau. J’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec Jak (guitare) et Tom (batterie) quelques heures avant leur passage explosif au Festival 666. Une conversation pleine de rires, d’honnêteté, et de passion brute pour une scène qui les anime profondément.
Merci de m’accorder votre temps pour cette interview. Votre musique est un champ de bataille. Contre quoi vous battez-vous le plus ? Vos émotions personnelles ?
Jak : Contre quoi on se bat le plus ? La colère, je suppose. C’est une bonne question.
Tom : Ouais, clairement la colère.
Jak : Je pense que notre chanteur aurait la meilleure réponse, vu que c’est lui qui écrit les paroles.
Tom : Je dirais que la colère ressort beaucoup dans notre musique, surtout quand on écrit.
Jak : Ouais, je dirais que ça vient surtout de la colère. Je pourrais pas dire exactement pourquoi.
Tom : Dans tous les styles musicaux, on essaie de transmettre quelque chose, et souvent c’est de la colère. On évite de l’exprimer ailleurs, donc on la met dans la musique. C’est la meilleure manière de la libérer.
Jak : Et venant du nord du Royaume-Uni, d’un milieu plutôt ouvrier, je pense qu’il y a plus d’émotion dans notre musique, comparé à des groupes du sud. Jay aurait une meilleure réponse, désolé.
Tom : C’est une super question cela dit. On ne nous l’a jamais posée.
(rires) Peut-être que je devrais lui poser.
Tom : (rires) Oui, oui.
Imaginez que votre discographie est une trousse de survie. Quels morceaux sont essentiels ? Et lesquels sont des armes cachées que les gens sous-estiment ?
Jak : Tearing Your Life Away, pour moi.
Tom : Oui, définitivement Tearing Your Life Away sur le dernier album.
Jak : Je pense que ce morceau contient presque tous les éléments importants. Il est assez… complet.
Tom : C’est un des premiers qu’on a écrits pour l’album. On voulait y mettre tous les aspects du groupe. Chaque partie reflète un élément différent de notre musique. Je dirais que Tearing Your Life Away nous représente bien.
Jak : Il capture notre son à 100 %.
Et le morceau que les gens connaissent moins ? L’arme secrète sous-estimée ?
Jak : Je dirais Broken Wings sur le dernier disque. Sous-estimé.
Tom : Pour moi, The Gates.
Jak : Les gens la connaissent, non ?
Tom : Sûrement. Mais si je dois choisir entre Wings et Gates, je dirais The Gates.
Jak : Ouais, ces morceaux ont juste moins d’attention. Les premiers singles reçoivent toujours plus de reconnaissance, c’est naturel. Ça ne me dérange pas.
Si vous deviez échanger vos instruments pendant un concert, qui serait à l’aise, et qui coulerait ?
Jak : Je devrais chanter, parce que je sais pas jouer de la batterie.
Tom : Je pense que Sam et moi pourrions échanger. J’irais à la guitare, lui à la batterie. Lily pourrait prendre la guitare aussi, elle échangerait avec toi. Et Jay, qu’est-ce qu’il ferait ?
Jak : Je sais pas. Notre chanteur sait jouer d’aucun instrument.
Tom : Il prendrait la basse.
Jak : Il ferait semblant. Par contre, notre autre guitariste sait jouer de la batterie, donc il s’en chargerait. Et on se débarrasserait de Jay. Plus de chanteur. (rires)
Le hardcore est souvent décrit comme une musique agressive. Quel a été le moment le plus tendre pour vous en tant que groupe ?
Tom : Broken Wings, je dirais.
Jak : On en a eu quelques-uns.
Tom : Oui, pas mal même. Ces dernières années, à chaque album…
Jak : Tu veux dire dans la musique, ou dans la vie du groupe ?
Dans la musique.
Tom : Alors ouais, chaque album a une chanson plus douce.
Jak : On essaie toujours d’avoir une piste plus légère. Rain City en est un exemple. Sur le dernier album, il y a Dusk. Très soft, acoustique. On explore toujours un peu ces côtés-là.
Si votre prochain album venait avec un niveau d’alerte, ce serait lequel ?
Jak : (rires) Niveau d’alerte ? 10.
Tom : (rires) 11 sur 10.
Jak : On est en train d’écrire un nouveau disque, il est bien plus lourd que les précédents.
Tom : Ça rejoint la question de tout à l’heure sur la colère. C’est clairement notre son le plus agressif.
Jak : C’est aussi plus old school. Il n’y a plus beaucoup de groupes qui jouent du vrai metal. La scène metalcore actuelle est étrange. Tout est sur backing tracks, trop produit. On revient à quelque chose de plus cru, plus agressif. Je pense que ça plaira.
Tom : On fait avec ce qu’on a. Pas de trucs qu’on ne pourrait pas faire en live. Le plus lourd possible avec nos moyens. Sinon, ça ne sert à rien.
Jak : Donc oui, 10 sur 10 en agressivité.
Vos concerts sont chaotiques. Quel est le truc le plus fou que vous avez vu dans le public ?
Tom : (rires) Bonne question. On nous l’a posée récemment…
Jak : Des gens qui grimpent au plafond, dans certaines salles.
Tom : Des saltos depuis la scène. On a vu des plaies à la tête, assez violentes. Et plusieurs ambulances. À Windsor, au Canada, quelqu’un s’est fait assommer.
Jak : Presque tous les shows finissaient avec une ambulance. Parfois, des gens traversent la fosse sans savoir ce qu’ils font, et ça tourne mal.
Tom : Le truc le plus fou ? Probablement Jera On Air cette année. On a eu une invasion de scène. La guitare de Jak s’est débranchée, alors…
Jak : J’ai fini dans le pit.
Tom : Il a juste rejoint le public. On était tous perdus.
Jak : Ma guitare s’est arrêtée, donc j’ai plongé dans la fosse.
Tom : Ils ont failli demander au technicien de couper le son et d’arrêter le show.
Jak : Mais ça s’est bien fini. Personne n’a été blessé. Enfin, pas à ma connaissance.
Tom : Toujours en sécurité. Un show complètement dingue.
Jak : Si t’es conscient de ce qui se passe, tu risques rien. C’est quand les gens ne font pas attention qu’ils se blessent.
Tom : Pour les shows fous, celui-là est tout en haut. Jera On Air. C’était dingue.
Tout le monde a un fantasme de « break the band ». Le vôtre ? Collaboration rêvée ? Line-up absurde ? Cascade sur scène ?
Tom : Je me demande toujours ce que ça donnerait si Liam Gallagher chantait sur un de nos morceaux. Genre Oasis. Du grand n’importe quoi. Mais certains d’entre nous aiment la country aussi. Jay parlait de faire un feat avec Morgan Wallen ou un autre chanteur country.
Jak : Ouais, peut-être un chanteur country.
Tom : Ça pourrait marcher, vraiment. Faut rêver un peu. C’est difficile de choisir. Il faut que ce soit très différent.
Jak : Je dirais Chase & Status. Ce serait cool. Drum & Bass, mais avec des guitares metal. Ça pourrait fonctionner.
Si Guilt Trip avait sa propre boisson énergisante, comment elle s’appellerait ? Et quel serait son effet ?
Jak : (rires) Guilt Trick, ce serait bien. Ou un nom de chanson.
Tom : Burn ? Mais ça existe déjà. Parfait pourtant. Sweet Dreams : tellement d’énergie que tu t’endors après.
Jak : Après six heures, tu meurs. (rires)
Tom : Je reste sur ça. Ou Eyes Wide Shut. Même effet. Tu t’écroules.
Jak : Tu planes… puis tu meurs. (rires)
La scène hardcore est parfois très soudée. Quelle vérité à son sujet devrait être plus souvent abordée ?
Jak : Beaucoup parleraient du respect des femmes. Et je pense qu’on est sur la bonne voie. Ça s’améliore. On le voit avec Lily dans le groupe. Au début, c’était dur, on n’avait jamais eu de fille dans le groupe. Et on a remarqué que les gens nous traitaient différemment. Parfois bien, parfois mal.
Tom : C’est plus rare maintenant, mais ça arrive encore. On a eu des concerts où six personnes ont été carrément irrespectueuses ou malaisantes.
Jak : On le remarque beaucoup plus depuis que Lily est là.
Tom : Oui, dès qu’elle a rejoint le groupe, on a vu direct la différence.
Jak : Quand t’es juste spectateur, tu vois rien. Mais quand c’est ta pote et qu’elle t’en parle, tu ouvres les yeux. Parfois même les techniciens doutent qu’elle fasse partie du groupe. Ils posent des questions au lieu de lui donner son pass. Genre « T’es vraiment dans le groupe ? » – pourquoi pas ?
Tom : Exactement.
Jak : Tu crois pas que ça arrive, et pourtant si. C’est des petits trucs comme ça, mais c’est blessant. Tu te sens exclue. L’égalité entre hommes et femmes, c’est encore un vrai problème. C’est ce que je peux dire de plus important.
Si votre musique devenait une créature ou un monstre, à quoi ressemblerait-il ?
Jak : Ouh. Bonne question. J’aime bien les dinosaures (rires). C’est un peu cringe.
Tom : Difficile… Freddy Krueger peut-être ?
Jak : Freddy, ouais !
Tom : Je dirais… un monstre marin. Le kraken. Un énorme poulpe. Je suis terrifié par la mer. Tout ce qui est gigantesque sous l’eau me fout la trouille. Donc ouais, un kraken.
Et la suite pour Guilt Trip ?
Jak : On termine les festivals. Il en reste trois après celui-ci. Puis on part aux États-Unis dans cinq semaines.
Tom : Oui, cinq semaines. On écrit un nouvel album. On devrait aller en studio en décembre. Et on veut le sortir l’année prochaine, le plus vite possible.
Jak : Mais sans se précipiter. On veut prendre le temps.
Tom : On ne se pressera jamais. Mais on veut qu’il sorte, clairement.
Jak : On est prêts à sortir de la musique à nouveau. Donc festivals, puis l’Amérique, puis une tournée en tête d’affiche en Europe.
Tom : N’oublie pas ça, hein !
Jak : Puis enregistrement de l’album. Et retour sur la route l’année prochaine. On ne peut pas tout annoncer encore, mais on repartira en tournée. C’est chargé.
Tom : À plein temps, maintenant.
Jak : Ouais, à fond.
Un dernier mot pour vos fans ?
Tom : Merci de toujours nous soutenir.
Jak : On aime la France. Surtout le sud.
Tom : Oui, on adore la France.
Jak : Les gens nous traitent super bien.
Tom : Vous avez été une énorme partie de notre parcours ces dernières années.
Jak : On grandit ici maintenant. Au début, c’était vraiment dur de se faire connaître en France quand t’es pas français. Comme au Royaume-Uni. Mais maintenant, on sent que les Français sont derrière nous. Merci à la France.
Tom : On a les meilleurs accueils en festivals ici. Tous les concerts sont incroyables. Sur notre tournée en tête d’affiche l’année dernière, certains shows étaient presque complets et on ne le savait même pas. On arrive et c’est genre : « Oh putain, c’est complet. »
Jak : Donc merci à Landmvrks, Saucer, et les groupes français.
Merci encore à vous !
Jak, Tom : Merci beaucoup. C’était cool. À bientôt. Bon festival. À la prochaine !
Conclusion :
Avec une sincérité désarmante et une énergie à l’état brut, Guilt Trip confirme que le hardcore n’est pas juste une musique de rage : c’est un exutoire, un manifeste, un cri du cœur. Leur futur s’annonce intense, et la France n’a pas fini de les accueillir à bras ouverts.