Interview avec Óskar Logi Águstsson, chanteur / guitariste du groupe THE VINTAGE CARAVAN
16 octobre 2026 0 Par ChachaAprès près de vingt ans d’existence et plus de douze années passées à enchaîner les tournées, THE VINTAGE CARAVAN s’apprête à lever le pied. Sorti en septembre 2025, Portals témoigne une nouvelle fois de la capacité du trio islandais à faire dialoguer ses influences rock des années 60 et 70 avec une énergie plus musclée, héritée du metal. Mais derrière les riffs et les longues escapades sur les routes se cachent aussi des années intenses, des sacrifices et le besoin de retrouver un équilibre.
Avant de retrouver ses fans européens en novembre, le groupe a annoncé que cette tournée pourrait être la dernière d’une telle ampleur avant un moment. Nous avons échangé avec Óskar Logi Águstsson, chanteur et guitariste, pour revenir sur Portals, évoquer les coulisses d’une collaboration prestigieuse avec Mikael Åkerfeldt (OPETH), parler de santé mentale et découvrir ce que réserve ce nouveau chapitre. Entre confidences sincères, souvenirs de tournée et humour délicieusement décalé, Óskar nous rappelle que parfois, savoir ralentir est aussi une manière d’avancer.
Portals est sorti en septembre 2025 et semble marquer une nouvelle étape dans l’évolution de THE VINTAGE CARAVAN, tant sur le plan musical qu’émotionnel. Près d’un an après sa sortie, portes-tu un regard différent sur cet album ? Certaines chansons ont-elles pris un nouveau sens depuis que vous les jouez sur scène ?
Óskar : C’est dingue de se dire qu’un an est déjà passé ! Nous avons pris énormément de plaisir à réaliser cet album, et je pense que ça s’entend.
Nos textes sont devenus de plus en plus personnels au fil des années. Avec le recul, cet album ressemble donc davantage à un journal intime couvrant la période 2021-2024. J’en suis toujours très fier et je pense même que c’est notre meilleur à ce jour.
La participation de Mikael Åkerfeldt sur « Philosopher » a dû être particulièrement excitante. Au-delà de votre proximité musicale évidente, qu’a apporté sa voix au morceau que tu n’aurais pas pu obtenir seul ? Travailler avec un artiste à l’univers aussi singulier t’a-t-il amené à remettre en question certaines de tes idées initiales ?
Óskar : Je n’arrive toujours pas à croire que ça se soit produit, haha ! Nous sommes devenus de bons amis après avoir partagé trois tournées, et je suis vraiment heureux qu’il ait accepté.
La chanson était déjà écrite et j’avais même enregistré une prise de voix qui devait figurer sur l’album. Puis, après une tournée, il a trouvé un créneau pour enregistrer, même si son emploi du temps empiétait un peu sur notre date limite. Ça s’est décidé à la dernière minute, mais tout s’est bien passé !
Il a apporté quelques petites touches supplémentaires à la mélodie à certains endroits, et nous avons adoré la manière dont sa voix se déforme et se brise sur la dernière ligne de chaque couplet.
Mais non, nous n’avons pas vraiment douté de notre morceau. Nous savions que c’était une bonne chanson et, heureusement, Mikael était du même avis !
Vous avez récemment annoncé que cette prochaine tournée européenne pourrait être votre dernière tournée d’envergure avant un moment. Vous avez également expliqué avoir parfois repoussé vos limites. Y a-t-il eu un événement précis qui vous a fait comprendre que quelque chose devait changer, ou cette décision est-elle le résultat de petites choses qui se sont accumulées au fil des années ?
Óskar : Je pense que c’est plutôt la deuxième option. Après plus de douze ans à enchaîner les tournées à un rythme effréné, tout cela a fini par laisser des traces.
Nous adorons jouer ensemble, mais c’est énormément de travail et ça peut être vraiment épuisant. En 2023, nous avons senti que quelque chose changeait. Je suis tombé malade pendant plus de quatre mois. À force de tourner constamment et de manquer de sommeil, ma vision est devenue trouble. J’ai également dû suivre plusieurs séances d’inhalation de corticoïdes pour récupérer ma voix, après avoir continué à chanter alors que j’étais malade.
J’étais vraiment proche de l’épuisement. Alex a lui aussi fini par faire un burn-out peu de temps après, et nous avons dû demander à notre ami Matti de nous remplacer sur quelques tournées en 2024.
Je pense donc qu’il est important de prendre du recul par rapport aux tournées, de nous concentrer sur notre santé mentale, sur l’écriture et peut-être sur l’enregistrement de quelque chose de différent, en expérimentant davantage.
Vous existez depuis près de vingt ans, et les tournées ont toujours occupé une place essentielle dans votre identité. Comment trouves-tu l’équilibre entre l’envie de continuer à progresser en tant que musiciens et la nécessité de préserver votre santé mentale, votre amitié et vos vies en dehors du groupe ? Cette décision a-t-elle changé ta définition de la réussite ?
Óskar : C’est un sacré changement, c’est certain. Je suis devenu père en 2024, et cela a modifié ma façon de voir les tournées.
Je pense que cette pause nous aidera à évoluer musicalement. Et puis, je veux tout simplement être présent dans la vie de mon fils.
Pour moi, réussir, c’est prendre du plaisir à faire ce qu’on aime, être un bon père et un bon ami.
L’Islande compte relativement peu d’habitants, et pourtant, elle a vu émerger des artistes incroyablement singuliers dans des genres très variés. En grandissant et en développant votre groupe dans cet environnement particulier, comment l’Islande a-t-elle influencé votre son, votre approche créative et votre rapport à l’industrie musicale ? Penses-tu que THE VINTAGE CARAVAN sonnerait différemment si vous aviez grandi ailleurs ?
Óskar : En Islande, il est très difficile de gagner sa vie en jouant dans un groupe qui compose sa propre musique. Du coup, les gens ne cherchent pas vraiment à suivre les tendances musicales pour gagner de l’argent, parce qu’il n’y en a pas beaucoup à se faire ! Chacun suit donc sa propre voie et crée la musique qu’il a envie d’entendre. C’est souvent ce qui donne des choses très originales.
Nous étions un groupe assez atypique sur la scène islandaise, parce qu’il n’y avait personne qui faisait vraiment la même chose que nous. Nos influences venaient des années 60 et 70, mais nous étions aussi fans de metal, ce qui nous a permis de développer notre propre identité.
Je pense que, dans un univers parallèle, la version californienne de THE VINTAGE CARAVAN serait complètement différente. Ici, quand il fait aussi mauvais, on reste à l’intérieur pour répéter. C’est pour ça qu’il y a autant de bons musiciens en Islande !
Après toutes ces années sur les routes, vous avez certainement vécu des moments inoubliables, mais aussi des situations que vous préféreriez effacer de votre mémoire. Quelle expérience de tournée a profondément changé ta vision du métier de musicien ? Et y a-t-il un moment où tu t’es dit à quel point cette vie pouvait être étrange ou irréelle ?
Óskar : Haha ! C’est certain ! Il y a énormément de choses qui me viennent à l’esprit…
Je me souviens notamment d’un moment qui m’a marqué. Keith, du groupe ORCHID, m’a croisé après un concert à Berlin. J’avais l’impression d’avoir fait un mauvais show et j’étais complètement abattu, de mauvaise humeur — je suis très exigeant envers moi-même.
Il est simplement venu me voir et m’a dit quelque chose comme : « Hé, mec, tu viens d’Islande, tu tournes partout en Europe… Tu te rends compte de la chance que tu as ? Tire des leçons de tes erreurs et passe à autre chose. Allez, profitons de cette soirée ! »
Quelque chose a changé en moi à partir de ce moment-là. C’était un message tout simple, mais il m’est resté en tête. Maintenant, je prends environ trois minutes après chaque concert pour repenser à ce qui s’est passé, comprendre ce que j’ai mal fait et essayer de faire mieux la prochaine fois.
Pour ce qui est des moments surréalistes, je me souviens de notre toute première tournée en Amérique du Sud. Il y avait des gens qui nous attendaient dans le hall de l’hôtel, et même à l’aéroport ! Cela s’est produit plusieurs fois et ça m’a complètement bluffé.
Mais j’ai toujours été très sensible à l’amour que nous recevons du public. Voir les gens chanter nos paroles et nous expliquer que notre musique les a aidés à traverser des périodes difficiles, ça compte énormément pour moi.
Tu présentes cette prochaine tournée comme une occasion de retrouver vos amis à travers l’Europe, ce qui lui donne une dimension différente d’une simple succession de concerts. Le fait de savoir que vous allez ensuite vous éloigner des tournées d’envergure change-t-il ta manière d’aborder ces dates ? Y a-t-il quelque chose que tu aimerais particulièrement partager avec vos fans avant cette pause ?
Óskar : Je pense que je vais simplement profiter du voyage autant que possible, savourer chaque instant et donner tout ce que j’ai.
Nous voulions aussi prévenir les gens que ce serait la dernière occasion de nous voir pendant un moment — même si je ne sais pas encore combien de temps cela durera.
J’ai simplement envie de répandre un peu d’amour, de remercier tout le monde pour ces belles années, de célébrer le moment présent et de regarder vers l’avenir.
Prendre ses distances avec les tournées ne signifie pas forcément s’éloigner de la musique. Avez-vous déjà une idée de ce à quoi pourrait ressembler ce nouveau chapitre ? Cela vous laisserait-il davantage de temps pour expérimenter en studio, explorer des directions musicales que vous n’avez jamais pu approfondir ou simplement retrouver le plaisir de créer sans penser à la prochaine tournée ?
Óskar : Oui, tout ça à la fois ! Nous avons parlé de réaliser des EP autour de thèmes différents. Nous verrons bien ce que ça donnera.
Nous continuerons à jouer de temps en temps en Islande. Ces cinq dernières années, nous avons pris pas mal d’ampleur chez nous, notamment en jouant avec des légendes de la scène musicale islandaise lors de grands événements. Nous avons même donné quelques concerts de reprises, avec du LED ZEPPELIN et du DEEP PURPLE, et ça a rencontré un énorme succès ici. Je pense donc que nous continuerons à faire ça de temps en temps.
De mon côté, j’aimerais aussi réaliser plusieurs albums en solo : un album personnel, peut-être un album de rock progressif et un autre avec mon groupe de blues. On verra ce qui se passe !
Imaginons que THE VINTAGE CARAVAN n’ait jamais existé. Vingt ans plus tard, où en seraient chacun d’entre vous et quel métier complètement différent exerceriez-vous probablement ? Et surtout, lequel serait le premier à se faire virer de son poste ?
Óskar : Je pense que Stefán serait président de l’Islande. Il passerait son temps à faire des signes de la main aux gens en profitant d’une vie pleine de caviar !
Alexander serait sans-abri après avoir échoué dans sa campagne présidentielle.
Et moi, je serais le premier assassin de président islandais !
Je pense que je perdrais mon titre professionnel parce que je raterais ma mission, distrait par les gestes de la main magiques du président Stefán.
Vous avez passé des années à voyager, à rencontrer des gens et à tisser des liens grâce à votre musique. Si tu pouvais réunir autour d’une table les fans qui vous suivent depuis vos débuts et ceux qui vous ont découverts plus récemment grâce à Portals, que voudrais-tu qu’ils comprennent de votre décision ? Et si tu devais leur laisser une seule chanson de toute votre discographie pour résumer l’esprit de THE VINTAGE CARAVAN, laquelle choisirais-tu et pourquoi ?
Óskar : Je les ferais asseoir et je leur dirais : « Ce n’est pas votre faute. Maman Caravan et papa Caravan s’aiment très fort, mais ils ne vont pas… » Non, d’accord, pardon ! (rires)
Je voudrais simplement que tout le monde sache à quel point nous avons aimé jouer pour vous, ressentir le soutien de nos incroyables fans et partager tous ces moments. Il faut aussi comprendre que le voyage n’est pas terminé : nous avons simplement besoin de respirer et de retrouver le plaisir de tourner.
Ouf, c’est une question difficile ! Je dirais « On the Run », qui résume plutôt bien tout ça. Nous l’avons écrite alors que nous n’avions que trois ans de tournées derrière nous, mais nous avions déjà donné environ 250 concerts pendant cette période !
« This Road », sur notre dernier album, donne également un bon aperçu de ce que nous avons vécu, je pense.
Nous te laissons le mot de la fin pour les fans francophones !
Óskar : Il existe peu d’endroits dans le monde où le public est aussi explosif pendant les concerts. Nous adorons jouer en France ! Je suis tombé amoureux de Toulouse lors de la tournée avec MONUMENTS.
Vous êtes les meilleurs ! Merci d’écouter notre musique et, s’il vous plaît, venez nous voir une dernière fois en novembre et retrouvez vos copains de THE VINTAGE CARAVAN !
ON VOUS AIME.
Avec cette interview, Óskar Logi Águstsson dévoile une facette plus intime de THE VINTAGE CARAVAN. Derrière les kilomètres avalés, les centaines de concerts et les rencontres qui ont jalonné leur parcours, il y a aussi la fatigue, les moments de doute et le besoin de préserver l’essentiel. Devenir père a changé ses priorités, sans pour autant éteindre sa passion pour la musique. Au contraire, cette pause pourrait bien ouvrir la voie à de nouvelles expérimentations, à des projets personnels et à une liberté créative retrouvée.
Alors, pas question de parler d’adieux : le groupe compte continuer à jouer en Islande et n’exclut pas de revenir sur les routes lorsque l’envie sera de nouveau au rendez-vous. En attendant, les fans français auront l’occasion de célébrer cette belle aventure en novembre. Et si le voyage marque une halte, la caravane, elle, n’a visiblement pas dit son dernier mot.


