Interview avec David Riederer, guitariste et compositeur du groupe PLUME

Interview avec David Riederer, guitariste et compositeur du groupe PLUME

24 septembre 2026 0 Par Chacha

Avec Saferooms & Healing Frequencies, PLUME nous ouvre les portes d’un univers où metal, pop, électronique et hyperpop se rencontrent sans jamais vraiment chercher à rentrer dans une case. Un album aussi sombre que lumineux, profondément personnel, qui transforme les émotions et le chaos intérieur en matière musicale. Nous avons échangé avec David Riederer, guitariste et compositeur du groupe, sur la création de cet album, son univers visuel et les émotions qui se cachent derrière les morceaux.

 

Salut les gars, et merci de prendre le temps de répondre à nos questions 🙂
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PLUME semble avoir été construit autour d’un univers aussi visuel que musical. L’identité visuelle du groupe est-elle apparue en même temps que les morceaux, ou avez-vous d’abord créé la musique avant de réfléchir à l’apparence de cet univers ?
Je dirais que les deux se sont construits en même temps. Les aspects visuel et musical se sont mutuellement influencés, et finissent donc par former un seul et même concept global.

Votre musique peut passer d’une texture presque fragile à quelque chose d’absolument massif en quelques secondes. Lorsque vous composez, qu’est-ce qui compte le plus pour vous : créer une mélodie qui reste en tête ou provoquer une réaction physique chez l’auditeur ?
Je pense qu’une mélodie qui reste en tête peut susciter une émotion, et qu’elle n’y parvient vraiment que lorsqu’elle s’imprime en nous. Quand tu te surprends à fredonner une mélodie sans même y penser, cela me montre déjà qu’elle possède quelque chose et qu’elle produit un certain effet. Avant d’écrire les paroles, j’ai d’abord la mélodie. Elle me donne une certaine ambiance et, à partir de cette sensation, je sais quel genre de paroles j’ai envie d’écrire et comment elles pourraient créer un lien émotionnel avec quelqu’un, par exemple.

Vous utilisez beaucoup de couches électroniques, de synthés et de textures qui penchent parfois franchement vers la pop. Vous est-il déjà arrivé d’enregistrer quelque chose en vous disant : « OK, c’est peut-être trop bizarre pour un groupe de metal »… avant de décider que c’était justement pour cette raison qu’il fallait le garder ?
Absolument pas. Je ne décrirais d’ailleurs pas forcément notre musique comme du metal. Je ne me fixe pas vraiment de limites lorsque je crée de la musique. J’adore puiser mon inspiration dans toutes sortes de genres différents. Il y a tellement de musique géniale dans le monde, alors pourquoi se limiter ? Pour moi, tout est une question de laisser les choses couler naturellement. Et si quelque chose fonctionne, alors ça fonctionne.

À l’inverse, y a-t-il déjà eu une partie particulièrement brutale ou lourde d’un morceau que vous avez dû défendre parce qu’elle risquait de déséquilibrer votre côté plus pop et électronique ?
Pas vraiment. Comme je le disais, le plus important pour nous, c’est le feeling et l’équilibre qui en découle. Il faut toujours que l’ensemble soit équilibré. Si cela nous paraît naturel, alors tout se met en place.

Avec Saferooms & Healing Frequencies, vous avez choisi un titre qui évoque à la fois un endroit où l’on peut se protéger et quelque chose qui pourrait nous aider à guérir. Est-ce que créer cet album a réellement été une sorte de « safe room » pour vous ?
Oui, absolument. Lorsque Luka et moi avons écrit l’album, notre local de répétition ainsi que la musique elle-même sont devenus notre safe room. Un endroit où nous pouvions nous sentir protégés de tout le chaos personnel qui nous entourait. J’espère que l’album pourra également devenir une safe room pour d’autres personnes. D’une certaine manière, en créant notre propre refuge, nous en avons aussi créé un pour les autres.

Vos morceaux parlent beaucoup de vulnérabilité, d’anxiété, d’image de soi et de cette impression de devoir maintenir une façade alors que tout s’effondre intérieurement. Est-il plus facile pour vous d’aborder certaines choses à travers un personnage, une image ou une métaphore plutôt que de les affronter directement ?
Complètement. Le fait d’intégrer toutes ces choses dans une histoire, une métaphore ou un personnage fait partie de la manière dont je les assimile. En plus du fait que j’aime vraiment ça et que cela me permet de me mettre dans la peau d’un scénariste ou d’un réalisateur, cette façon d’écrire a également un effet assez thérapeutique sur moi.

Quel a été le plus gros « heureux accident » pendant la création de l’album ? Une erreur de programmation, une prise de voix, un son étrange ou une idée qui n’était censée être que temporaire mais qui est finalement devenue essentielle ?
« Furious Icon » possède cette boucle continue de bruit de moteur, découpée selon un motif bien précis. Elle est en réalité née parce que le microphone que nous utilisions à l’époque pour enregistrer la moto de Luka coupait exactement à ces endroits à cause de l’écrêtage du signal. Nous avons vraiment aimé le rythme et trouvé le résultat extrêmement accrocheur, alors nous avons décidé de le conserver tel quel.

Avec une production aussi travaillée, comment savez-vous réellement qu’un morceau est terminé ? Êtes-vous capables de lâcher prise, ou êtes-vous plutôt du genre à pouvoir passer trois heures à déplacer un son de quelques centimètres dans le mix ?
Nous composons généralement de manière assez directe, du début à la fin, en travaillant sur le morceau partie par partie. Une fois arrivés au bout et lorsque tout nous semble cohérent, le morceau est plus ou moins terminé pour nous. Bien sûr, certains éléments peuvent encore être modifiés par la suite, mais dans l’ensemble, c’est surtout la structure principale qui compte pour nous.

Vous avez déjà présenté plusieurs morceaux de l’album avant sa sortie. Le fait de les jouer sur scène et de les voir prendre vie avant la sortie du disque a-t-il changé votre perception de l’album dans son ensemble ?
Pour nous, cela ne change pas vraiment les choses. Bien sûr, nous connaissons déjà l’album dans son ensemble. Cela dit, c’est vraiment génial de voir que les gens accrochent déjà autant aux singles sans encore connaître l’œuvre complète. Cela nous rend encore plus impatients de pouvoir enfin leur faire découvrir l’ensemble.

Vous avez joué dans plusieurs festivals en Allemagne cette année. Le passage du studio à la scène vous a-t-il obligés à repenser certains morceaux ? Il doit bien y avoir des choses qui fonctionnent parfaitement avec quarante couches de production mais beaucoup moins bien avec quatre personnes sur scène !
Non, absolument pas. Techniquement, l’exécution ne pose aucun problème. Chaque morceau est comme une sorte d’entrée de journal intime correspondant à un moment précis de la vie et à une émotion particulière. En studio, cette émotion est capturée et sert ensuite de sorte de formule pour la recréer et la transmettre au public en live.

Votre musique possède un côté très cinématographique et tout votre univers semble conçu pour être autant vécu qu’écouté. Si vous deviez transformer Saferooms & Healing Frequencies en film, quel genre de film serait-ce : thriller psychologique, science-fiction, drame, horreur… ou quelque chose d’encore plus étrange ?
Je dirais que ce serait un film d’auteur réalisé par David Lynch. Ce serait une sorte de film d’horreur, mais pas vraiment non plus. Pour l’ambiance, ce serait quelque part entre Twin Peaks, Silent Hill et Orange mécanique.

Il y a probablement un morceau qui représente le mieux le PLUME que vous êtes aujourd’hui. Mais quel morceau représente le mieux le PLUME que vous aimeriez devenir dans quelques années ?
Waouh, c’est vraiment une super question. Pourtant, je dirais : aucun. Chaque morceau est une photographie d’un moment précis et ne reflète que cette période particulière. Ce que l’avenir nous réserve reste à voir… ou peut-être que tout est déjà écrit.

Après avoir passé autant de temps ensemble à écrire, enregistrer et jouer des concerts, avez-vous découvert des habitudes particulièrement étranges chez vos camarades de groupe, dont vous n’aviez absolument aucune idée avant de former le groupe ?
Il n’y a pas vraiment eu de mauvaise surprise jusqu’à présent, rien qui m’ait pris au dépourvu. Je trouve même assez chouette que les différences entre nos personnalités créent une certaine harmonie entre nous. (Du moins jusqu’à ce que quelqu’un verse de l’eau sur la tête de notre claviériste. Il n’aime vraiment pas ça.)

Si vous deviez enfermer les quatre membres de PLUME dans une véritable safe room pendant 48 heures, avec seulement trois objets autorisés, qu’est-ce que chacun emporterait ? Et qui serait le premier à complètement perdre la tête ?
Je pense que le plus important serait d’avoir des snacks. Nous sommes tous très gourmands et notre addiction au sucre deviendrait très rapidement évidente. Et si vous mangez autant de sucreries, il faut évidemment faire passer tout ça avec de l’eau. Comme nous accordons également beaucoup d’importance aux bonnes odeurs, il nous faudrait absolument du parfum ou un désodorisant pour nous assurer que l’atmosphère de la pièce ne se dégrade pas.

Dernière question : PLUME doit soudainement abandonner le metal et devenir un groupe de hyperpop ridiculement commercial. Qui deviendrait la pop star du groupe, qui refuserait catégoriquement de danser dans un clip et qui finirait, on ne sait trop comment, avec le plus gros ego ?
Certaines personnes nous décriraient probablement déjà comme un groupe de hyperpop commercial, et cela ne nous dérangerait absolument pas. En ce qui concerne l’univers visuel dans son ensemble, tout le monde doit danser. Point final. 😉

Et pour finir, avez-vous quelques mots pour vos auditeurs francophones ?
Nous avons fait du français pendant plusieurs années à l’école, alors on va essayer : « Si un jour on joue un concert à Paris, il faudra absolument que quelqu’un parmi vous nous fasse visiter les catacombes. » Peut-être qu’il y a un cataphile parmi nos fans 😛
À part ça, merci d’écouter notre musique en France.

 

À travers cet échange, David Riederer nous dévoile un PLUME libre de toute frontière musicale, mais surtout profondément attaché aux émotions. Saferooms & Healing Frequencies apparaît finalement comme ce qu’il devait être : un refuge créé par le groupe, avec l’espoir qu’il puisse aussi devenir celui de ceux qui l’écoutent. Et pour le reste… il faudra peut-être simplement commencer à préparer la visite des catacombes parisiennes !