Live report, Festival 666 2026

Live report, Festival 666 2026

22 août 2026 0 Par Chacha

 

Il y a des festivals où l’on vient voir quelques groupes, et puis il y a le 666 Festival, où l’on finit rapidement par courir entre les scènes, appareil photo en main, les oreilles en alerte et les chaussures couvertes de poussière ! Pour cette édition 2026, Cercoux a une nouvelle fois accueilli une programmation aussi variée qu’alléchante, capable de passer du heavy au metalcore, du hardcore au blackgaze, du rock psychédélique au deathcore, sans oublier quelques ovnis musicaux totalement inclassables.

Pendant trois jours, nous avons donc enchaîné concerts, découvertes, coups de cœur, circle pits, interviews et litres de sueur, le tout sous un soleil de plomb… jusqu’à ce qu’une belle tempête vienne pimenter la soirée du samedi !

Mais le 666, c’est aussi une ambiance conviviale, un public respectueux, des rencontres et surtout une équipe qui fait vivre le festival avec passion. Alors, avant de tenter d’extraire les derniers kilos de poussière de nos affaires, retour sur trois jours de metal, de partage et de belles claques musicales !

 

JOUR 1

Pour cette première journée du 666 Festival, le programme s’annonce particulièrement copieux : du heavy metal au deathcore, en passant par le metalcore, le grunge ou encore quelques joyeusetés beaucoup plus… difficilement classables. Et autant dire que le vendredi ne va pas faire dans la demi-mesure. Dix groupes au compteur, une chaleur qui commence sérieusement à se faire sentir et une audience qui va progressivement monter en puissance : le week-end est officiellement lancé !

On commence avec Darken, formation mayennaise née dans les années 80, séparée puis reformée en 2020. Arrivée malheureusement trop tard pour immortaliser leur prestation en photos, je n’en aurai vu qu’une moitié, mais suffisamment pour constater que ces précurseurs du heavy metal en France ont encore de belles choses à raconter. Ouvrir un festival de cette ampleur n’est jamais une mince affaire, et le groupe relève le défi avec les honneurs.

La température monte d’un cran avec les Espagnols de The Broken Horizon, qui viennent injecter leur metalcore teinté de deathcore dans une fosse qui commence sérieusement à s’échauffer. Quelques soucis techniques viennent perturber le début du set, mais ceux-ci sont rapidement réglés et le groupe peut enfin déployer toute son efficacité. Une belle découverte qui annonce clairement la couleur pour la suite.

Puis arrivent les Belges d’Ice Sealed Eyes, venus de Bruxelles. Et là, grosse surprise ! Les musiciens affichent une banane communicative malgré une chaleur à laquelle ils ne sont visiblement pas franchement habitués, tout en livrant une prestation techniquement impeccable. Leur metalcore fait mouche et leur message de paix, avec une bonne dose d’antifascisme comme on aime, donne encore davantage de relief à l’ensemble. Une véritable pépite et l’une des très belles découvertes de cette première journée.

Avec Butal Sphincter, changement radical d’ambiance. Le goregrind n’est clairement pas ma tasse de thé lorsqu’il s’agit de l’écouter tranquillement chez moi, mais en live, le groupe prend une toute autre dimension. Impossible de s’ennuyer devant ces joyeux lurons qui transforment leur set en joyeux bordel sonore, brutal et surtout terriblement énergique. Comme quoi, parfois, il suffit de mettre quelques musiciens sur une scène et une bonne dose de chaos pour réconcilier les réfractaires avec un style musical !

La journée se poursuit avec Grandma’s Ashes, trio féminin que j’ai déjà eu l’occasion de voir à plusieurs reprises et dont je ne me lasse décidément pas. Rock, grunge et new wave se mêlent à des textes engagés tandis que les trois musiciennes démontrent une nouvelle fois qu’elles savent envoyer du lourd. Le public commence à se faire beaucoup plus nombreux devant la scène et ce n’est franchement pas volé : leur présence scénique et leur univers méritent largement cette attention.

Mais le niveau va encore grimper avec Ten56.. J’attendais particulièrement leur passage, ayant complètement accroché à leur dernier album IO, et je n’ai clairement pas été déçue. Le metal moderne et le metalcore du groupe prennent une ampleur considérable sur scène, portés par une exécution irréprochable et un chanteur aussi charismatique qu’efficace. Dans le public, c’est évidemment la fête : circle pits et autres joyeusetés permettent à chacun de se défouler généreusement. Le groupe est en train de s’imposer sérieusement en France comme à l’international, et après cette prestation, on comprend aisément pourquoi.

Puis vient l’heure de Heaven Shall Burn. Première fois pour moi devant les Allemands, et autant dire que je prends une sacrée claque. Leur death metal mélodique est aussi puissant qu’engagé, avec des textes qui s’attaquent aux injustices, au racisme et à l’antispécisme, tout en prônant la paix. Un joli paradoxe : des messages profondément humanistes portés par une musique qui, elle, ne fait absolument aucun prisonnier ! Leurs convictions se prolongent d’ailleurs jusque dans leur mode de vie, puisque tous les membres sont végétaliens ou végétariens et que la plupart sont straight edge. Et malgré la brutalité de leur musique, les sourires sont omniprésents sur scène. Un véritable plaisir à photographier… et surtout à écouter.

Mais s’il y avait bien un groupe que j’attendais particulièrement ce vendredi, c’était Imminence. Les Suédois débarquent avec leur metalcore singulier, sublimé par ces parties de violon qui donnent à leur musique une profondeur émotionnelle absolument folle. Et forcément, lorsque résonne The Black, difficile de rester parfaitement hermétique. Quelques larmes viennent donc se mêler à la poussière du festival : c’est beau, majestueux et profondément poignant. La scénographie, avec ses magnifiques vitraux en arrière-plan, ajoute encore une dimension presque mystique à l’ensemble. Une prestation qui confirme mon envie de les revoir très vite, mais cette fois dans une salle où leur univers pourra probablement prendre encore davantage d’ampleur.

Après cette parenthèse émotionnelle, il est temps de retourner se faire piétiner joyeusement avec Rise Of The Northstar. Déjà présents au 666 en 2023, les Parisiens m’avaient laissé un excellent souvenir. Trois ans plus tard, rebelote ! Leur metalcore fédérateur fonctionne toujours aussi bien et transforme rapidement l’audience en une gigantesque bagarre générale parfaitement organisée. Ça groove, ça cogne fort et ça ne laisse absolument aucun répit. Un énorme rouleau compresseur qui rappelle pourquoi le groupe reste une valeur sûre de la scène française.

Et pour terminer cette première journée, place à Revnoir, jeune formation française née en 2023, mais qui possède déjà tout d’un groupe beaucoup plus expérimenté. Mélodies mémorables, technique implacable, production soignée et une prestation live qui ne demande qu’à confirmer tout le potentiel entrevu sur disque : les ingrédients sont là. Le groupe monte très sérieusement en puissance et cette prestation constitue une nouvelle grosse claque. Après avoir partagé l’affiche avec Rise Of The Northstar, il ne reste plus qu’à leur souhaiter une ascension aussi belle que celle de leurs prédécesseurs. Keep going, les gars !

Et voilà comment s’achève ce premier jour au 666 : dix groupes, dix univers, quelques belles découvertes, de grosses claques et suffisamment de circle pits pour rappeler aux cervicales qu’elles n’ont clairement pas signé pour un week-end tranquille. Entre la puissance de Ten56., l’engagement de Heaven Shall Burn, l’émotion d’Imminence et l’énergie communicative de Rise Of The Northstar, cette première journée aura surtout démontré une chose : le 666 sait décidément mélanger les styles sans jamais perdre son identité. Et ce n’est que le début…

 

JOUR 2

Après un vendredi déjà bien chargé, il faut remettre les bouchées doubles pour attaquer ce deuxième jour du 666 Festival. Au programme : du rock progressif, du hardcore, du pop punk, du metalcore, du deathcore, quelques ovnis musicaux et, pour finir, une invitée que personne n’avait vraiment prévue au programme : Madame Météo. Et autant dire que cette dernière allait quelque peu bouleverser la fin des festivités…

La journée démarre tranquillement avec Fanalo, guitariste bordelais évoluant dans un univers rock-metal progressif. Connu notamment pour avoir accompagné Ron « Bumblefoot » Thal lors de sa carrière solo, le musicien doit aujourd’hui faire ses preuves sous son propre nom. À cette heure matinale, le public est malheureusement encore peu nombreux, mais les courageux présents ne regrettent clairement pas d’avoir fait le déplacement. Fanalo démontre une maîtrise technique impressionnante et offre un démarrage tout en finesse à cette nouvelle journée.

Changement radical de décor avec Kibosh. Le hardcore du Sud-Ouest débarque sans prévenir et transforme rapidement Cercoux en zone de déflagration. Le set est incisif, brutal et totalement dépourvu de compromis, tandis que les musiciens affichent une énergie communicative. Côté public, on ne fait évidemment pas les choses à moitié : un circle pit vient même s’organiser autour du carré régie. Parce qu’au 666, apparemment, même les installations techniques peuvent devenir des obstacles de parcours pour mosher tranquillement.

Après cette bonne dose de violence, place à quelque chose de nettement plus solaire avec Mirabelle. Le groupe parisien vient défendre son pop punk nourri aux grandes références du genre, de Sum 41 à The Offspring, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les musiciens sont heureux d’être là. Très heureux, même. Leur enthousiasme est immédiatement communicatif et leur prestation apporte une vraie bouffée d’air frais au festival. C’est dansant, léger, fun et terriblement efficace : un grand bol de bonheur que l’on boit sans modération.

Puis vient l’un de mes gros moments de cette journée avec Imparfait. Je connaissais le groupe grâce à l’émission Bang Bang, mais je n’avais encore jamais eu l’occasion de les voir sur scène. Quelle claque ! À la tête de cette machine parfaitement huilée, Prisca s’impose comme une véritable queen, avec un charisme qui lui permet littéralement de dévorer la scène. Les musiciens qui l’accompagnent ne sont évidemment pas en reste et l’ensemble fonctionne à merveille. Metal, punk, rap et rock se mélangent dans un cocktail aussi énergique qu’engagé, porté par des textes qui ont quelque chose à dire. À ce niveau-là, Imparfait a clairement tout d’un grand.

On reste dans une ambiance particulièrement sombre avec Solitaris, formation parisienne qui évolue dans ce fameux « metal à cagoule » dont l’univers aussi mystérieux que massif ne laisse pas franchement indifférent. Le groupe nous plonge dans une atmosphère lourde, sombre et chargée d’une puissance émotionnelle palpable. Techniquement impeccable, Solitaris propose un live qui prend littéralement aux tripes. Le genre de prestation qui donne envie de dire qu’il faut les voir au moins une fois dans sa vie… et de préférence avec quelques décibels entre les oreilles.

La suite confirme une nouvelle fois que ce samedi ne manque décidément pas de gros rendez-vous. Future Palace fait partie de ces groupes que j’attendais particulièrement, notamment parce que j’ai énormément apprécié leur dernier album, Resurgence. Et le coup de cœur se confirme immédiatement sur scène. Le metalcore des Allemands est aussi puissant qu’émotionnel, porté par des musiciens de très haut niveau et surtout par Maria Lessing. La frontwoman passe du chant clair cristallin au chant saturé avec une facilité déconcertante, donnant une profondeur supplémentaire à des compositions déjà particulièrement efficaces. Les textes abordent des expériences personnelles, la dépression, les conflits intérieurs ou encore les relations toxiques, et cette sincérité se ressent pleinement en live. Une prestation aussi belle que poignante.

Direction l’Angleterre avec Heriot, qui vient à son tour s’emparer de la scène avec un metalcore teinté de sludge. Le groupe possède cette capacité assez rare à imposer immédiatement son univers, et sa chanteuse charismatique n’y est évidemment pas pour rien. La formation prend littéralement possession de la scène tandis que le public se laisse rapidement embarquer. Une belle énergie, une présence scénique solide et une nouvelle découverte live particulièrement convaincante.

Puis vient l’heure de se faire gentiment broyer avec Fit For An Autopsy. Le deathcore américain fait partie de ces styles que j’écoute assez peu sur album, mais que j’apprécie énormément en concert. Et une fois encore, le constat est sans appel : sur scène, ça fonctionne à merveille. Derrière l’extrême brutalité se cache une technique imparable, des mélodies particulièrement accrocheuses et une véritable richesse dans les compositions. Le groupe ne se contente d’ailleurs pas de faire parler les guitares : ses textes abordent l’effondrement écologique, les dérives politiques, les guerres, les inégalités ou encore la condition humaine. Une valeur sûre, qui sait parfaitement conjuguer violence musicale et propos de fond.

Mais le groupe que j’attendais probablement le plus ce samedi allait arriver d’Australie : Kim Dracula. Et autant dire qu’il est difficile de trouver plus barré et imprévisible. Porté par le complètement déjanté Samuel Wellings, Kim Dracula navigue joyeusement entre metal, hip-hop, jazz, bossa nova et probablement à peu près tout ce qui peut rentrer dans une chanson sans faire exploser les enceintes. Et contre toute attente — ou peut-être justement grâce à cela — tout fonctionne. Mention spéciale au saxophone qui vient se mêler aux sonorités metal avec une efficacité absolument redoutable. Un univers unique, créatif, totalement inclassable et complètement fascinant.

Malheureusement, Madame Météo décide alors de s’inviter au festival avec un enthousiasme légèrement excessif. Un énorme orage accompagné d’une violente tempête s’abat sur le site et contraint l’organisation à interrompre les festivités. Le set de Kim Dracula est donc malheureusement écourté. Et là, une seule pensée : ON EN VEUT PLUUUUS ! Plus de Kim Dracula, évidemment. Pas plus de tempête. On précise, parce qu’après une évacuation, mieux vaut être clair.

La soirée devait se poursuivre avec Skindred, mais leur concert n’aura finalement pas lieu. Quelques minutes avant le début du set, l’évacuation d’urgence du site est déclenchée afin de garantir la sécurité de tout le monde face aux conditions météorologiques. Et si la frustration est forcément présente, force est de constater que les consignes ont été parfaitement suivies : en une dizaine de minutes, le public a évacué les lieux sans encombre majeur. Dans un festival, la sécurité passe évidemment avant tout, même lorsqu’on attend impatiemment un concert.

On pourra donc se consoler — un peu — avec l’interview de Benji, chanteur de Skindred, réalisée dans l’après-midi même et qui sera prochainement à retrouver sur Rock’N’hell. Une petite compensation qui ne remplacera évidemment pas un concert, mais qui permettra au moins de garder une trace de cette journée décidément mouvementée.

Et c’est donc sous le signe de la météo capricieuse que s’achève ce deuxième jour du 666. Entre la virtuosité de Fanalo, la violence de Kibosh, la fraîcheur de Mirabelle, l’énorme claque Imparfait, l’émotion de Future Palace, la puissance de Fit For An Autopsy et l’ovni Kim Dracula, le samedi aura encore une fois offert un joli condensé de ce que le festival sait faire de mieux : mélanger les styles, les ambiances et les personnalités. Avec, en bonus, un petit rappel de la nature qui nous signifie gentiment qu’au 666, même elle compte bien participer au show.

 

JOUR 3

Après deux journées déjà bien remplies, il serait raisonnable de penser que les organismes commencent à réclamer quelques heures de sommeil. Mais raisonnable n’est visiblement pas le mot d’ordre du 666 ! Pour ce dernier jour, la programmation continue de jouer avec les styles et les ambiances, passant du metal alternatif à l’hypnotique heavy psychédélique, du blackgaze au metal progressif, jusqu’à l’inclassable Igorrr et au groove metal de Soulfly. Bref, encore une journée où les oreilles vont voyager… et les cervicales souffrir.

Pour ouvrir les hostilités, difficile de faire plus jeune que Earthquake. Le duo composé de Marceau, 15 ans, et Lino, 12 ans, débarque avec un metal alternatif qui n’a absolument rien d’un passe-temps de récréation. Riffs tranchants, chant saturé parfaitement maîtrisé et, surtout, une batterie qui laisse franchement sans voix : ces deux jeunes prodiges ont déjà les crocs. Une sacrée dose de passion, de talent et d’énergie qui fait plaisir à voir. La relève est là, elle a de grandes dents et elle semble bien décidée à nous avaler tout crus !

Avec Hardwired, on passe au grunge hardcore et, clairement, les gars ne sont pas venus enfiler des perles. Le public commence à s’agglutiner sérieusement devant la scène et les premiers circle pits, encore timides mais parfaitement maîtrisés, font leur apparition. Sur scène, les musiciens savent parfaitement occuper l’espace et envoyer ce qu’il faut pour réveiller définitivement les festivaliers. Ça y est, le dimanche est lancé et tout le monde est bien réveillé !

Place ensuite à White Sofa, formation tourangelle qui vient nous servir un metal industriel agrémenté de touches nu metal. Difficile de ne pas penser à Mass Hysteria tant certaines sonorités peuvent rappeler les tauliers français du genre, mais White Sofa possède suffisamment de personnalité pour tirer son épingle du jeu. Les musiciens sont techniquement irréprochables et affichent un sourire communicatif, tandis que le chanteur, véritable ressort humain, ne tient absolument pas en place. Une prestation énergique et efficace.

Puis arrive Spleen, venu de Montpellier avec son metalcore/hardcore aussi brut que poignant. Et quel bonheur de retrouver le groupe dans de bonnes conditions, après un précédent passage au Crossroad quelque peu compliqué par des problèmes techniques. Ici, rien de tout ça : le rouleau compresseur peut fonctionner à plein régime ! Dans le pit, c’est rapidement le champ de bataille : moshpits, two steps et autres réjouissances s’enchaînent pendant que le groupe déverse sa rage sur une audience totalement conquise. Une énergie extrêmement contagieuse et une bonne petite claque comme on les aime.

On poursuit avec Vertex, formation lyonnaise évoluant dans le math metal et portant des textes engagés. Je dois bien l’avouer, l’accroche n’est pas immédiate : c’est typiquement le genre de groupe qui demande un peu de temps avant de révéler tout son potentiel. Musicalement, c’est pourtant impeccable et le chanteur possède une voix particulièrement puissante. Une découverte à laquelle il faudra probablement laisser quelques écoutes supplémentaires pour que tous les rouages se mettent en place.

Après toute cette agitation, Mars Red Sky arrive comme une véritable parenthèse hypnotique. Le trio bordelais évolue dans un heavy psychédélique nourri par des influences aussi diverses que Sonic Youth, The Jesus Lizard ou My Bloody Valentine. Stoner, rock progressif, doom et post-metal se rencontrent dans un univers singulier, construit autour de riffs massifs, d’atmosphères envoûtantes et de la voix aérienne de Julien Pras. Ici, inutile de chercher à lutter : on ferme les yeux, on se laisse porter et on voyage. Un moment beaucoup plus calme et immersif, qui permet aussi de profiter pleinement de la musique autrement.

Le voyage se poursuit avec Soen. Les Suédois viennent nous offrir leur metal progressif d’une précision impressionnante, quelque part entre puissance émotionnelle, atmosphères post-rock et profondeur mélodique. Ayant énormément apprécié leur dernier album Reliance, sorti en début d’année, j’attendais particulièrement cette prestation. Et le coup de cœur se confirme sur scène. La qualité musicale est au rendez-vous, mais c’est surtout de voir les musiciens aussi heureux de jouer face à une audience venue en nombre qui fait chaud au cœur. Une prestation aussi maîtrisée qu’émouvante.

Puis vient l’heure de partir encore un peu plus loin avec Alcest. Précurseurs du blackgaze, les Français ont depuis longtemps développé une identité unique, à la croisée du black metal, du shoegaze et du post-rock. Et ce soir, la scénographie leur va comme un gant : une magnifique lune lumineuse trône en fond de scène et accompagne parfaitement cette musique à la fois puissante, mélodique et contemplative. À chaque fois que je vois Alcest, je me retrouve embarquée dans un véritable voyage introspectif. Neige et ses compagnons possèdent cette capacité à créer un univers dans lequel on entre complètement, et je dois bien avouer que je prends encore davantage mon pied avec eux en live que sur album.

Et puisqu’on parle d’univers complètement barrés, difficile de ne pas saluer l’arrivée d’Igorrr. Dans la grande famille « la France a du talent », je demande Gautier Serre ! Véritable laboratoire sonore, Igorrr mélange death metal, black metal, breakcore, musique classique, baroque et sonorités orientales dans un joyeux chaos qui ne ressemble absolument à rien d’autre. Sur scène, le spectacle est aussi impressionnant que la musique : une cantatrice totalement habitée, un chanteur peint de noir et d’or, un guitariste et un batteur d’une précision chirurgicale et, au centre de tout cela, Gautier Serre en véritable chef d’orchestre. C’est virtuose, violent, surprenant, parfois drôle, souvent complètement fou et surtout terriblement vivant. Un groupe à ne manquer sous aucun prétexte en live, avec en prime un potentiel photographique absolument exceptionnel.

Pour clôturer ce festival, il fallait évidemment du lourd. Et c’est Soulfly qui hérite de cette mission, en remplacement de Lord Of The Lost, malheureusement absents cette année. Fondé en 1997 par Max Cavalera après son départ de Sepultura, le groupe américain s’est imposé comme une référence du groove metal en mélangeant riffs massifs, influences tribales, musiques du monde et spiritualité. Et sur scène, la machine fonctionne toujours à plein régime. Techniquement imparable, Soulfly peut compter sur un Max Cavalera en grande forme, visiblement ravi d’être là. Dans le public, les slameurs sont nombreux et viennent se mêler aux circle pits, soulevant au passage une quantité respectable de poussière. Les musiciens affichent une joie communicative et donnent l’impression d’avoir retrouvé une seconde jeunesse. Une excellente manière de refermer trois jours de festival.

Et c’est ainsi que s’achève ce troisième et dernier jour du 666 Festival. Un dimanche qui aura une nouvelle fois joué aux montagnes russes, entre la fougue de la jeunesse avec Earthquake, la rage de Spleen, les expérimentations de Mars Red Sky et Igorrr, l’émotion de Soen et Alcest, jusqu’à la puissance de Soulfly. Trois jours, des dizaines de groupes, de la poussière, des circle pits, des découvertes, des coups de cœur et même une petite tempête en bonus le samedi : le 666 aura une nouvelle fois prouvé qu’il sait proposer une programmation aussi variée qu’audacieuse. Et maintenant ? Un peu de repos pour les oreilles… enfin, normalement.

 

Trois jours plus tard, le verdict est sans appel : le 666, quand on y goûte, on devient vite accro ! Entre découvertes, grosses claques, interviews et une programmation aussi variée qu’efficace, cette édition 2026 nous aura une nouvelle fois régalés.

Un immense merci à Victor, créateur du festival, à toute l’équipe de bénévoles, à Alexis pour son accueil lors de nos interviews, ainsi qu’à nos collègues du pit photo, toujours aussi agréables. Big up également au public, bon enfant et respectueux malgré le soleil de plomb et la tempête du samedi soir, sans oublier le stand vegan présent sur le site, toujours bienvenu entre deux concerts !

Et surtout, énorme BIG UP à Sébastien, qui a rejoint l’équipe ces derniers mois et s’est lancé dans sa toute première expérience d’interviews sur festival avec une énergie folle. Malgré la fatigue, il a enchaîné les rencontres avec passion et sourire : un binôme exemplaire, et on l’espère, le premier épisode d’une longue série. Merci encore, Seb !

Seul véritable bémol de ces trois jours ? Les kilos de poussière engloutis ! Mais franchement, on lui pardonne… puisque le rendez-vous est déjà pris du 13 au 15 août 2027. Et nous, on sera là. Parce qu’au 666, une fois qu’on y a goûté, difficile de décrocher !

 

Nos interviews sur place à venir prochainement

– Brutal Sphincter
– Grandma’s Ashes
– Heaven Shall Burn
– Mirabelle
– Skindred (avant la tempête)
– Hardwired
– Mars Red Sky
– Soen

 

GALERIE COMPLETE ICI