Give Me Dirt, CANCER BATS

Give Me Dirt, CANCER BATS

11 août 2026 0 Par Chacha

 

Il y a des groupes qui vieillissent, et puis il y a Cancer Bats qui semblent avoir décidé de négocier directement avec le concept de vieillesse pour lui casser les dents. Après plus de vingt ans à mélanger hardcore, punk, metal et une bonne dose de sauvagerie, les Canadiens reviennent avec Give Me Dirt, un album qui porte particulièrement bien son nom : ça sent la sueur, la poussière, le bitume et le pit qui tourne beaucoup trop vite. Onze titres, une grosse demi-heure de baston sonore et surtout une énergie qui ne donne absolument pas l’impression d’avoir été rangée au placard.

 

Dès « World Wide Fire Death Race », Cancer Bats donnent le ton : guitares épaisses, batterie qui cogne avec une précision chirurgicale et ce chant éraillé de Liam Cormier qui semble toujours à deux secondes de déclarer la guerre à quelqu’un. L’arrivée de Nate Newton apporte évidemment une couche supplémentaire de hargne à l’ensemble. Le morceau possède cette faculté assez vicieuse à faire bouger la tête avant même que le cerveau ait eu le temps de demander pourquoi.

La force de Give Me Dirt réside justement dans son équilibre. Les Canadiens ne cherchent pas à faire du hardcore ultra-linéaire : les riffs savent accélérer, ralentir, groover et surtout laisser suffisamment d’espace aux rythmiques pour respirer. « Stay Stuck » illustre parfaitement cette efficacité immédiate, tandis que « Don’t Trip » joue davantage sur cette nervosité punk qui a toujours fait partie de l’ADN du groupe. La production reste volontairement massive sans transformer les instruments en bouillie : les guitares ont du grain, la basse participe réellement au poids général et la batterie conserve ce côté organique indispensable à une musique destinée à être vécue en concert plutôt qu’écoutée les bras croisés.

Parce que Cancer Bats ne sont pas uniquement là pour distribuer des mandales, l’album sait aussi varier les textures. « Bright Eyes Of Gold », avec Chris Cresswell, apporte une coloration plus mélodique sans casser la dynamique générale. « Long Tooth », avec Brooklyn Doran, joue également sur cette ouverture et démontre que le groupe peut intégrer des voix et des sensibilités différentes sans perdre son identité.

Et puis il y a le morceau-titre, « Give Me Dirt », véritable condensé de ce que le groupe sait faire de mieux : un riff qui s’incruste, une interprétation féroce et cette impression persistante que quelqu’un vient de renverser une poubelle dans votre salon. C’est sale, frontal, accrocheur et parfaitement assumé. « Speed Wizard » porte, comme son nom l’indique, bien son rôle de fusée à carburant hardcore, alors que « Ocean Crash » offre un format plus ample et permet à l’album de ne pas rester constamment pied au plancher.

Sous ses airs de bulldozer, Give Me Dirt n’est pas qu’une collection de riffs destinés à alimenter les circle pits. Les titres et l’ambiance générale évoquent une colère très contemporaine, entre tension collective, rapport au monde qui nous entoure et besoin de retrouver quelque chose de concret. « Positive Grid » et « Prognosis » apportent notamment une dimension plus réflexive à l’ensemble, sans jamais transformer l’album en conférence TED sous amphétamines.

C’est probablement là que Cancer Bats restent particulièrement efficaces : leur musique peut être brutale sans être vide, directe sans être simpliste. Et lorsqu’arrive « Fools Like You », avec Efrem Schultz, le groupe referme l’album avec suffisamment de mordant pour rappeler que, non, ils n’ont décidément pas l’intention de devenir raisonnables.

 

Avec Give Me Dirt, Cancer Bats ne réinventent évidemment pas leur recette. Et tant mieux. Leur objectif n’est pas de découvrir une nouvelle planète musicale mais de continuer à faire fonctionner leur machine avec une efficacité redoutable. Les riffs sont solides, la section rythmique tabasse, les arrangements évitent la monotonie et les invités viennent enrichir l’ensemble sans voler l’identité du groupe.

Un album sale, nerveux, généreux et franchement efficace, qui donne surtout une furieuse envie de voir ce que ces morceaux vont provoquer dans un pit. Cancer Bats ne donnent peut-être pas envie de prendre une douche après l’écoute… mais ils donnent clairement envie de remettre le disque.