Within, PROTEST THE HERO
17 juillet 2026 0 Par Chacha
Avant de plonger dans Within, une chose saute immédiatement aux oreilles : Protest The Hero n’a absolument pas l’intention de simplifier son propos pour séduire un public plus large. Les Canadiens continuent de cultiver cette identité si particulière, où le metal progressif, le metalcore technique et des touches de thrash virtuose s’entrechoquent dans un tourbillon aussi exigeant que jubilatoire. Avec seulement huit morceaux, l’album préfère la densité à la quantité et invite l’auditeur à plusieurs écoutes pour en saisir toutes les subtilités. Une démarche qui, chez Protest The Hero, est presque devenue une tradition.
Chaque composition semble vivre sa propre existence tout en s’imbriquant dans un ensemble remarquablement cohérent. Les riffs de Luke Hoskin et Tim Millar s’amusent constamment à casser les attentes : changements de signatures rythmiques, harmonies dissonantes, envolées mélodiques et accélérations soudaines se succèdent sans jamais donner l’impression d’un exercice de style gratuit. Derrière cette démonstration technique se cache une écriture incroyablement organique, où chaque virage paraît finalement évident.
Dès « Mouthpiece », le groupe rappelle pourquoi il reste une référence du genre. Les guitares virevoltent dans tous les sens tandis que Mike Ieradi impose une frappe millimétrée, capable de passer d’une avalanche de blasts à des grooves étonnamment accrocheurs. Puis arrive « Fishhook », véritable démonstration de force où la basse, souvent trop discrète dans le metal moderne, trouve enfin toute sa place au milieu de ce chaos parfaitement contrôlé.
La construction de l’album prend une dimension encore plus intéressante avec « I. Above » et « II. Below », deux pièces qui servent d’articulations émotionnelles plutôt que de simples interludes. Elles apportent de l’air sans casser la dynamique et renforcent cette impression de voyage intérieur suggérée par le titre de l’album. Protest The Hero n’empile pas les morceaux : il construit une progression.
Impossible également de passer à côté de « Grandfather’s Axe », probablement l’un des morceaux les plus ambitieux du disque. Sa structure évolutive multiplie les changements d’atmosphère, alternant passages presque contemplatifs et déferlements de violence technique. « The Orchard » impressionne quant à lui par son équilibre entre mélodies lumineuses et rythmique labyrinthique, tandis que « Liberty Spike » remet une énorme couche d’agressivité avec un sens du riff qui ferait presque passer une équation différentielle pour un sudoku de maternelle. Oui, Protest The Hero réussit encore à donner l’impression que jouer en 17/16 est une activité parfaitement normale.
Au sommet de tout cela trône la prestation de Rody Walker. Toujours aussi impressionnant, le chanteur passe avec une facilité déconcertante d’un chant clair d’une grande sensibilité à des envolées plus rugueuses, sans jamais perdre en émotion. Ses lignes vocales restent parmi les plus reconnaissables du metal progressif moderne et portent des textes introspectifs qui abordent la mémoire, l’identité, les héritages familiaux ou encore les contradictions humaines. Derrière la virtuosité omniprésente, Within conserve ainsi une véritable profondeur émotionnelle.
La production mérite également d’être saluée. Tout respire, chaque instrument trouve sa place malgré une densité instrumentale parfois vertigineuse. Les multiples couches de guitares restent lisibles, la batterie conserve toute sa puissance sans écraser le reste et la basse participe réellement au relief de l’ensemble. Un équilibre difficile à obtenir sur un album aussi chargé.
Within ne cherche jamais la facilité et ne fera probablement pas changer d’avis ceux qui trouvent Protest The Hero « trop compliqué ». En revanche, pour les amateurs de metal progressif technique, d’écriture ambitieuse et de musiciens qui semblent jouer avec les lois de la physique, ce nouvel opus est une véritable gourmandise. Dense, intelligent, exigeant mais profondément vivant, il confirme que Protest The Hero continue d’évoluer sans renier ce qui fait sa singularité depuis ses débuts. Une nouvelle démonstration qu’il est encore possible de conjuguer virtuosité et émotion sans sacrifier ni l’une ni l’autre.


