I Survive (EP), 69 EYES
5 juin 2026 0 Par Chacha
Depuis plus de trois décennies, The 69 Eyes promène sa silhouette longiligne entre le glam rock décadent, le gothic rock ténébreux et le hard rock à l’américaine. Surnommés depuis longtemps les « vampires d’Helsinki », les Finlandais n’ont jamais vraiment cherché à réinventer leur formule. Et à l’écoute de cet EP I Survive, on comprend rapidement que ce n’est toujours pas à l’ordre du jour. Mais quand la recette est maîtrisée à ce point, pourquoi changer de cercueil ?
Dès le morceau-titre, enrichi par la présence du légendaire Steve Stevens, le groupe affiche ses intentions. Les guitares se parent d’un éclat plus hard rock qu’à l’accoutumée, tandis que le solo de Stevens apporte une élégance technique qui transcende le morceau sans jamais l’écraser. Derrière son refrain immédiatement mémorisable, I Survive évoque la résilience et la survie face aux épreuves avec cette touche romantico-nocturne qui constitue depuis toujours l’ADN du groupe.
Mais c’est surtout dans l’équilibre entre puissance et mélancolie que l’EP trouve sa force. Cold Sweat injecte une énergie plus directe, portée par des riffs nerveux et une section rythmique solide qui avance comme une locomotive lancée dans une nuit finlandaise interminable. Les guitares alternent entre tension et atmosphères aériennes, tandis que la voix grave et immédiatement reconnaissable de Jyrki 69 continue de faire office de fil conducteur entre ombre et lumière.
À l’inverse, In The Misery renoue avec les facettes les plus gothiques du groupe. Les mélodies y sont plus sombres, les arrangements plus enveloppants, et l’ensemble dégage ce parfum de spleen romantique que les Finlandais savent distiller mieux que beaucoup. Sans tomber dans le misérabilisme, le titre explore les blessures émotionnelles avec une sincérité qui touche juste.
Enfin, Devil’s Rose, agrémenté de la participation d’Ed Mundell, apporte une coloration plus heavy et psychédélique. Les guitares gagnent en épaisseur, flirtent parfois avec des sonorités stoner tout en restant parfaitement intégrées à l’univers du groupe. Le morceau dégage une sensualité sombre et légèrement sulfureuse qui rappelle que The 69 Eyes a toujours excellé lorsqu’il s’agit de faire danser les fantômes.
Techniquement, l’EP ne cherche jamais la démonstration. Les compositions privilégient l’efficacité, les mélodies accrocheuses et les ambiances travaillées. Chaque intervention instrumentale sert les chansons plutôt que l’ego des musiciens, et c’est précisément ce qui permet à l’ensemble de conserver une telle cohérence.
Au final, I Survive ne bouleversera certainement pas la hiérarchie du goth’n’roll, mais il rappelle avec élégance pourquoi The 69 Eyes demeure une institution du genre. Entre romantisme noir, refrains entêtants et guitares racées, les vampires d’Helsinki prouvent qu’ils ont encore suffisamment de sang neuf dans les veines pour continuer à séduire les créatures de la nuit.


