Mumathil, ST NEGUS
22 mai 2026 0 Par Chacha
Avec un blaze pareil, ST NEGUS avait intérêt à ne pas débarquer avec un énième projet de “desert rock à fuzz interchangeable”. Bonne nouvelle : MUMATHIL a bien plus de choses à raconter que la moitié des groupes qui empilent des pédales d’overdrive sur Instagram. Derrière ce premier EP, Nagui Mehany balance cinq titres qui sentent autant la poussière du stoner que les tripes ouvertes d’un songwriter qui a enfin décidé d’arrêter de jouer pour les autres. Et ça s’entend immédiatement.
Dès Shanghai, ST NEGUS impose une identité étonnamment mature. Le riff est gras, tendu, presque hypnotique, mais jamais prisonnier du classic rock revival poussiéreux. Ici, le groove est une arme. La basse roule comme un vieux V8 mal entretenu, pendant que la voix passe du murmure habité à une explosion quasi soul avec une facilité déconcertante. On pense évidemment à Rival Sons ou Ayron Jones dans cette manière de faire respirer les morceaux, mais avec une coloration orientale qui évite soigneusement le cliché “fusion world music pour playlist lounge”. Rien n’est décoratif : chaque influence sert le morceau.
Le vrai tour de force de MUMATHIL, c’est surtout sa capacité à rester accessible tout en étant techniquement très travaillé. Les arrangements sont blindés de détails : guitares qui se répondent en arrière-plan, batteries pleines de nuances, tension permanente dans les harmonies vocales… mais jamais au détriment de l’impact immédiat. ST NEGUS comprend un truc que beaucoup oublient : la technique, c’est cool, mais faire hocher la tête reste encore mieux.
Le morceau-titre Numathil cristallise parfaitement cette vision. C’est probablement le titre le plus personnel du disque, et ça transpire dans chaque note. Le mélange anglais/arabe apporte une vraie profondeur émotionnelle sans tomber dans l’exercice de style. La montée en puissance du morceau est remarquable : ça démarre presque introspectif avant de finir dans une espèce de transe heavy blues ultra cathartique. On sent le vécu, le poids des années de route, des galères, des identités qu’on essaie de réconcilier. Et surtout, on sent un artiste qui n’essaie jamais de “faire cool”. Résultat : ça l’est naturellement.
Puis arrive Gold Veins, probablement le morceau le plus frontal de l’EP. Un riff sec, nerveux, presque arrogant, avec ce côté Queens of the Stone Age qui aurait décidé d’aller jammer dans un bar enfumé de Casablanca à 3h du matin. Le refrain est un véritable piège : il reste collé au cerveau sans jamais sacrifier la rugosité du morceau. Mention spéciale au travail vocal, impressionnant de maîtrise sans tomber dans la démonstration inutile façon télé-crochet sous stéroïdes.
Mais là où ST NEGUS surprend vraiment, c’est dans sa capacité à injecter de l’émotion brute sans sombrer dans le pathos dégoulinant. Gems et surtout Shihab apportent cette dimension plus mélancolique, presque spirituelle par moments. Le dernier titre laisse une sensation étrange, comme une fin de nuit trop lucide après plusieurs verres de bourbon tiède et des discussions existentielles qu’on regrette à moitié le lendemain matin.
En seulement cinq morceaux, MUMATHIL réussit ce que beaucoup d’albums complets ratent : installer une vraie personnalité. ST NEGUS ne cherche pas à révolutionner le heavy blues ou le stoner rock, mais il injecte dans ces codes suffisamment de sincérité, de groove et de vécu pour éviter le simple hommage bien exécuté. Un premier EP dense, habité, parfois rugueux, souvent poignant, qui donne surtout envie d’une chose : voir ce projet exploser sur scène, là où ce genre de musique prend généralement toute sa dimension.


