A Pale White Dot, PERIPHERY

A Pale White Dot, PERIPHERY

15 mai 2026 0 Par Chacha

 

A Pale White Dot a ce parfum étrange des albums qui débarquent sans prévenir et te collent une droite avant même que tu comprennes ce qui t’arrive. Avec ce nouvel opus, Periphery continue de tordre le djent dans tous les sens possibles, comme si le groupe refusait catégoriquement de vieillir normalement. Et franchement, tant mieux. Là où beaucoup de formations prog metal se perdent dans la démonstration technique stérile ou les concepts plus compliqués qu’un tableau Excel sous acide, les Américains trouvent encore ce point d’équilibre entre chaos millimétré, refrains énormes et schizophrénie sonore parfaitement assumée.

 

Dès les premières minutes, Obsession donne le ton : riffs élastiques, batterie qui semble programmée par une IA en crise de nerfs et Spencer Sotelo qui alterne chant aérien et hurlements avec une facilité presque insultante. Mais ce qui frappe surtout sur A Pale White Dot, c’est la manière dont le groupe réussit à rendre digestes des structures pourtant complètement tordues. On passe d’un groove djent ultra syncopé à une envolée quasi pop sans jamais avoir l’impression d’un collage maladroit.

Et puis il y a Subhuman, probablement l’un des morceaux les plus violents du disque. L’apparition de Will Ramos transforme le titre en monstre hybride entre deathcore moderne et prog mutant. Ça cogne fort, très fort, mais avec cette précision chirurgicale qui fait la marque de fabrique du groupe. Le breakdown arrive comme un camion lancé à pleine vitesse dans un magasin de porcelaine, sauf qu’ici les assiettes jouent en 17/8.

À côté de cette brutalité, Heaven on High ou Neon Valley montrent une autre facette du groupe, plus mélodique, presque mélancolique par moments. Periphery reste capable d’écrire des refrains qui restent en tête malgré des guitares accordées si bas qu’on pourrait probablement communiquer avec les taupes. Derrière l’aspect technique, l’album parle beaucoup d’isolement, de désillusion moderne et de cette sensation permanente de vide numérique. Le morceau-titre A Pale White Dot synthétise parfaitement cette ambiance : grandiose, froid, introspectif et étrangement humain sous ses couches de saturation.

Musicalement, difficile de ne pas saluer le boulot colossal des guitares. Chaque riff semble pensé comme une mécanique de précision, mais jamais au détriment de l’impact. La basse ronfle avec une lourdeur délicieuse et Matt Halpern continue de prouver qu’il est probablement un cyborg envoyé du futur pour humilier les autres batteurs.

Le plus impressionnant reste peut-être cette capacité qu’a Periphery à éviter l’ennui malgré une durée généreuse et des morceaux souvent labyrinthiques. Là où beaucoup de groupes prog te donnent envie de consulter la durée restante toutes les deux minutes, ici tout avance avec une fluidité naturelle.

 

Au final, A Pale White Dot est exactement ce qu’on attendait de Periphery… et un peu plus encore. Un album dense, technique, brutal, mélodique et parfois totalement absurde dans ses excès — mais c’est précisément ce qui le rend aussi vivant. Une claque pour les amateurs de prog moderne, et une preuve supplémentaire que le groupe reste l’un des rares capables de faire sonner le djent autrement qu’une démonstration bourrue sous stéroïdes.