Grey, HELD
15 mai 2026 0 Par Chacha
Entre rage rentrée et mélancolie poisseuse, HELD balance avec Grey un disque qui porte parfaitement son nom. Ici, pas de noir absolu ni de lumière éclatante : tout évolue dans cette zone grise émotionnelle où la tension permanente devient presque un carburant. Et autant le dire tout de suite, si vous cherchez du metalcore aseptisé calibré TikTok avec refrain en slow-motion pour montage motivation LinkedIn, vous vous êtes trompés d’adresse.
Dès “Defending The Earth”, HELD impose une production massive, organique, qui refuse le mur de son brouillon souvent devenu la norme dans le genre. Les guitares cognent avec une précision chirurgicale sans perdre leur rugosité, pendant que la batterie joue constamment sur ce fil entre chaos hardcore et groove ultra-moderne. Ça tabasse, oui, mais intelligemment. Le groupe sait quand accélérer, quand étouffer l’air, quand laisser une note traîner suffisamment longtemps pour créer ce malaise délicieux.
L’une des grandes forces de Grey, c’est justement cette gestion des contrastes. “Constant Tension” porte son nom comme un slogan de campagne électorale pour anxieux chroniques : riffs syncopés, basse étouffante, chant qui oscille entre crachat hardcore et fragilité nerveuse. HELD ne cherche jamais le tube facile, mais trouve pourtant des refrains qui restent collés au cerveau comme un vieux traumatisme qu’on croyait réglé.
L’arrivée de Frank Iero sur “New You Anthem” apporte un supplément de nerfs et une touche presque punk émotionnel qui rappelle que sous les couches de violence mécanique, le groupe conserve un vrai sens de la mélodie. Le morceau évite le piège du featuring gadget : ici, l’invité sert la chanson, pas l’inverse.
Et puis il y a “Knifepoint”, probablement l’un des moments les plus vicieux du disque. Avec la participation de High Vis, HELD injecte une énergie post-hardcore crasseuse qui donne envie de tout casser… ou au minimum de traverser un mur en placo avec conviction. Le riff principal est une arme blanche à lui seul.
Mais Grey fonctionne surtout grâce à son ambiance globale. Les textes parlent d’effondrement intérieur, d’isolement, de fatigue émotionnelle sans tomber dans le misérabilisme adolescent. HELD réussit à transmettre quelque chose de sincère, presque inconfortable parfois. “Broken Spacesuit (Decay And Sand)” et “Emptiness: A Side Effect” ferment l’album dans une atmosphère suffocante où l’on sent le groupe plus intéressé par la cicatrice que par la guérison. Et franchement, ça fait du bien. Tout le monde n’a pas besoin d’un final porteur d’espoir avec piano et oiseaux qui chantent.
Au final, Grey est un disque dense, nerveux et remarquablement maîtrisé. HELD y démontre qu’on peut encore faire du metal moderne agressif sans sonner comme un copier-coller Spotify sous stéroïdes. Un album qui cogne fort, mais surtout longtemps après l’écoute.


