Interview avec Ryan Ramsdell, guitariste du groupe The Veer Union

Interview avec Ryan Ramsdell, guitariste du groupe The Veer Union

4 mars 2026 0 Par Chacha

Avec Reinvention, The Veer Union signe un album charnière, à la fois plus lourd, plus introspectif et plus viscéral que tout ce qu’ils ont proposé auparavant. Sans jamais renier l’ADN du groupe — l’espoir, la mélodie et l’émotion brute — le quatuor canadien plonge cette fois pleinement dans un metalcore assumé, nourri par des années d’expérience, de tournées, de doutes et de résilience. Dans cette interview sans filtre, le groupe revient sur la genèse de l’album, ses thèmes centraux, sa vision du metal actuel, et son lien profond avec les fans.

 

« Reinvention » est un titre puissant. Qu’avez-vous ressenti le besoin de “réinventer” à ce moment précis de votre carrière ?

À chaque fois qu’on fait un nouvel album, on essaie toujours de proposer quelque chose de différent — quelque chose de frais par rapport au précédent. On a sorti énormément de disques maintenant, donc oui, on ne réinvente pas la roue. Mais on est devenus de plus en plus lourds au fil des années, et sur celui-ci, on est restés fidèles à notre base — l’espoir — tout en allant à fond dans ce qu’on a fait de plus lourd jusqu’à présent. Et honnêtement ? C’est ça, notre réinvention.

Cet album représente-t-il une rupture, une évolution naturelle ou une synthèse de tout ce que The Veer Union a traversé jusqu’ici ?

Les trois à la fois — c’est une rupture, une évolution, et tout ce qu’on a vécu mélangé ensemble. On construisait vers ça depuis des années, et maintenant… tout s’est mis en place.

Y a-t-il eu un tournant personnel ou collectif qui a déclenché l’écriture de cet album ?

Oui, les deux — personnel et collectif. On fait ça depuis très longtemps maintenant. Tout autour de nous a changé — la scène, l’industrie, même nos propres vies — mais le battement de cœur de ce qu’on fait ? Lui n’a jamais bougé. Et c’est ce qui a rendu cet album… inévitable.

Comment avez-vous abordé le processus d’écriture : instinct pur, approche conceptuelle ou expérimentation ?

On voulait repousser les limites plus loin et plus fort que jamais. On a toujours gardé l’esprit ouvert — donc oui, l’instinct était le moteur, mais on n’avait pas peur d’expérimenter. Si quelque chose sonnait différemment ? Parfait. On fonçait. Cela dit, on savait toujours où était notre cœur — ça devait rester du Veer. On adore surprendre nos fans, mais on n’allait pas abandonner la mélodie et l’aspect uplifting qu’ils attendent de nous. Le but, c’était de garder l’ancien public heureux tout en augmentant le niveau metal pour en attirer de nouveaux. Et honnêtement ? Ça a marché. Les anciens fans sont à fond, de nouvelles oreilles nous découvrent, et on est juste… reconnaissants.

Musicalement, quels étaient vos points de référence — ou au contraire, les règles que vous vouliez briser — sur Reinvention ?

Honnêtement, notre référence principale, c’était notre dernier album — prendre tout ce qu’on avait fait dessus et pousser encore plus loin le côté lourd. On ne cherchait pas spécialement à briser des règles — on voulait juste plonger plus profondément dans le metalcore que jamais auparavant. On est obsédés par ce son depuis des années — on est de grands fans des groupes les plus heavy. On écoute de tout, bien sûr, mais sur celui-ci ? On est allés jusqu’au bout. Toujours du Veer — mélodie, élévation, tout ça — mais plus lourd que tout ce qu’on a jamais sorti.

Si vous deviez résumer l’album en une seule émotion dominante, laquelle serait-ce ?

L’espoir.

Vos paroles ont toujours porté une forte charge émotionnelle. Quels thèmes reviennent le plus sur Reinvention ?

L’espoir. La vie est une montagne russe — des hauts, des bas, parfois violents, qui te coupent le souffle — mais on est toujours là. Toujours en train de respirer. Toujours en train d’avancer. Ça, c’est l’espoir. Pas un truc brillant ou feel-good — juste la force brute, silencieuse, de refuser d’abandonner. Beaucoup de gens en ont besoin aujourd’hui. On ne prétend pas avoir toutes les réponses. On essaie juste de leur tendre un briquet dans le noir.

Explorez-vous davantage les luttes intérieures ou les thèmes de résilience et de reconstruction ?

Les deux, vraiment. Les luttes intérieures — oui, on y plonge. Les coins sombres, les doutes, les nuits où tu te demandes si ça vaut encore le coup. Mais on ne s’arrête pas là. La résilience et la reconstruction ? C’est l’autre face. On montre les cicatrices, bien sûr — mais ensuite on montre comment tu te relèves. Pas parce que c’est joli, mais parce que c’est réel.

Cet album est-il plus introspectif ou plus tourné vers le monde extérieur ?

Il est plus introspectif. Le précédent regardait beaucoup vers l’extérieur, mais cette fois, on voulait revenir à nos racines — garder le message proche, personnel. On poussait tellement les limites sur le côté lourd, en augmentant les screams et les riffs, qu’il fallait que les paroles restent ancrées. Donc oui — c’est un mélange : instrumentation lourde, edge metalcore, mais les mots ? Toujours du Veer classique. Brut, réel, sans fioritures.

Pensez-vous que le metal est aujourd’hui l’un des médiums les plus forts pour parler de santé mentale et de vulnérabilité ?

Oui — le metal est l’un des plus puissants en ce moment. C’est fort, moche, honnête. Les groupes ne masquent pas la dépression, le suicide, la rage — ils lâchent tout. Et le public ? Il ne juge pas. Il hoche la tête, il hurle en retour. C’est comme une thérapie sans le canapé.

L’artwork de l’album est visuellement très fort. Quelle est l’histoire derrière cette image ?

On voulait quelque chose qui attire immédiatement l’œil — quelque chose qui te saisit, qui soit cool. Et quand on a commencé à parler de cette image de cerveau, tout a fait sens. On savait déjà que l’album s’appellerait Reinvention, donc ça… a cliqué. Plus on la regardait, plus on se disait : “Putain — ça va être énorme.” Une fois terminée, on n’a même pas hésité. On savait : c’était celle-là.

Le cerveau dans l’ampoule évoque les idées et la créativité, mais aussi la surcharge mentale. Était-ce intentionnel ?

Au départ, c’était juste l’ampoule qui s’allume — comme un cerveau qui se réveille enfin, ce moment “aha” de la réinvention. Mais en retravaillant l’image, en la regardant encore et encore, on a remarqué à quel point tout semblait fragile — comme si un faux mouvement pouvait provoquer une surcharge, une explosion. On n’avait pas prévu ça… mais c’est venu naturellement. Et honnêtement ? Cette tension — l’éclair lumineux et le côté fragile — nous ressemblait beaucoup plus que la simple ampoule joyeuse. Alors on l’a gardée.

Vos clips ont une identité très forte. Comment définiriez-vous l’esthétique visuelle de The Veer Union ?

Notre identité ? Déjà, on est clairement un putain de mélange racial — et on l’assume à fond. On est tous Canadiens, mais on n’a pas commencé comme ça. Crispin vient des îles Caïmans, Glen et moi sommes Canadiens purs et durs, et Ricardo ? Oui, t’as deviné, Mexicain. Il y a tout ce mouvement aujourd’hui où, si tu es une minorité, tu es automatiquement “spécial”. Notre groupe ? On emmerde ça. On est tous pareils — humains, imparfaits, bruyants — et oui, on est tous différents aussi. Et ça, ça devrait être célébré, pas instrumentalisé. Regarde-nous : un magnifique milk-shake racial. On voit des gens se noyer dans ce délire politiquement correct, marcher sur des œufs en permanence. La seule chose qui compte vraiment, c’est : est-ce que tu es une bonne personne ? Oui ? Cool — alors on est bons. On se fout de la couleur de peau, de la religion, de la sexualité, de tout ça. Détends-toi et rigolons, c’est tellement plus fun. On se chambre constamment sur nos stéréotypes — Crispin est évidemment le mec au poulet, Ricardo porte du léopard, Glen et moi sommes les vampires blancs qui détestent le soleil et se noient dans leur “privilège”. Et devine quoi ? Ça ne fait que nous rapprocher. Si tu es facilement offensé ou que tu adores jouer la carte de la vertu, viens à un concert de TVU. Tu auras une surprise que tu n’as jamais vue venir, promis. Et pour les clips… ouais, on aime faire des vidéos cool.

Y a-t-il des groupes plus récents qui vous inspirent ou vous donnent de l’espoir pour l’avenir du metal ?

Thornhill
Northlane
Make Them Suffer
AVOID

Selon vous, qu’est-ce qui manque encore à la scène metal actuelle ?

On soutient énormément le metal, l’alt-metal, le hard rock… mais honnêtement, on arrive à un gros point de saturation. Les riffs sont devenus aussi lourds que possible sans se transformer en bouillie. Les screams sont poussés au maximum, les drops sont prévisibles. Et les mélodies — mec, tout est tellement auto-tuné maintenant que ça perd toute conviction. La voix est parfaite, mais elle sonne fausse. Il va clairement falloir un reset, sinon ça finira comme le rock du début des années 2000 — essoré comme une serviette mouillée, fibres cassées, terminé. Cela dit, il y aura toujours des gens qui aiment la musique lourde. Et c’est quand même génial de voir l’alternative metal plus populaire que jamais.

Après tant d’années sur la route, quelle est la partie la plus difficile des tournées ?

Honnêtement — pour nous — ce sont les véhicules de tournée. Oui, tu peux rire, mais sérieusement. Le coût de la vie explose. L’inflation est violente, l’essence est hors de prix, l’économie pousse les gens à faire attention — donc moins d’argent disponible, billets plus chers, et tout s’accumule. On adore toujours tourner. Voir nos fans, en rencontrer de nouveaux, tout donner sur scène — ça, ça ne changera jamais. Mais y arriver ? Ça, c’est devenu l’enfer.

Et à l’inverse, qu’est-ce qui vous manque le plus quand vous ne tournez pas ?

Jouer sur scène, sans hésiter. Cette montée d’adrénaline, les lumières, l’énergie du public… c’est addictif. Mais honnêtement ? Les fans aussi. Ceux qui viennent, achètent des billets, rendent tout ça possible. Et surtout, pouvoir parler avec eux. On adore les rencontrer, écouter leurs histoires, passer du temps avec eux — sans bullshit. On est reconnaissants pour chacun d’eux. Quand vous venez à un concert de TVU, on ne disparaît pas en backstage. On sort, on serre des mains, on dit merci en face. Parce que sans les fans… rien de tout ça n’existe.

Avez-vous une anecdote de tournée totalement improbable ou “interdite” à raconter ?

Il y en a plein — comme la fois où on a percuté un pont et arraché la clim du toit du camping-car, avec des étincelles partout. Mais celle qui marque le plus ? On terminait une tournée avec Saliva et on devait enchaîner avec Red. Ricardo était encore Mexicain à l’époque — pas Canadien — et son passeport expirait. Il était pratiquement “illégal” aux États-Unis. Il a dû rentrer au Canada, passer par l’ambassade… et il n’est pas revenu à temps pour le premier concert avec Red. On l’a appris quelques minutes avant de monter sur scène. Donc on a dû faire un set totalement acoustique — pas d’amplis, pas de screams, juste nous et les guitares. Heureusement qu’on avait fait une tournée acoustique des années plus tôt… on s’en est sortis. Salle immense, chaos total, mais le public a adoré. Stressant à mort, mais honnêtement ? Une des meilleures soirées de notre vie. Et juste après le concert ? Ricardo débarque. On est montés dans le bus, on a ouvert des bières, et on a fait la fête jusqu’à l’aube. Fou.

Si Reinvention était un film, quel genre serait-il ?

Thriller ou horreur.

Quelle chanson de l’album feriez-vous écouter à quelqu’un qui ne connaît pas The Veer Union ?

Difficile à dire — ça dépend de la personne. Si elle aime le plus lourd, je dirais See If Fear — brut, agressif, sans retenue. Si elle préfère le rock plus classique, Venom in My Veins est parfait. Et pour les ballades ou les grands hymnes ? Caught in the Crossfire ou Sunk Your Teeth In — ça monte, ça s’envole, entrée idéale.

Qui survivrait le mieux à une apocalypse zombie dans le groupe ?

Glenn serait le premier à mourir — il paniquerait. Ricardo ensuite — il aurait trop faim, irait fouiller le frigo, se ferait avoir. Crispin après — tu penserais que sa parano le sauverait, mais il est noir, et on sait tous comment ça finit dans les films d’horreur. Donc oui… moi en dernier. Je suis le plus à l’aise avec une arme à feu — visée stable, pas de panique. Je survivrais.

Le pire moment vécu sur scène — avec le recul, ça vous fait rire aujourd’hui ?

On était au House of Blues à Orlando — en plein Disney World, salle pleine à craquer, sold out. Rideau énorme, grande scène, environ deux mètres cinquante de chute jusqu’au sol. On s’apprête à monter sur scène, on branche le matériel, et Crispin… glisse. Grosse chute. Poignet fracassé, commotion cérébrale. Il se relève, remonte sur scène, chante tout le concert, assure à fond. Le public devient fou. Mais après ? Il est complètement détruit. Les secours arrivent, Live Nation aussi. Terrifiant. Heureusement que ça n’a pas été pire. À ce jour, son poignet est toujours abîmé. J’espère que ça n’arrivera plus jamais.

Si vous deviez complètement vous “réinventer” encore une fois, quel univers musical inattendu exploreriez-vous ?

Difficile. Si on devait vraiment tout réinventer — sans limites — on irait vers un univers sans genre. Pas de règles, pas de cases, juste des émotions. Et on annulerait tous ceux à qui ça ne plaît pas.

Pour finir, un mot que vous aimeriez que les fans retiennent après l’écoute de Reinvention ?

Espoir.

Et pour conclure, un message pour vos fans francophones ?

Merci beaucoup à tous nos fans francophones — on vous adore, on vous apprécie énormément, et on est vraiment reconnaissants pour votre soutien. On espère revenir bientôt au Québec, aller en France, et même passer par d’autres endroits francophones dans le monde. Vraiment, merci. On vous aime.

 

Avec Reinvention, The Veer Union prouve qu’il est encore possible d’évoluer sans se perdre. Plus lourd, plus introspectif, mais toujours porté par une foi inébranlable en l’espoir, l’album agit comme une catharsis autant pour le groupe que pour ses auditeurs. Entre lucidité, brutalité et humanité, The Veer Union continue de tendre la main à celles et ceux qui avancent dans le noir — une flamme allumée, coûte que coûte.