Cold 2 The Touch, ANGEL DU$T
13 février 2026 0 Par Chacha
ANGEL DU$T ou l’art de la brûlure émotionnelle
Il y a des groupes qui évoluent par rupture franche, et d’autres qui avancent par combustion lente. ANGEL DU$T appartient clairement à la seconde catégorie. Cold 2 The Touch s’inscrit comme une nouvelle mue, à la fois instinctive et maîtrisée, d’un groupe qui n’a jamais accepté de rester figé dans les carcans du hardcore. Plus mélodique, plus direct émotionnellement, mais toujours traversé par cette rage sourde, l’album agit comme une main froide sur la nuque : impossible à ignorer, difficile à oublier.
Genèse d’un disque sans carapace
Avec Cold 2 The Touch, ANGEL DU$T poursuit le virage amorcé sur ses précédentes sorties : une musique qui garde l’ADN hardcore, mais qui s’ouvre pleinement au rock alternatif, au grunge et à une écriture plus introspective. Ici, la violence n’est plus frontale, elle est intérieure. Le groupe semble vouloir explorer ce qui reste quand l’agressivité pure laisse place à la fatigue, au doute, à la désillusion.
L’album sonne organique, presque rugueux, mais jamais brouillon. Les guitares alternent entre riffs massifs et arpèges abrasifs, la section rythmique privilégie l’impact plutôt que la démonstration, et le chant, souvent nonchalant, frôle parfois la résignation. Cold 2 The Touch donne l’impression d’un disque écrit dans l’urgence, mais pensé sur la durée — comme un journal de bord émotionnel, sans filtre.
Froid au toucher, brûlant à l’intérieur
Thématiquement, l’album explore la perte de repères, l’isolement, la colère rentrée et la difficulté de rester debout dans un monde qui érode lentement les certitudes. Dès “Pain Is A Must”, ANGEL DU$T pose le décor : riffs secs, tempo nerveux, refrain accrocheur — la douleur n’est pas un accident, elle est une étape nécessaire. Le morceau agit comme un manifeste, rappelant que le groupe n’a rien perdu de son mordant.
Le titre éponyme “Cold 2 The Touch” ralentit le tempo et installe une atmosphère plus pesante. Musicalement, les guitares sont plus espacées, presque désincarnées, renforçant ce sentiment de distance émotionnelle évoqué dans les paroles. C’est un morceau charnière, où la froideur devient une protection autant qu’une prison.
“I’m The Outside” et “Jesus Head” creusent cette sensation d’exclusion, portées par des structures simples mais terriblement efficaces. Le chant, souvent détaché, contraste avec l’intensité instrumentale, comme si la colère avait fini par se transformer en constat amer. À l’inverse, “Downfall” et “Zero” réinjectent une énergie plus punk, presque cathartique, rappelant que le groupe sait encore frapper vite et fort.
Des morceaux phares comme des cicatrices
Impossible de passer à côté de “Nothing I Can’t Kill”, véritable décharge d’arrogance sombre, où la rythmique martèle sans relâche pendant que le refrain s’imprime durablement. “Man On Fire” joue sur une tension progressive, laissant les guitares s’enflammer lentement jusqu’à l’explosion finale. Quant à “The Knife”, il tranche net : minimaliste, tendu, presque claustrophobe.
La clôture avec “The Beat” est particulièrement révélatrice de l’intention du disque. Groove lourd, répétitif, presque hypnotique, il agit comme un dernier souffle, laissant l’auditeur seul avec ce battement obstiné — celui qui reste quand tout le reste s’est effondré.
ANGEL DU$T au sommet de sa sincérité
Cold 2 The Touch n’est pas un album confortable, et c’est précisément ce qui en fait sa force. ANGEL DU$T y affirme une identité désormais affranchie des étiquettes, capable de conjuguer rage hardcore et vulnérabilité rock sans jamais sonner faux. Un disque qui ne cherche pas à séduire immédiatement, mais qui s’impose par sa cohérence, sa sincérité et son intensité émotionnelle. Froid au premier contact, brûlant sur la durée — exactement comme les meilleures œuvres du genre.


