Lose Your Self, ENTER SHIKARI
11 avril 2026 0 Par Chacha
Chez Enter Shikari, la surprise n’est jamais un simple gadget marketing. Avec Lose Your Self, le groupe débarque sans prévenir, lâche douze titres dans la nature et nous laisse nous débrouiller avec. Une écoute sans mode d’emploi, presque instinctive, qui correspond parfaitement à la musique du quatuor britannique : imprévisible, nerveuse et toujours un peu explosive.
Musicalement, Shikari continue de naviguer dans ce territoire hybride qui lui appartient presque entièrement. Post-hardcore tendu, électronique nerveuse, refrains fédérateurs et accès de rage métallique : Lose Your Self joue constamment sur les contrastes. Les guitares sont acérées, souvent très rythmiques, pendant que les textures électroniques injectent une énergie quasi frénétique. La batterie, elle, oscille entre groove hardcore et pulsations électroniques, donnant à l’ensemble une dynamique permanente.
Au milieu de ce chaos maîtrisé, certains morceaux émergent très clairement comme les locomotives du disque. “Dead In The Water” s’impose rapidement comme l’un des titres les plus percutants : riffs serrés, tension constante et refrain accrocheur qui explose au bon moment. Le genre de morceau taillé pour retourner une fosse en quelques secondes.
Dans un registre différent, “Demons” joue davantage sur l’atmosphère et la montée en puissance. Le morceau installe une tension presque anxieuse avant de libérer l’énergie dans un mélange de mélodie et d’agressivité typiquement shikarien. C’est là que le groupe montre sa maîtrise des contrastes : alterner les climats sans jamais casser la fluidité du morceau.
Autre moment marquant, “I Can’t Keep My Hands Clean” pousse davantage le curseur électronique. Les beats et les textures synthétiques viennent percuter des guitares tranchantes, créant un morceau presque dansant… mais dans une version où le dancefloor serait entouré d’amplis Marshall. Typiquement le genre de track qui rappelle que Shikari a toujours été aussi à l’aise dans l’énergie rave que dans le chaos hardcore.
Au micro, Rou Reynolds reste fidèle à sa formule : chant clair, passages scandés, explosions plus rugueuses. Son écriture continue de tourner autour de thèmes familiers chez le groupe : désillusion politique, fatigue collective, sentiment d’être coincé dans un monde qui déraille. Mais la force de Shikari, c’est d’éviter le cynisme pur. Même quand les paroles dressent un constat amer, la musique reste chargée d’une énergie presque euphorique.
Et puis il y a cette manière bien à eux de garder une petite étincelle d’humour ou d’ironie au milieu du chaos. On sent un groupe conscient de la gravité de ce qu’il raconte… mais qui refuse de devenir trop solennel.
Avec Lose Your Self, Enter Shikari livre un disque dense et nerveux, porté par plusieurs morceaux immédiatement mémorables. Sans révolutionner sa formule, le groupe continue de la raffiner avec une assurance impressionnante. Un album qui cogne, qui fait réfléchir et qui, surtout, rappelle pourquoi Shikari reste l’un des groupes les plus singuliers de la scène alternative.


